L’écrivaine Michèle Rakotoson a déclaré samedi au Mauricien que « la littérature à Madagascar se porte très mal ». Elle était invitée au Salon international du livre, Confluences 2013, qui s’est tenu sur quatre jours au Centre Swami Vivekananda à Pailles. Celle qui anime aussi des ateliers littéraires dans la Grande île observe toutefois une volonté de la part des Malgaches d’écrire.
Michèle Rakotoson, née de père journaliste et de mère bibliothécaire en 1948, se passionne, dès son jeune âge pour la littérature et les mots. Sa première création est la pièce de théâtre Sambany qui raconte l’histoire d’une femme stérile rejetée par la société. À l’époque, elle jouait aussi des pièces de théâtre et du piano.
Professeur et journaliste à Madagascar, la jeune femme ne pouvait à l’époque poursuivre sa carrière tranquillement. À 27 ans, face à la pression du régime de Didier Ratsiraka, elle s’exile en France. Michèle Rakotoson ne souhaite cependant plus parler de cette période douloureuse de sa vie et de son pays. « J’en ai tellement parlé que je ne veux plus aujourd’hui. C’est tellement loin maintenant », affirme-t-elle.
À Paris, Michèle Rakotoson est embauchée comme journaliste pour Radio France International (RFI), puis comme directrice de communication pour des manifestations littéraires de la même entreprise. Parallèlement, elle continue à écrire et son premier roman Dadabe sort en 1978. « Je ne pouvais parler que de Madagascar. J’étais une écrivaine de l’exil et le seul lien que j’avais avec mon pays était la littérature. »
En 2008, l’écrivaine rentre dans son pays natal avec pour ambition de relancer et promouvoir l’édition et la lecture à Madagascar à travers le projet « Opération Bokiko ». « Il y a énormément à écrire sur Madagascar ! L’écriture est dramatiquement pauvre et en même temps, il y a une culture très forte. À Madagascar, je ressens aussi une certaine sérénité qui me permet de me poser et d’écrire. »
Michèle Rakotoson crée par ailleurs une maison d’hôtes qui lui permet de rencontrer du monde. Aujourd’hui, elle souhaite l’ouvrir aux écrivains pour qu’ils aient un espace de rencontre. Comment se porte la littérature à Madagascar ?
« Très très mal », avance-t-elle. Et d’expliquer : « Matériellement, il devient de plus en plus compliquer de se faire éditer. D’une part, le papier coûte cher, très cher même, et d’autre part, les Malgaches perdent l’habitude de lire. Il faut réfléchir à la manière de leur redonner goût à la lecture. Depuis quelque temps, on observe un certain progrès avec des écrivains en langue malgache notamment qui se regroupe en association. Ils se lisent avant de diffuser leurs écrits. Il y a aussi des émissions littéraires à la radio. On sent un certain balbutiement. »
Michèle Rakotoson observe qu’il y a eu un vide pendant un long moment et « c’est tout à fait normal pour un pays qui sort de la dictature. Il y a une envie de la part de tout un chacun de faire quelque chose pour le pays. Il y a une envie d’écrire ». L’écrivaine souligne qu’« une fois la peur dépasser, on a envie d’aller de l’avant ». Selon elle, pour surmonter la peur « il faut leur apprendre à se battre, à connaître leur droit et à dire les choses franchement mais sans agressivité. Il y a tout un travail civique à faire ».
Michèle Rakotoson a à son actif la publication de plusieurs nouvelles, récits, pièces de théâtre qui sont jouées tant en Europe qu’en Afrique ou en Amérique et, huit romans dont le dernier Tovonay est sorti aux Éditions Sépia en 2011. Elle écrit en ce moment le neuvième qui parle de la colonisation française de Madagascar de 1895-97.