Interpellé par la prolifération des drogues à Maurice, notamment parmi les jeunes, le Conseil des Religions (CdR) a jugé important d’étudier ce que les doctrines des diverses religions représentées au sein du groupe disent sur la question. Conclusion de l’étude : « dans toutes les religions, la drogue, les stupéfiants et l’alcool vont à l’encontre de la santé du corps humain. Dieu nous a donné un corps qui est un trésor et nous n’avons pas le droit de l’abîmer ». Pour les membres du CdR, « la drogue est une menace à la paix ». Ils notent que le volume d’héroïne saisi entre 2012 et 2015 était de 13 à 18 kilos et que rien qu’en mars 2017, une saisie de 135 kilos a été effectuée, soit 1038% de la quantité en 2015. Le CdR adopte un regard de « compassion » face aux toxicomanes, mais une approche plus « dure » envers les dealers.
Pour le père Philippe Goupille, président du CdR, les personnes souffrant d’une dépendance aux stupéfiants ne sont pas forcément des criminels. « Ce sont d’abord des êtres humains qui sont malades », concède-t-il. « En tant que religieux, il est de notre rôle de les accompagner. Il faut essayer de comprendre pourquoi ils en sont arrivés là, quels sont leurs problèmes et leurs souffrances. Nous avons un regard de compassion comme dit le bouddhisme, le christianisme et l’hindouisme. Nous avons le devoir de les soutenir, et non de les condamner ». Par contre, met-il de l’avant, « nous sommes très durs vis-à-vis des dealers qui utilisent la faiblesse des personnes pour se faire de l’argent ».
Tout en prenant note des efforts déployés par les autorités pour combattre la prolifération des drogues à Maurice, le CdR observe que la loi y relative — soit la Dangerous Drugs Act 2000 — a été rédigée dans un langage répressif. « Il manque toujours la partie réhabilitation et réinsertion », regrette le conseil. Le Père Goupille indique que le Conseil des Religions compte maintenant se pencher sur l’aspect légal lié à la drogue afin de voir « dans quelle mesure les lois peuvent être modifiées pour entrer davantage dans cette philosophie de l’homme ».
Dimension spirituelle et stratégies de santé
La position du CdR se base sur les enseignements communs des principales religions à Maurice, nommément la foi bahai’e, bouddhiste, chrétienne, hindoue et islamique. « La position du CdR est en ligne avec la résolution de la 37e World Health Assembly (1984), qui en appelle aux États membres de l’OMS d’inclure une dimension spirituelle dans leurs stratégies de santé ». Une perspective importante eu égard au nombre grandissant des délits liés aux drogues. Ainsi, les délits liés à l’héroïne sont passés de 488 en 2012 à 746 en 2015, soit une augmentation de 152%, note le CdR. Quant au nombre de personnes arrêtées par l’ADSU pour des délits de drogue, le nombre est passé de 1 600 en 2012 à 1771 à 2015.
Les conclusions du Conseil des Religions seront transmises au gouvernement. « Nous avons déjà déposé devant la Commission Lam Shang Leen. Nous allons solliciter une rencontre avec le gouvernement pour faire part de ce que les religions veulent apporter dans la société de Maurice d’aujourd’hui pour un meilleur pays. Il y a beaucoup de pèlerinage, de prières, mais je crois que cela ne s’arrête pas là », estime le Père Goupille.
D’autres problèmes de société ont été abordés, dont les grossesses précoces, la violence conjugale et les familles brisées. « Il s’agit de voir comment le système économique peut nous aider à construire des familles plus solides. Beaucoup de délinquants n’ont pas eu suffisamment d’amour et n’ont pas été suffisamment éduqués par leurs parents. En tant que religions à Maurice, nous voulons apporter notre contribution pour rendre une société meilleure ».
Dans ce contexte, Monique Dinan a présenté un livre qu’elle vient de publier avec son époux, Pierre Dinan, et qui a pour titre Réflexions sur le développement humain dans la République mauricienne (2017-2020). Face aux multiples problèmes familiaux et sociaux auxquels est confrontée notre société, la fondatrice du Mouvement d’Aide à la Maternité se demande « si on n’a pas besoin d’un plan concernant le développement humain ». Dans le premier volet du livre qui concerne la décennie 2010, Monique Dinan aborde « les problèmes et les blessures » du pays, la criminalité en hausse, le sida, 12 000 à 20 000 toxicomanes à Maurice, les hommes au hit-parade des problèmes de société. Dans un deuxième volet qui concerne la décennie 2020, elle aborde la question de la natalité et les défis à relever, les mères célibataires, mariées et divorcées, Maurice comme « l’île de la césarienne » et le problème de manque de temps des parents qui travaillent pour leurs enfants. Le troisième volet pose la question sur ce que les jeunes d’aujourd’hui construiront tout en tenant compte du monde éducatif en place, le monde du travail, le mariage et le divorce. Le quatrième et dernier volet propose une Vision 2030 et des statistiques à retenir.