Malgré de gros efforts de part et d’autre, une centaine de plantes et d’animaux indigènes de Maurice demeure en danger de disparition. Les pressions dues au développement et aux espèces envahissantes qui continuent à pénétrer le territoire en sont les principales causes. Le Dr Vikash Tatayah de la Mauritian Wildlife Foundation nous parle de la nécessité de passer à l’étape suivante en matière de conservation.
En termes de protection de la faune et de la flore indigène à Maurice, il faut reconnaître que le gouvernement, à travers le National Parks Conservation Service ou encore les Bois et Forêts, abat un gros travail sur le terrain. L’apport des ONG est également conséquent, à commencer par la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), qui travaille sur une vingtaine de gros projets en simultané. Ces efforts sont entrepris pour que les espèces endémiques de Maurice comme le “bois dentelle” (qui est réduit à environ 7 ou 8 plantes seulement), le “bois amer” mais aussi le gouania (espèce endémique de Rodrigues, dont un seul spécimen connu peut être trouvé dans la nature) ne disparaissent pas de la surface du globe.
Mais certains éléments font que ce travail de conservation se heurte à des obstacles. Il est de notoriété publique que les espèces envahissantes telles que la goyave de chine, le ravenala ou l’acacia mettent en danger la faune et la flore locales. Si le contrôle de ceux-là est bel et bien effectué par les autorités susmentionnées – puisqu’il est impossible de les éradiquer – , le fait demeure que des espèces envahissantes continuent de pénétrer notre territoire et mettent en péril tous les efforts de conservation. “À mon avis, le plus gros problème, ce sont les espèces envahissantes qui continuent d’arriver à Maurice, mais aussi les espèces qui sont présentes et qui ont toujours un effet sur les écosystèmes. Elles entrent en compétition directe avec les espèces indigènes, qui sont désavantagées. Les plantes exotiques sont souvent immunisées contre certaines maladies et n’ont pas beaucoup de prédateurs, et ce sont souvent des espèces qui poussent vite. On s’attend à ce qu’il y ait une réglementation sérieuse, une politique plus forte contre les introductions d’espèces envahissantes”, souligne le Dr Vikash Tatayah de la MWF
Le développement de certaines régions accentue cette perte de biodiversité. À titre d’exemple, la côte ouest est sujette à un réel développement depuis quelques années. Or, cette région est l’habitat naturel du phelsuma guimbeaui, aussi appelé Lowland Day Gecko. Le développement de la région vient accentuer le problème posé par la présence du gecko de Madagascar, espèce exotique qui a atterri à Maurice à travers le commerce animalier, qui était déjà responsable de la disparition progressive du phelsuma guimbeaui. “Nous ne savons pas trop quoi faire. Nous sommes découragés quand nous constatons que les efforts que nous faisons sont anéantis par une politique de développement qui ne tient pas compte des espèces indigènes.”
Vikash Tatayah estime que le travail de conservation doit désormais être effectué à une plus grande échelle. “Il y a certains acteurs qui doivent s’impliquer davantage. Il serait temps que l’on réfléchisse à l’éventualité d’utiliser plus de contrôle biologique concernant les espèces envahissantes. À Maurice, cela existe surtout dans l’agriculture, mais nous devrions l’envisager pour protéger nos espèces indigènes.”