Avec les augmentations récentes de certains produits de consommation (grains secs, poulet, conserves), le panier de la ménagère coûte encore plus cher. En attendant que le National Price Consultative Council (NPCC) annoncé par le ministère du Commerce commence son travail, les familles doivent subir les effets de la libéralisation des prix. Jayen Chellum, de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM), souhaite, lui, que cet organisme agisse au plus vite, car de « nombreux Mauriciens ne mangent plus à leur faim ».
Faire ses provisions ces jours-ci s’avère un casse-tête pour de nombreuses familles avec certains prix qui ne cessent de prendre l’ascenseur. Les dernières augmentations en date sautent aux yeux, car elles concernent une grande majorité de Mauriciens. Les gros pois, par exemple, se vendent à Rs 45 la livre, comparé à Rs 34,42 en décembre dernier, soit une hausse de Rs 11 en six mois. Les lentilles noires, elles, sont passées de Rs 26 à Rs 30,20 le demi-kilo pour la même période. Déjà, en janvier dernier, les importateurs avaient annoncé une hausse de 15% de certains grains secs en raison d’une mauvaise récolte dans certains pays. Il existe en effet deux types gros pois sur le marché : le lima beans du Pérou et le pois du Cap, produit à Madagascar. Les premiers ont été affectés par une sécheresse à la fin de l’année dernière tandis que la récolte à Madagascar a également été affectée par le passage de deux cyclones. Toujours est-il que le Mauricien moyen peine à se retrouver dans cette équation, d’autant plus que les grains secs constituent les aliments de base de la consommation. Mais ce n’est pas tout : d’autres augmentations se font de manière plus subtile et sans qu’on s’en rende compte. L’appréciation du dollar par rapport à la roupie (+ 20%) a entraîné une série de majorations, car les importations sont principalement faites en dollars.
Le “manze malere” coûte cher
Les chiffres de Statistics Mauritius démontrent ainsi qu’en juin 2015, le prix du mouton s’affichait à Rs 328 le kilo, comparé à Rs 295 à la même période l’année dernière. Selon ces mêmes sources, le corned-beef a connu une hausse de Rs 10. Ce qu’on appelait autrefois le “manze malere”, le poisson salé, est affiché à Rs 302,86 le kilo. Toutefois, lorsqu’on consulte la grille de l’Observatoire des Prix, on constate que les prix pratiqués varient de supermarché en supermarché. Tout est aussi une question de marque du produit, qui n’est toutefois pas affiché. La grille du mois de juin par exemple démontre que le prix de la farine blanche (produit le plus consommé à Maurice) se vend entre Rs 30 et Rs 38 le logement de 2,5 kg; le poulet frais entre Rs 119 et Rs 156; et le corned-beef entre Rs 48 et Rs 83. Ce qui pousse Jayen Chellum à insister sur la nécessité d’un contrôle des prix. Tout en saluant la mise sur pied d’un National Price Consultative Council (NPCC), il souhaite que cet organisme se mette au travail au plus vite. « Certains importateurs font la pluie et le beau temps. Bien sûr, il y a parfois des facteurs externes et l’inflation, mais, souvent, il y a aussi des abus. Le prix de certaines denrées à Maurice est comparable à ceux pratiqués en Europe. Je rencontre parfois des personnes qui s’étonnent de cet état de choses. »
Hausses « injustifiées »
Le secrétaire général de l’ACIM se dit d’autant plus indigné que les prix sur le marché local restent inchangés lorsqu’il y a des baisses sur le marché international. Il revient sur la récente augmentation du prix du poulet par un producteur local. Selon lui, le prix des céréales, qui constituent la nourriture du poulet et 60% du coût de la production, a baissé sur le marché international, et la hausse de prix est « injustifiée ». En dépit d’une rencontre avec les responsables de la compagnie, Jayen Chellum est peu convaincu par les explications fournies. Il souhaite que le ministère du Commerce exerce un contrôle plus strict. « On a vu récemment ce qui s’est passé avec le prix du boeuf et le gouvernement a dû intervenir pour le ramener à la baisse. » Selon le Household Budget Survey (HBS) de 2012 (exercice réalisé tous les cinq ans), le budget pour la nourriture et les boissons non alcoolisées d’une famille moyenne s’élève à 28% de son budget global. Jayen Chellum va, lui, plus loin, et estime qu’il faut compter dans les 40% vu les augmentations constantes. Avec une telle situation, ajoute-t-il, « c’est sûr que certaines personnes ne mangent pas à leur faim à Maurice ». Ainsi lance-t-il un appel aux autorités à agir vite afin que les Mauriciens puissent manger sainement. Selon le HBS de 2012 toujours, la consommation nationale annuelle pour le riz s’élève à 56 000 tonnes, la farine à 125 000 tonnes et le poulet à 46 000 tonnes, entre autres.
Concernant le budget consacré à la nourriture, il faut compter une moyenne de Rs 6 540 (le chiffre date d’il y a trois ans). Au total, un budget de consommation dans la moyenne est estimé à Rs 23 930. Beaucoup de familles n’arrivent toutefois pas à atteindre ce chiffre. Le nombre de ménages pauvres est estimé à 33 800 en 2012, comparé à 26 400 en 2006. Les salaires combinés, en moyenne, tournent autour de Rs 21 000. Le HBS de 2012 démontre également que le budget des familles pour l’achat de vêtements et de chaussures a connu une baisse de 6%. Il convient tout de même de souligner qu’au milieu de toutes les augmentations, certains produits sont demeurés stables, voire même ont baissé. Ainsi, selon le Consumer Price Index (CPI), le prix du lait en poudre a accusé une baisse, passant de Rs 212,45 le kilo en juin 2014 à Rs 190,96 à la même période cette année. Idem pour le lait pour enfants, qui est passé de Rs 172,17 les 400 g à Rs 167,03. Le prix du fromage, lui, est plus ou moins stable tandis que celui des légumes revient peu à peu à la normale après la période des pluies. Toutefois, la pomme de terre a connu une augmentation de Rs 4 (Rs 30 à Rs 34/kg) entre juillet 2014 et juin 2015 après avoir connu une baisse de Rs 2 en août, septembre et octobre de l’année dernière.