« On ne naît pas raciste, on le devient », a affirmé Lilian Thuram dans une interview accordée au Mauricien hier. L’ancien champion du monde de football engagé publiquement la lutte contre le racisme et l’éducation soutient qu’« il faut arriver à déconstruire le racisme » qui est une construction intellectuelle et politique. Lilian Thuram participera à un tête-à-tête avec le public demain de 16 h 30 à 17 h 30 autour du thème « Des questions pour comprendre », dans le cadre de la tenue du Salon international du Livre Confluences, organisé par la cellule Culture et Avenir du bureau du Premier ministre.
Le Fondateur de la « Fondation Lilian Thuram, éducation contre le racisme » en 2008 et ancien champion du monde de foot affirme que la fondation a pour but de faire comprendre aux gens que « notre façon de penser et de percevoir le monde vient avant tout de notre éducation. Il faut pouvoir la questionner pour apporter les choses qui marqueraient et changeraient nos imaginaires ».
C’est dans cette optique que Lilian Thuram a sorti son premier livre en 2010 aux éditions Philippe Rey, Mes étoiles noires. « Ce livre aide à appréhender le racisme d’une autre façon. Ce serait la même chose par exemple pour le sexisme, lorsqu’on regarde le cursus scolaire d’un enfant qui rencontre peu de femmes, il finit par croire que les femmes ont très peu existé. » Selon lui, beaucoup de choses se jouent par rapport à ce qu’on apprend à l’école.
Lilian Thuram indique que grâce à des rencontres qu’il a eues avec ces Étoiles noires, à travers les scientifiques, historiens et égyptologues, il est arrivé à déconstruire ce racisme. Ceux-là lui ont permis de comprendre l’histoire et de ne pas tomber dans la victimisation.
« Un enfant qui a entendu parlé des Noirs que en tant qu’esclave, quel regard portera-t-il sur lui-même, et quel regard porteront les autres sur lui … Je pense qu’il y a des façons intelligentes de montrer que le racisme est avant tout culturel comme le sexisme est culturel. Questionnons notre culture pour pouvoir comprendre les choses ! Il faut questionner le racisme », affirme-t-il.
Pour Lilian Thuram, « le vrai problème c’est qu’il faut arriver à se voir comme faisant partie du même groupe, du groupe humain, c’est ça la difficulté. À partir du moment où l’on s’accepte en tant qu’humain et qu’on connaît le mode de fonctionnement d’un humain, c’est plus facile ». Il avance que « pour grandir, on a besoin de se sentir au centre, mais pour un moment. Il faut aussi apprendre le décentrement, comprendre comment l’humain, un être émotif, fonctionne ». Notre interlocuteur concède « qu’il a besoin de cette appartenance au groupe pour se rassurer mais il faut qu’il fasse attention à cette appartenance au groupe parce que cela peut créer des conflits ».
Dans Mes étoiles noires, Lilian Thuram présente une cinquantaine de personnes à la peau noire, de Lucy, la pré-humaine, née en Afrique orientale il y a 3 180 000 ans à Barack Hussein Obama, sous le chapitre « L’Étoile de l’espoir ». Il termine son livre en expliquant que la carte du monde plaçant l’Europe en haut et au centre n’est pas à l’envers. Il affirme que « placer l’Europe en haut est une astuce psychologique inventée par ceux qui croient être en haut pour qu’à leur tour les autres pensent être en bas ». Et d’ajouter que « rien n’est neutre en termes de représentation ».
Le tête-à-tête avec Lilian Thuram et toute autre activité du Salon Confluences sont ouverts au public et l’entrée est gratuite.