L’évêque de Rodrigues consacre sa lettre pastorale de carême 2020 à l’écologie

Origines de l’univers: “Il est erroné d’opposer la science à la Bible”

Face à la “consommation compulsive” qui gagne aussi malheureusement Rodrigues, Mgr Alain Harel, évêque du vicariat apostolique de la petite île, appelle au développement d’habitudes d’achat qui soient “écologiquement friendly”. Dans sa lettre pastorale de carême 2020 intitulée “Nou Later, Nou Responsabilite – Pour Une Ecologie Intégrale” en marge du carême chrétien qui débute le mercredi 26 février prochain, le prélat de Rodrigues accueille positivement, dans ce contexte, le concept d’économie solidaire et l’émergence de cette nouvelle forme d’entrepreneuriat qui ne se soucie pas du maximum de profits à réaliser, mais tient compte aussi notamment du respect de l’environnement.

Dans sa lettre pastorale consacrée à l’écologie, l’évêque de Rodrigues évoque la contradiction apparente entre l’explication scientifique des débuts de l’univers et le récit de la création comme raconté dans le Livre de la Genèse au tout début de la Sainte Bible. Il évoque, à ce propos, la tentation de prendre à la lettre les écrits sacrés comme le font les fondamentalistes. Mgr Harel rappelle, à ce propos, que le texte biblique n’est pas un texte scientifique.

Néanmoins, souligne le prélat, cela ne veut nullement dire que le récit de la Genèse ne contient aucune vérité. Mais, souligne l’évêque du vicariat apostolique, “croire dans ce message de la Bible en mettant de côté notre intelligence serait renier notre humanité”. Pour lui, il est erroné de vouloir opposer la science à la Bible :

“Si la science nous dit le comment, la Bible, comme d’autres livres de sagesse ou de philosophie, tentent de nous faire comprendre le pourquoi.” Il rappelle que même les plus grands chercheurs scientifiques se posent aussi des questions philosophiques sur l’existence de l’univers.

Une existence qui, si elle n’est que le fruit du hasard pour les athées, est, en revanche, une création pour les croyants. Conséquemment, s’il y a eu création de l’univers, il en découle, selon les croyants, qu’il y a un créateur. Un Dieu que l’on dénombre sous divers noms, selon les religions. Mgr Harel poursuit sa Lettre pastorale en rappelant quelques-unes des vérités que révèle, selon l’église, le récit de la création dans le Livre de la Genèse.

D’abord, que Dieu n’a pas créé des robots dotés d’une intelligence artificielle, mais “des hommes et des femmes libres”. “Etre libre, explique l’homme d’Église, ce n’est pas faire n’importe quoi”, mais “être responsable, entre autres, de son environnement et agir en vue du bien commun”. Libres, les humains se laisseront, néanmoins, corrompre par le mal symbolisé dans la parabole de la tentation d’Adam et d’Eve par le serpent.

Le développement économique ne se mesure pas qu’au PIB

Abordant ce mal qu’est la nette dégradation de l’écologie, Mgr Harel cite le pape François qui, dans son encyclique, “Laudato si”, déclare que “la Terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir”. Sans parler, dit-il, du réchauffement climatique et de la montée du niveau de la mer. Pour le pape, rappelle l’évêque de Rodrigues, cette dégradation de l’écologie est “intimement liée à la culture du déchet qui affecte aussi bien les personnes exclues que les choses vite transformées en ordures”.

Le prélat dénonce, à ce propos, le mode de “consommation compulsive” et une certaine “mentalité Kleenex” qui gagne l’humanité. “Nou gourman boukou kitsoz ki bien souvan amplis”, dit-il. Face à cela, Mgr Harel soutient qu’il convient de développer des habitudes d’achat et de consommation qui soient “écologiquement friendly”. Il accueille positivement, dans cette perspective, le concept d’économie solidaire “pour lequel le profit n’est plus le seul critère de l’activité économique”.

C’est, dit-il, une nouvelle forme d’entrepreneuriat qui tient compte tout à la fois de la justice sociale, du respect de l’environnement et qui favorise la consommation de produits locaux. L’évêque de Rodrigues rappelle aussi, comme l’a souligné le pape François, que “tout est lié”. “Comment prendre soin de la création qui nous entoure si nous ne respectons pas, d’abord, notre propre nature humaine?”, se demande-t-il.

“Nous ne pouvons pas prétendre défendre des bébés phoques et, en même temps, permettre que des bébés humains vivent dans des conditions indignes en termes d’habitat et d’environnement”, souligne le prélat. Pour lui, le développement intégral d’une société ne peut se mesurer uniquement au PIB, mais doit également tenir compte d’autres critères comme la qualité de l’air que nous respirons et de l’eau que nous buvons.

L’évêque de Rodrigues cite Jésus, en conclusion de son mandement de carême. Il rappelle que ce dernier qui aimait la compagnie humaine était souvent à table tant avec les riches qu’avec les pauvres, avec les pharisiens qu’avec les publicains. “Il ne menait pas une vie austère comme son cousin Jean Baptiste”. Mais, souligne Mgr Harel, si Jésus aimait la compagnie humaine, il vivait, malgré tout, d’une manière simple et sobre.

Comme une invitation à une même simplicité et sobriété de vie en ce monde d’aujourd’hui où le paraître semble avoir plus d’importance que l’être.