Sir Anerood Jugnauth a, une nouvelle fois, émis des critiques très acerbes à l’encontre du Premier ministre, Navin Ramgoolam, lors du congrès organisé par le MSM au collège Modern, à Flacq, jeudi dernier. L’ex-président de la République ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque la situation « plus que dramatique » du Law and Order dans le pays. Situation qu’il impute à « l’incompétence et au manque de volonté de Navin Ramgoolam », qualifiant ce dernier de « bambin », de « bluffeur », ou encore de « menteur ». Critiquant également ceux qui estiment son retour à la politique comme une tentative de sauver son fils, il soutient qu’il n’y a pas de quoi faire un procès à Pravind Jugnauth. Il a, d’autre part, soutenu que si le gouvernement PTr restait au pouvoir jusqu’en 2015, la dette publique s’élèverait à plus de Rs 250 milliards. « Pays pou dan bankrout et nu pou viv la mizer noir », a-t-il affirmé.
« Ena dimoun pe dir monn démissionner pou defann Pravind… Ki, mwa ki pou ale defann li la Cour ? » demande l’ex-président de la République. Revenant sur l’affaire MedPoint, il soutient, de par son expérience, que « pena case kont Pravind ». Ce dernier, rappelle-t-il, accusé aujourd’hui de conflit d’intérêts, avait au préalable déclaré ses intérêts dans la clinique MedPoint. Il souligne également que lorsque Maya Hanoomanjee et Pravind Jugnauth ont demandé au Premier ministre de ne pas aller de l’avant avec ce projet, en raison des intérêts familiaux, celui-ci aurait dit : « Mo proze sa. Mo pou ale de l’avant. » Pour SAJ, Pravind Jugnauth a fait ce qu’il fallait faire en tant que ministre des Finances pour assumer la décision prise par le Conseil des ministres. « Il n’y a pas matière à faire un procès contre Pravind », dit-il. Et d’ajouter que « ena lot ki ena plis linteret kinn rester dan discussion. » Le leader du Remake 2000 explique que lorsque le leader du MMM, Paul Bérenger, l’a approché pour une alliance, il a accepté de quitter son confort présidentiel et ses privilèges pour sauver son pays. « Mo pann fer sa pou mo garson kouma zot dir », soutient-il, rappelant sa démission lorsqu’il faisait partie du gouvernement de sir Seewoosagur Ramgoolam, ou encore du Parquet. Cela pour donner un coup de main au pays. « Be ki pou dir ? Avan osi monn démissionner akoz mo garson ? » demande-il.
Abordant la situation du Law and Order dans le pays, sir Anerood Jugnauth est revenu sur la prolifération de la drogue, accusant le chef du gouvernement de ne rien faire pour contrer ce fléau. « Kan coz ladrog, zot dir dan mo lepok osi ti ena sa. Oui ti ena la drog, mé zot pa dir ki monn fer pou combat sa. Zot coz Amsterdam Boys, me zot pas dir ki bann Boys ki ti arreter la, tou le trois ti dépité PTr », martèle-t-il. Et de déplorer qu’aujourd’hui, en raison des ingérences politiques, la police ne sait plus comment agir. Il cite en exemple l’incident du vendeur de briani à Quatre-Bornes, où deux policiers ont été transférés, « alors ki zot ti pe fer zot travay ek ki Nita Deerpalsing inn passe par là ». Sir Anerood Jugnauth estime par ailleurs « honteuse » la décision du Directeur des poursuites publiques (DPP) de loger des charges formelles contre le député Showkutally Soodhun pour avoir « diffusé de  fausses nouvelles » au préjudice du Premier ministre. « Ena plusieurs lot cas kot autorités bizin agir, mé zot pa agir parski boss là (Navin Ramgoolam) pa lé », dit-il.
Pour le leader du Remake 2000, si la situation du Law and Order se dégrade, c’est parce que « boss-là n’est pas à la hauteur pour diriger le pays ». « Ce enn bambin », dit-il. Et de le comparer à son fils, Pravind, dont beaucoup ont déploré le « manque de maturité ». « Mais Pravind, lui, c’est un avocat qui a défendu plusieurs cas. Il a été ministre de l’Agriculture et vice-Premier ministre et ministre des Finances. Me lot la, ki linn fer ? » demande-t-il. Sir Anerood estime que la promesse du Premier ministre faite au Père Grégoire d’instituer une commission d’enquête sur le problème de drogue n’est qu’une autre promesse parmi tant d’autres, qui ne sera pas tenue.
Les « blabla » de Navin Ramgoolam irritent ainsi au plus haut point sir Anerood Jugnauth. « Population bizin rappel. La jeunesse bizin conn l’histoire. Kan zot dir ti donn education gratis, c’était enn bribe electoral. Parey pou transport ». Il revient à cette occasion sur sa carrière en tant que N° 1 du gouvernement en 83. « Si pas ti ena moi en 83, tou sala ti pou disparet are zot (le PTr). Et si zamé Navin Ramgoolam ti vinn PM à lepok, ti pou encore pire », dit-il. Il demande ainsi à la population de comparer l’époque où lui-même était au pouvoir, à celle d’aujourd’hui avec Navin Ramgoolam à la tête du pays.
Citant le « manque de sérieux » du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth a commenté le voyage de Navin Ramgoolam à Londres effectué la semaine dernière. « Est-ce qu’un PM doit se déplacer à Londres pour voir un avocat, ou est-ce plutôt à l’avocat de se déplacer ? », demande-t-il. Et de faire ressortir qu’aujourd’hui, avec la technologie, les déplacements ne sont même plus utiles, car une simple vidéoconférence aurait permis de communiquer avec l’avocat. Il s’insurge également de l’absence du chef du gouvernement à la conférence de la SADC à Maputo, au Mozambique, arguant que ce dernier a préféré prolonger son séjour à Londres pour son propre plaisir – dont celui de célébrer un anniversaire –, et ce aux frais de la population.
Concédant avoir fait une « erreur monumentale en faisant confiance à Navin Ramgoolam » en 2010 pour une alliance, alors que ce dernier l’avait humilié et lui avait même demandé de « lev paké alé », sir Anerood se dit de retour pour mener le pays vers le progrès. Selon lui, les Mauriciens, qui voient clair dans le jeu du Premier ministre et de son gouvernement, sont prêts pour le changement. Mais il lance cependant un avertissement : « Si nu repren pouvoir, situation pou encore plis difficil parski contexte économik inn sanzé ». Il lance un appel à la population pour « balyer PTr ». « Nous ne pouvons sauver le pays sans vous. Votre soutien au Remake 2000, c’est votre soutien pour l’avenir de votre pays », dit-il.