« L’avortement ne peut en aucune manière être utilisé comme moyen de contraception », affirme le Conseil des Religions dans un communiqué émis suite à une réunion en session plénière hier en vue de se pencher sur cette « question délicate ». S’ils se reconnaissent des divergences s’agissant des cas de viol, d’inceste et de malformation, ils utilisent le pronom “nous” pour démontrer un même point de vue quant à une appréhension : celle qu’une éventuelle « légalisation entraîne une banalisation de l’acte » et « de graves abus ».
Signé par des membres représentant différentes religions – père Philippe Goupille, Pandit Vedeswar Goopee, Majeed Korumtollee, Laval Zephir, Pandita Dhanwantee Pockraz, Jonathan Ravat, Kim Darga, Pandit Choonucksing Oumasungur, Allia Syed Hossen-Gooljar et François Lan Hing Leung –, le communiqué fait ressortir qu’« il n’est pas exact de dire qu’une décision concernant la vie d’une femme ou d’un enfant à venir ne relève pas de la religion ». Les signataires sont unanimes à dire qu’en tant que représentants du Conseil des Religions, il est de leur devoir d’être les garants des vertus familiales. « Toutes les religions sont concernées par l’agir moral et ne peuvent se contenter de rites religieux. » Ils précisent ne pas se positionner en donneurs de leçons mais davantage comme citoyens et croyants.
Les signataires du communiqué font aussi un bref rappel des enseignements des diverses religions qu’ils représentent et qui ont trait à l’avortement. Ainsi, l’hindouisme considère-t-il que « toute vie est sacrée et doit être protégée. Cette exigence va au-delà de la vie
humaine et s’étend même aux animaux ». Quant à la foi bahá’íe, « l’avortement de convenance est condamné ». Pour ce qui est des cas exceptionnels, « il est laissé à la conscience des intéressées après avis médical compétent et doit être guidé par les enseignements bahá’ís ».
Chez les bouddhistes, toutes les écoles s’y réclamant, soutient le Conseil, « sont d’accord qu’un moine qui encourage l’avortement sera excommunié ». Le Bouddhisme « insiste beaucoup sur la compassion et l’importance de l’éducation pour promouvoir une saine régulation des naissances ». Du côté de l’Islam, « bien qu’il y ait différents points de vue sur le moment où l’embryon est humanisé, il est dit que l’avortement effectué après que l’âme a été insufflée est illicite (haram) ». Chez les chrétiens, la lettre commune des évêques anglican et catholique rendue publique la semaine dernière « reflète l’enseignement de la Bible ». Le conseil ajoute : « Comme le disait déjà St-Augustin au IVe siècle : “Il est un homme déjà celui qui doit le devenir” ».
C’est en se basant sur les enseignements des écritures sacrées que les signataires s’accordent à dire que « l’avortement ne peut en aucune manière être utilisé comme moyen de contraception ». Et, dans le cas où « la vie de la femme est menacée, le médecin qui met un terme à la vie du foetus le fait avec pour intention de sauver la vie de la maman. Toutes les religions ont
toujours souligné l’importance de l’intention du médecin et du devoir de sauver la vie de la patiente dans cet acte médical ».
S’agissant des cas de viol, d’inceste ou de malformation, « nos points de vue ne sont pas exactement les mêmes puisque certaines religions pourraient autoriser chaque femme à prendre une décision en connaissance et en conscience en observant des paramètres précis ».
En définitive, tout en disant respecter le point de vue de chaque religion sans chercher une « uniformité artificielle qui serait contraire au respect de notre diversité », ils expriment tous leur crainte que « la légalisation de l’avortement comme dans beaucoup d’autres pays où elle a été votée entraîne une banalisation de l’acte. Cette légalisation, si elle n’est pas scrupuleusement appliquée dans toute sa rigueur comme prescrit dans toutes les sections de l’amendement, peut donner lieu à de graves abus. Qui peut donc nous garantir un contrôle sans faille ? »
Les membres du Conseil des Religions sont en outre d’avis qu’une telle loi s’attaquera davantage aux conséquences d’un « laisser-aller dans la gestion de la sexualité humaine » alors qu’il faudrait plutôt s’attaquer « aux véritables causes des grossesses de mineures ou des grossesses non-désirées, des viols et de l’inceste. Une éducation à la sexualité et aux valeurs morales devrait constamment être un sujet incontournable dans les écoles, les collèges et la société en général ».