Profitant de leurs connexions politiques avec le gouvernement en place, des agents d’affinités rouge et bleu sont engagés dans une série d’affaires les unes plus ténébreuses que les autres. C’est du moins ce qu’indiquent des dénonciations adressées à l’Independent Commission Against Corruption, à des membres de l’opposition ou encore à la presse. Parmi se trouvent le cas d’Airports of Mauritius Limited (AML), d’un autre corps parapublic avec d’importants projets d’investissements, ou encore les ambitions foncières de l’agent politique Jayraj Woochit, qui a jeté son dévolu sur une portion de State Land sur la plage de Trou-aux-Biches, occupée par la National Coast Guard (NCG).
La saga à Airports of Mauritius Limited, avec en toile de fond un contrat de nettoyage du Perimeter Fence de l’enceinte de l’aéroport au coût de Rs 47 millions, a vu l’interdiction du Deputy Chief Executive Officer, Shiv Nemchand, de l’Administrative Assistant Mikhal Kumar, d’un dénommé Ramjuss, Landscaping Officer sans qualifications et actionnaire de la compagnie ayant décroché le contrat de nettoyage en litige, Anandsing Lallbeeharry, mécanicien et également actionnaire de la compagnie bénéficiaire, et un dénommé Appiah, General Assistant/chauffeur.
Ces cinq employés d’AML doivent comparaître devant un comité disciplinaire suite aux conclusions d’un rapport d’audit externe dénonçant des cas de « gross financial irregularities and mismanagement of public funds » lors de l’allocation de ce contrat. Suite à la décision entérinée en vue de suspendre ces employés, des insiders chez AML avancent que dans ce scandale « there is more than meets the eyes ». Ils réclament que tout le dossier soit soumis au Central CID pour une enquête au sujet des délits allégués de Larceny and Embezzlement, afin que les vrais bénéficiaires, tirant les ficelles dans l’ombre, soient démasqués.
« This is not only an internal matter. There are other persons, i. e. directors of the company, which have obtained the cleaning contract. If this matter is treated internally, the other persons involved will get away with murder », écrivent ces insiders, en affirmant qu’au moins un des employés interdits ne serait qu’un prête-nom d’un proche du pouvoir, comme l’atteste l’actionnariat de la compagnie incorporée au Registrar of Companies.
« Since the contract is being financed by public funds, the public has a right to know who are the true beneficiairies and all the parties involved should be thoroughly interviewed by the police so that justice can pervail », ajoutent-ils.
L’autre corps parapublic, cette fois-ci sous le contrôle des bleus, fait l’objet de dénonciations à quatre niveaux. D’abord, le coût de la réparation de la berline personnelle du patron, impliquée dans un accident vers la fin de l’année dernière, avec la facture de Rs 45 000 payée par un des contracteurs attitrés de ce corps parapublic au concessionnaire automobile. Le montant fut remboursé lors du gonflement artificiel du coût d’un contrat alloué subséquemment à ce même contracteur.
La deuxième allégation porte sur la réalisation d’un projet, estimé initialement à Rs 3,5 millions pour coûter finalement Rs 9 millions. La balance de Rs 1 175 000 n’était payable au contracteur qu’à la fin de janvier dernier. Mais des pressions auraient été exercées sur le département de comptabilité pour que le nécessaire soit fait avant le 15 janvier. La raison principale de cet empressement aurait été qu’il y avait une commission de Rs 175 000 à être empochée.
Le troisième cas de dénonciation implique le patron et un haut cadre, avec la mise à exécution d’un éléphant blanc au coût de Rs 185 millions, soit le double des estimations initiales. Les mauvaises langues allèguent que la commission partagée entre les deux compères se monte à Rs 30 millions.
Alors que la dernière allégation porte sur l’octroi du contrat de nettoyage au coût de Rs 700 000 par mois. La soeur d’un des cadres a servi de prête-nom au patron pour décrocher ce contrat. Les dénonciateurs réclament des mesures de redressement urgentes pour éviter la banqueroute de cet organisme.
La dernière salve de dénonciations traite de l’allocation des terres de l’État dans la zone touristique du Nord. Une communication officielle du ministère des Terres adressée au Prime Minister’s Office, portant la référence SLSE/207/C01/00001 V2, confirme l’intérêt de Jairaj Woochit pour une partie des State Lands allouées à la National Coast Guard sur la plage publique de Trou-aux-Biches.
Jayraj Woochit, figure travailliste très connue dans le Nord et plus particulièrement dans la circonscription de Pamplemousses/Triolet (N° 5), s’intéresse à ce Plot of State Land en vue d’opérer une Boat House pour des Watersports Activities (voir fac simile plus loin). Des habitants de la région indiquent que le terrain convoité par cet agent politique a une vue imprenable sur le lagon et la plage publique de Trou-aux-Biches, et pourrait constituer un danger pour les activités de la NCG.
À ce jour, très peu d’indications sont disponibles quant aux commentaires et à la réaction du Prime Minister’s Office au ministère des Terres pour l’allocation de cette portion de State Land…