Le 80e anniversaire de la création du Parti travailliste (PTr), qui a vu le jour le 23 février 1936, a été célébré par un congrès anniversaire, mobilisant une foule de “die hards” rouges à l’auditorium Octave Wiehe. Le leader du PTr, Navin Ramgoolam, a annoncé hier la présentation prochaine d’un « programme radical » ainsi que l’amendement de la constitution de son parti. Il a par la même occasion lancé une « mise en garde » à ceux intégrant le PTr en vue d’obtenir l’investiture aux élections. « Dan enn bis ena plas asize, me ena osi plas debout, me tou dimounn dan mem transpor », a-t-il lancé. Il a aussi réclamé la présentation d’une législation sur le financement des partis politiques qui prendra en considération les propriétés à l’étranger et les comptes placés dans des banques “offshore”.
Le leader du PTr a d’emblée affirmé que « l’enthousiasme » de l’assistance, à Réduit, consistait « à démentir » la mort du PTr, « annoncée par certains ». Il est revenu sur l’histoire du PTr, soulignant que la date du 23 février 1936 devait être « écrite en lettre d’or dans les annales politiques » du pays. Il a rendu un vibrant hommage au fondateur du parti, Maurice Curé, pour son « engagement dans la lutte contre l’injustice pratiquée par l’oligarchie et la force coloniale en faveur de la dignité des travailleurs mauriciens, qui étaient exploités et qui n’avaient aucun droit ». La création du PTr a, selon lui, « constitué un tournant dans l’histoire du pays ». Il a ensuite cité une longue liste de tribuns ayant poursuivi le travail initié par Maurice Curé et ayant lutté depuis 1936, dont Pandit Sahadeo, Emmanuel Anquetil, Mamode Assenjee, Bertelomy Ohsan, Godefroy Moutia, Guy Rozemont, Renganaden Seeneevassen, Pandit Ramnarain, Guy Forget, Seewoosagur Ramgoolam, Satcam Boolell, Veerasamy Ringadoo, Guy Balancy, Kher Jagatsingh, Raymond Rault, Harold Walter et Jean Delaître, entre autres. « Ce sont des héros du PTr, un parti qui fait partie du patrimoine mauricien ».
Il a également cité la liste des réalisations du PTr, citant notamment le droit de vote, l’indépendance, les droits des travailleurs, le “welfare state”, le protocole sucre, le développement économique, le port, l’aéroport, l’infrastructure, les droits de la femme, la pension universelle, la santé gratuite, l’éducation gratuite et le transport gratuit. Pour lui, trois mots-clés symbolisent le PTr, à savoir « rassemblement, développement et justice sociale ».
Navin Ramgoolam n’a pas épargné l’alliance gouvernementale et s’est dit « attristé » de constater qu’« il y a des amateurs dangereux à la tête du pays, qui détruisent l’économie, les institutions, nos droits, l’harmonie sociale, l’image et la réputation internationale du pays », avant d’ajouter que « la souveraineté nationale sur Diego Garcia nous échappe et les symboles qui font la dignité d’une nation ». Il a observé que les emplois « n’ont pas été créés comme promis » alors que le chômage, lui, « est en hausse » et que les négociations concernant le traité de non double imposition avec l’Inde ont « mis en danger le secteur “offshore”, qui emploie des milliers de jeunes professionnels ».
Par ailleurs, pour Navin Ramgoolam, les Smart Cities « permettront au gros capital de faire fortune », ajoutant : « Seulement quatre compagnies sont en train de faire de l’or. » Il a rappelé que, dans le cadre du projet des “Smart Cities”, le “registration duty” a été aboli de même que la “land conversion tax”, la “land transfer tax”,  la “capital gain tax”, sans compter l’exemption de la TVA sur les matériaux de construction pendant huit ans. « Voilà la démocratisation », a lancé le leader du PTr. « Maintenant, les investisseurs étrangers obtiennent la terre en cadeau », dit Navin Ramgoolam avant de dénoncer « l’installation d’un climat de terreur ». Selon lui, « la police est devenue une marionnette entre les mains du gouvernement et de certains ministres » avant de faire mention de « l’arrestation de ceux qui critiquent le gouvernement alors que l’agresseur d’une journaliste, qui se trouve être le frère d’un ministre, reste impuni ». Et d’observer que le DPP est « terrorisé », que « l’on le traite de manière monstrueuse et on tente de l’arrêter ».
