DIPLAL MAROAM

Devant le tollé soulevé par la communauté internationale, particulièrement les États-Unis, le Canada et l’Ukraine, l’Iran a fini par avouer avoir abattu, le 8 janvier dernier, « par erreur » le Boeing 737 d’Ukraine International Airlines quelques minutes seulement après son décollage de Téhéran, tuant les 176 passagers à bord, majoritairement irano-canadiens. Cette tragédie humaine, qui a soulevé une vague de protestations dans le pays, survenait 4 jours après l’assassinat, téléguidé de la Maison-Blanche, du général iranien, Qassem Soleimani – considéré comme le No 2 du régime de la République islamique, soupçonné de préparer « une action d’envergure menaçant des centaines de vies américaines » – lors d’un raid à Bagdad. Même si le président Trump a déclaré ne pas vouloir riposter à l’attaque iranienne de deux bases de soldats américains en Irak en guise de représailles, mais n’ayant fait toutefois aucune victime, la tension entre Washington et Téhéran demeure tout aussi vive ces jours-ci.

Ainsi, le département de la défense américaine a déjà envoyé six bombardiers B 52 à la base militaire de Diego Garcia, à plus de 4 000 kilomètres de l’Iran, donc hors de portée des missiles de ce pays. Nul besoin de souligner, à propos, que lors de deux guerres du Golfe, en 1991 pour la libération du Koweit de l’envahisseur irakien et en 2003 pour chasser du pouvoir Saddam Hussein, soupçonné alors de fabrication et de possession d’armes de destruction massive (ADM), la base de Diego fut mise à rude contribution. Du point de vue géostratégique donc, les États-Unis estiment que cette base leur est encore plus indispensable aujourd’hui qu’elle ne l’était durant la guerre froide. Par conséquent, dans les circonstances actuelles, Washington et Londres ne rateraient certainement pas l’occasion de justifier l’existence et la pertinence de la base militaire « dans le combat contre le terrorisme ». Ainsi, au-delà de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice en faveur de Maurice, du délai de six mois accordé à la Grande-Bretagne par l’Assemblée générale des Nations unies en mai dernier pour évacuer l’archipel – délai expiré d’ailleurs le 22 novembre dernier et qui n’a pas été respecté –, le climat hypertendu entre Washington et Téhéran ne joue en aucun cas en faveur de notre revendication de souveraineté sur les Chagos.

Certes, Port-Louis a depuis assoupli sa position par rapport à l’île de Diego Garcia vu l’existence de la base militaire, mais à la question de savoir si les Américains accepteraient volontiers la présence des étrangers, en l’occurrence des Mauriciens, dans l’entourage immédiat de leur installation d’armes stratégiques, la réponse négative ne fait aucun doute. D’ailleurs, la menace de notre PM de porter toute l’affaire devant la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité à l’égard de la Grande-Bretagne n’ébranlerait, selon toute vraisemblance, en rien le principe de la raison du plus fort, principe prédominant dans les relations internationales. Il convient de souligner que depuis l’excision des Chagos du territoire mauricien en novembre 1965 par un Order in Council au mépris des conventions onusiennes, notamment 1514 de 1960 et 2066 de 1965, toutes nos tentatives de revendication pour la souveraineté ont toujours buté sur l’intransigeance des Britanniques, se cachant derrière le sempiternel prétexte de “defence purposes”. Or, entre-temps, le bail de 50 ans signé entre les États-Unis et la Grande-Bretagne et expiré en 2016, a été reconduit pour une période additionnelle de 20 ans. Ainsi, du radar mauricien, le spectre de l’archipel disparaît graduellement dans l’atmosphère brumeuse de l’océan.

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La question que l’on se pose aujourd’hui : autour de quel noyau évolue vraiment l’intérêt persistant des Américains dans cette partie du Moyen-Orient, particulièrement en Iran lorsque l’on sait que ce pays est perçu comme la 3e plus grande réserve pétrolière mondiale et la 2e en ce qu’il s’agit du gaz naturel et est susceptible de jouer un rôle prépondérant sur le marché mondial de l’énergie dans les années à venir ? En maintenant et consolidant les sanctions économiques et commerciales contre le régime de Téhéran, Washington vise manifestement à influencer le prix du pétrole pouvant bénéficier d’abord et surtout à son économie. Rappelons finalement que le renversement en 1953 du gouvernement iranien démocratiquement élu – manœuvre orchestrée alors par la CIA – avait justement pour but de permettre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne de reprendre la main sur le pétrole iranien.