« Le marché de la grande distribution est loin d’être un marché concurrentiel en dépit de la forte concurrence qui existe pour certains produits ». Tel est l’avis de la Consumer Advocacy Platform (CAP), qui a lancé un exercice de surveillance des prix le 5 décembre dernier, journée mondiale de la Concurrence. Cet exercice de surveillance concerne essentiellement des produits de consommation courante et vise à traquer des pratiques anticoncurrentielles.

Le premier exercice de relevé des prix par la CAP au début de décembre concernait sept grandes surfaces et une vingtaine de produits de consommation courante, notamment des marques considérées comme des leaders sur leurs marchés respectifs. L’exercice exclut toutefois les produits qui font l’objet de surveillance par le ministère du Commerce dont les produits en conserve, indique-t-on à la CAP.

Cette démarche de la CAP a révélé que de nombreux produits sont vendus à des prix uniformes dans divers points de vente. Pour la CAP, cela peut être dû au fait que divers opérateurs pratiqueraient les mêmes prix pour certains produits, ce qui est connu comme le Resale Price Maintenance (RPM), c’est-à-dire, l’imposition des prix de vente aux revendeurs par les distributeurs, une pratique illégale sous la loi de la concurrence. Mais, outre cette possibilité, selon la CAP, il se peut aussi que ces prix aient été établis dans la collusion. « L’identification de telles pratiques devrait toutefois être confirmée par l’autorité de la concurrence, soit la CCM ».

Selon un haut cadre de la Competition Commission (CCM), les prix uniformes peuvent dans certains cas être une indication d’une possible concertation entre des concurrents. Le représentant de la CCM rappelle que la concurrence et la collusion peuvent amener à l’établissement de prix uniformes. « Néanmoins, la concurrence sur les prix a tendance à se diriger vers des prix bas alors que des prix résultant d’une collusion ont tendance à être plus élevés ».

La CAP entend travailler de concert avec la CCM dans le but de disposer de données sur une longue période. La plateforme de défense des consommateurs rappelle d’autre part que les opérateurs ayant pris des engagements auprès de la CCM pour amender leur pratique par rapport au RPM disposent d’au moins six mois pour le faire. D’où l’exercice de surveillance entrepris par la CAP. De plus, « cet exercice vise à assurer que les attentes de la CCM par rapport aux engagements des opérateurs entraînent des prix concurrentiels sur les produits de consommation courante », soutient le président de la CAP.

L’ONG indique que 102 compagnies ont répondu à l’offre d’amnistie de la CCM. Selon cette dernière, ces demandes concernent 50 % des fast moving consumer goods. « L’élimination de la RPM permettra de ramener des prix à la baisse et d’offrir plus de promotions. Elle devra inciter plus de concurrence entre les revendeurs et les fournisseurs respectivement et ainsi exercer une pression sur les prix avec une tendance à la baisse sur le long terme ».