La maison d’édition malgache Dodovole propose une collection de jolis livres de contes illustrés, destinés aux enfants, et ce à la fois en français et en langue de la région dont les contes sont originaires. Le projet bénéficie du soutien de la Coopération décentralisée et travaille en collaboration avec la région Basse-Normandie, en France. « Il est fondé sur une idée d’ouverture sur la culture de l’autre », fait ressortir l’éditrice de Dodovole, Sophie Bazin.
« C’est un ouvrage bilingue, français-malgache, né de l’envie de faire de beaux livres pour les enfants malgaches dans leur langue », explique Sophie Bazin, éditrice de Dodovole, en décrivant le projet de livres de contes. Notre interlocutrice part du constat que les beaux livres pour enfants, disponibles en bibliothèques, sont souvent en français tandis que ceux édités dans la langue maternelle de l’enfant sont de moins bonne qualité. « Ce sont des livres qui sont reliés à l’agrafeuse, manipulés jusqu’à la corde parce que c’est ce que les enfants lisent. » Ainsi, il y a trois ans, elle décide de se lancer dans cette aventure pour les enfants. Mais comme le marché est relativement restreint, elle se tourne vers les bailleurs de fond jusqu’à obtenir le soutien de la Coopération décentralisée. Un partenariat avec la région Basse-Normandie, en France, et Atsinanana, de la région du canal de Pangalane, à l’Est de Madagascar, voit le jour. Comme la Coopération a un projet tournant autour du patrimoine, y compris le patrimoine oral, la maison d’Éditions Dodovole met en avant son idée. Et celle-ci est acceptée. C’est ainsi que Dodovole a fini par obtenir le financement pour la fabrication d’un premier livre en Natsinana.
Sophie Bazin affirme qu’en voyant le résultat, la Coopération a accepté de le poursuivre en l’intégrant dans son programme triennal. Le même projet est répliqué dans les écoles de Basse-Normandie. Au point qu’il donne lieu ensuite à un échange entre les enfants des deux pays, notamment à travers du courrier qu’ils écrivent à leur camarade pour partager leurs expériences et poser des questions. Sophie Bazin observe : « Souvent, on a que cette image misérabiliste de Madagascar. Mais ce pays est bien plus que cela. Les enfants font la vaisselle dans les eaux du fleuve, mangent des bébés requins… Autant de choses étonnantes que les enfants de Normandie découvrent à travers ce projet. »
Dans la pratique, que ce soit à Madagascar ou en France, la maison d’éditions travaille avec des écoles, principalement publiques, bien qu’elle soit ouverte à toutes les autres. Quant aux enfants, ils ont entre 6 et 11 ans. A Madagascar, les groupes engagés dans le projet peuvent compter jusqu’à 60 enfants et sont appelés à faire un travail en amont en recueillant des histoires traditionnelles dans leur entourage, que ce soit dans leur famille ou auprès de conteurs de la région. Ensuite, en atelier, pendant une journée, les histoires sont lues. « Et on en choisit une qu’on illustrera », indique notre interlocutrice, qui dirige elle-même ces ateliers. Ce travail dure environ une semaine, poursuit-elle. « Mais il faut compter une dizaine de jours supplémentaires pour faire la maquette du livre. »
Après une première publication la première année, et deux autres l’année suivante, la maison en a sorti cinq cette année, avance notre interlocutrice. Chaque histoire écrite par les enfants malgaches est présentée dans la langue originale, avec une traduction française. Idem pour les histoires normandes, écrites en langue régionale avec une traduction française. Ces ouvrages sont disponibles au Salon du livre “Confluences” pendant tout le week-end. Entrée libre.