Maurice, terre de cannes à sucre, importe du sucre pour sa consommation locale. Entouré de mer, le pays fait venir son sel d’ailleurs. La libéralisation des marchés, la fin des protocoles et le peu de soutien accordé à l’industrie locale expliquent cette situation.
La production de sel est une activité qui a toujours existé à Maurice tandis que le sucre a été introduit dès 1639. On aurait pu croire le pays suffisamment autonome pour consommer ses propres produits. Mais tel est loin d’être le cas. Le sucre et le sel vendus sur le marché proviennent de l’étranger.
Au niveau du sel la libéralisation du marché en 2012 a porté un sacré coup à l’industrie locale. Du coup, le sel provenant d’autres pays a inondé le marché, vendu à un prix plus bas que les producteurs locaux ne peuvent concurrencer. Et l’interdiction de produire de la fleur de sel, un produit haut de gamme, a rendu les choses plus difficiles encore pour les producteurs locaux.
Jusqu’ici, pour écouler les quelque 1 000 à 1 500 tonnes de sel produites par les salines de Tamarin, les responsables ont diversifié leurs activités, écoulant leur sel auprès des compagnies pour des besoins comme l’entretien des piscines. Mais, selon Marc de Ravel de Mont Calm Ltée, qui gère les salines de Tamarin, leur sel ne s’écoule pas suffisamment. Du coup, la compagnie a décidé de raser plus des trois quarts des salines pour un parking et un complexe commercial. Ce faisant, elle compte diminuer considérablement la production de sel en “réduisant les salines sur une superficie qui serait soutenable”, soutient Marc de Ravel.
Patrimoine.
Mais la société civile n’est pas de cet avis. Ceux qui sont montés au créneau pour s’opposer au projet voient en cette manoeuvre une tentative de sauver le musée du sel qui aura la lourde conséquence la destruction d’un patrimoine local historique qui donne un cachet si particulier à la région. Malgré les protestations, les promoteurs maintiennent que ce projet est nécessaire “pour faire perdurer l’industrie du sel dans le temps. Nous essayons de réduire les salines sur une superficie qui serait soutenable, en réduisant et conservant l’aspect touristique du patrimoine.” Et de poursuivre : “L’avenir du sel produit à Maurice est sombre. La raffinerie préfère importer du sel qui lui coûte environ Rs 3.5 le kilo plutôt que le nôtre qui coûte environ Rs 5. Nous n’arrivons pas à le produire à un moindre coût en raison du climat. Le climat idéal pour la production de sel est du beau temps, de la chaleur et un peu de vent. Nous produisons 80 % de notre sel entre septembre et décembre. Avec le climat qu’on a tout le reste de l’année ça devient difficile. Du coup, nous ne vendons que 30 tonnes de sel au lieu des 200 tonnes que nous vendions il y a longtemps.” Si ce projet va de l’avant, le sel produit localement est sujet à une disparition totale.
Paradoxe.
C’est un paradoxe : un pays comme Maurice, où les plantations de canne à sucre occupent toujours une importante superficie, importe du sucre pour la consommation locale. Le marché local était à un moment alimenté exclusivement par du sucre importé des pays comme la Thaïlande, l’Afrique du Sud ou encore le Brésil. Tout notre sucre, lui, était exporté vers les pays européens principalement. Pourquoi une telle situation ? La réponse tient dans les différences de coûts entre l’importation et l’exportation. Avec l’accord entre l’Union européenne et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), Maurice avait un gros avantage sur les autres pays exportateurs de sucre tels que le Brésil. Selon le Protocole sucre, Maurice avait un accès préférentiel hors taxe sur le marché européen avec un prix garanti. “Le prix du sucre exporté était deux à trois fois supérieur à celui du marché mondial. Ça avait du sens que Maurice exporte tout son sucre vers l’Europe”, explique Devesh Dukhira, CEO du Syndicat des Sucres. De même, il était profitable pour Maurice d’importer le sucre pour la consommation locale puisque nous l’achetions à un prix moindre que celui obtenu par l’exportation.
De nos jours cependant, Maurice ne bénéficie plus de cet accord puisqu’il est arrivé à expiration en 2007. Mais le pays bénéficie toujours d’un accès préférentiel hors taxe. Ce qui a changé totalement la donne pour le pays. Il faut savoir que notre production de sucre annuelle tourne autour de 400 000 tonnes ces temps-ci comparé aux 600 000 tonnes produites auparavant. À noter aussi qu’ils ne sont plus que quatre établissements sucriers à toujours fonctionner, Alteo, Terra, Omnicane et Médine. Les autres producteurs sont les 15 000 petits planteurs. Depuis la fin du Protocole sucre, Maurice a deux raffineries qui peuvent raffiner environ 360 000 tonnes de sucre par an.
Des 34 000 tonnes de sucre qui alimentent le marché local par an, la moitié provient de notre production et l’autre de l’importation. Ceci en raison de la libéralisation du marché du sucre en 2009. “Avec la libéralisation du marché du sucre, n’importe qui pouvait importer du sucre, pas seulement le Syndicat des Sucres”, explique Devesh Dukhira. Il faut savoir que les importateurs font venir du sucre blanc raffiné pour le marché local et que le Syndicat des Sucres en importe toujours, environ 50 000 tonnes par an. Mais il s’agit là de sucre brut roux. “Pour pouvoir optimiser la capacité de raffinage, nous importons le sucre roux brut que nous mélangeons avec le sucre qu’on produit localement.” Ce sucre roux est mélangé au sucre produit localement et raffiné.