Poursuivant son intervention, le leader des rouges a observé que des symboles du pays « sont bafoués ». Il a ainsi cité l’exemple du Parlement et du bureau du Premier ministre, que le gouvernement veut retirer de Port-Louis pour louer des locaux à l’Heritage City. Il a observé qu’alors que « des prêts de Rs 52 milliards seront nécessaires pour la construction de l’Heritage City, le gouvernement a refusé l’emprunt indien d’un montant de Rs 24 milliards pour la construction du métro léger, dont la population aurait bénéficié ».
D’autre part, Navin Ramgoolam a déploré que le VPM « détruise l’image et la réputation de Maurice à l’étranger ». Ainsi, selon lui, « le ministre Soodhun se fait passer pour le ministre des Affaires islamiques dans un pays laïc comme Maurice », poursuivant : « Il met en péril la neutralité pratiquée par le pays en matière de politiques étrangères, en soutenant l’Arabie saoudite contre l’Iran. » Le leader du PTr a également dénoncé le fait que le gouvernement « ne fait pas ce qu’il faut pour maintenir la souveraineté mauricienne » sur les Chagos. « J’ai été le seul à avoir eu le courage de porter le gouvernement britannique devant un tribunal international », a-t-il affirmé. Pour le leader du PTr, « le gouvernement est enn bato san governay, sakenn pe ris so kote ». Il a accusé d’autre part Paul Bérenger de « vouloir diviser le PTr dans son intérêt ».
Sur un plan personnel, Navin Ramgoolam dit avoir « la conscience claire ». Et de se dire « encouragé par l’adversité » avant d’ajouter n’avoir « jamais pris de commission ». Il s’est demandé « quel parti n’a pas de réserve de guerre ? » et a réclamé la présentation d’une législation sur le financement des partis politiques, qui prendra en considération les propriétés à l’étranger et les comptes détenus dans les banques offshore. Il a fait mention des « provisional charges » qui ont été mises « sur (son) dos ». Il se réjouit de « n’avoir pas été condamné par aucune cour de justice » et s’est demandé « où sont passées les accusations d’assassinat portées contre lui ? ». Il a souligné l’importance de la « conviction » et du « courage de combattre » avant de lancer : « Jamais ils ne pourront enlever mon courage ! »
Au niveau de son parti, le leader du PTr a souligné la nécessité d’une restructuration. « Avec la détérioration de la situation, l’absence de méritocratie et le manque de cohésion dans le gouvernement, je souhaite reconstruire le PTr et préparer une équipe pour reprendre le pouvoir et assurer l’avenir des jeunes et du pays », a-t-il lancé. Il a fait comprendre que, dans un parti, « tou dimounn pu gagn tiket ». Il poursuit : « Ou bizin ena la flam dan ou leker. Dan enn bis ena plas asize, ena plas debout. Nous amenderons notre constitution et réorganiserons les CLP. Des commissions pour suivre chaque ministère seront instituées. » Il a ensuite manifesté sa volonté de présenter un « programme radical » pour le PTr. « Fode pa bef travay, seval manze », a-t-il lancé. Il a aussi annoncé la publication d’une version d’Advance sur internet avant de souligner sa volonté de « rassembler la nation ».
La majorité des actuels dirigeants et des anciens, dont Kailash Purryag, Rama Valayden et Dev Virahsawmy, ont participé à leur premier congrès. Un clip sur l’histoire du PTr, représentant les titres d’Advance, et un court-métrage sur le parti, réalisé notamment par Rama Valayden, ont été présentés.