Dans le but de redorer le blason de notre football, le grand argentier annonce la réintroduction des équipes traditionnelles qui ne seront toutefois pas autorisées à opérer sur des bases communales que ce soit au niveau de l’appellation comme celui de l’effectif. Or, il convient de faire ressortir que cette même formule n’avait pas empêché le déclenchement de la violence communale au stade Anjalay en mai 1999 à l’issue du match entre le Scouts Club et la Fire Brigade, incidents qui s’étaient propagés à Port-Louis, notamment au bureau de la MFA à la Chancery House, au poste de police de Pope Hennessy, culminant sur l’incendie criminel de l’Amicale où sept personnes, comprenant une femme enceinte, avaient trouvé la mort. L’hydre du communalisme cherchant toujours un milieu fertile pour proliférer, la décision du gouvernement ne peut que susciter l’incompréhension, l’inquiétude voire le scepticisme. L’on se demande pourquoi le concept de régionalisation qui fonctionne convenablement partout ailleurs ne marche pas chez nous !
 D’autre part, dans un pays comme le nôtre qui possède une « sensibilité » à fleur de peau, où la notion de l’unité ne représente que le vernis de la structure sociale, la moindre perception d’ordre communautariste est suffisante pour provoquer un véritable psychodrame. Dans le domaine de l’éducation, par exemple, que les examens de HSC soient préparés et corrigés – pour la plupart des matières – en Angleterre et la liste des lauréats et celle des candidats venant juste après, établies par Cambridge est rassurant et réconfortant. Car, au cas contraire, dans certains milieux, l’on aurait vraisemblablement brandi le sempiternel prétexte de favoritisme et de discrimination pour tenter d’expliquer l’absence de certains candidats de ces listes. Il est évident que chaque élève ne peut exceller dans l’éducation. C’est pourquoi tout système éducatif se concentrant sur le côté académique, projette inévitablement hors du circuit scolaire un pourcentage élevé d’enfants qui finissent par grossir le nombre de délinquants de rue, comme tel est le cas chez nous. Certes, ces dernières années, un certain effort a été fait en vue d’élargir les opportunités vers les filières techniques et vocationnelles mais, dans son ensemble, le secteur éducatif demeure toujours hautement compétitif et sélectif et ce à un très jeune âge quand le potentiel d’intelligence de l’enfant est encore en plein épanouissement.
 Ainsi, sur 10 élèves scolarisés en Std 1, trois seulement complètent leurs études secondaires bien que le budget de l’Éducation ne cesse d’augmenter d’année en année et est passé à plus de Rs 14 milliards pour 2014. Cependant, deux méthodes pédagogiques majeures sur lesquelles plus d’accent aurait dû être mis : le contrôle continu et les examens de repérage et d’orientation en Form III, mais le sens aigu du conservatisme, paraît-il, entrave considérablement la mise en oeuvre convenable de ces deux projets. Tout comme celui du HSC professional qui peine toujours à décoller – provision est faite dans le budget 2014 pour son introduction en 2015, attendons voir ! – et ce alors que le mismatch entre l’école et le monde du travail est, dans une certaine mesure, responsable du problème grandissant du chômage chez les jeunes.
 Perçu comme un générateur d’inégalité et d’exclusion, le CPE, selon le grand argentier, « sera bientôt chose du passé ». Ainsi, si le gouvernement parvient finalement à respecter cet engagement par la concrétisation de la mesure phare du budget, qualifiée de « historical policy change », notamment le 9-year basic schooling, – projet qui a toujours rencontré une résistance farouche de la part des syndicats d’enseignants qui le considèrent comme une menace aux leçons particulières – une grande partie de son mandat sera alors sauvée.
L’on se souvient qu’un long combat avait été mené pour l’introduction dans notre arsenal légal d’une loi garantissant l’égalité des chances dans tous les domaines du développement socio-économique de notre pays. D’ailleurs, un Equal Opportunity Bill fut même présenté en première lecture en quatrième vitesse en avril 2005, à quelques mois des législatives en guise de carotte électorale ; toutefois, c’est après la transition politique à la tête du pays en juillet 2005 que le projet fut relancé de manière constructive.
 Beaucoup concevaient alors une EOA comme du pain béni, une panacée contre les discriminations de toutes sortes. Mais, manifestement, l’on était allé un peu vite en besogne. Puisque, apparemment, le principe de chances égales axé sur la performance et le mérite dans des conditions égalitaires, n’a produit qu’un effet contraire à celui recherché. De sorte qu’aujourd’hui, ceux-là mêmes qui avaient crié victoire après le vote du texte de loi en 2009, ont depuis tourné casaque et réclament maintenant l’introduction du concept de discrimination positive. Si l’éventualité du rétablissement de l’équilibre – par rapport à toutes les composantes de notre arc-en-ciel – dans le secteur de l’emploi et ailleurs, est souhaitable voire même indispensable, il va sans dire que les caractères innés mais aussi la barrière des qualifications académiques imposées par la PSC et autres organismes de sélection et qui est indéniablement rehaussée par l’incontournable critère de « best qualified candidates » ne sont pas pour arranger les choses pour bon nombre de candidats.
 Par ailleurs, il est malheureux que les graves incidents d’ordre communal que le pays a connus dans le passé, n’ont pas découragé les tentatives de compartimentage de notre société que l’on assiste aujourd’hui. Certains propos irresponsables à tendance séditieuse prononcés en public comme en privé, qui sont pourtant sanctionnés par le code pénal, pourraient bouleverser de nouveau notre tissu social si fragile. Cependant force est de constater que si des organisations comme le VoH, la FCM, l’Union musulmane et autres groupes socioculturels qui n’hésitent pas à monter en épingle le facteur de la division, existent et prolifèrent, c’est parce que les lobbies communaux ont plus de succès et pouvoir de marchandage auprès des états-majors politiques du pays. « C’est dans une tentative d’engranger quelques votes supplémentaires pour une survie politique que certains politiciens, non des moindres, pratiquent le tribalisme à outrance malgré leur nationalisme de façade », avait écrit un éditorialiste, député-parlementaire de la majorité dans son hebdomadaire dominical (The Star) du 6 juillet 2008. En effet, il ne sert à rien de se voiler la face : la course vers le pouvoir exacerbe considérablement la pression communautariste qui a éventuellement pénétré tous les secteurs de la vie sociale à Maurice.