La Banque de Maurice a fait état hier de son inquiétude devant ce qu’elle qualifie de « baisse très conséquente » des taux d’investissement et d’épargne cela alors que l’économie nationale démontre une certaine stabilité eu égard au taux de croissance estimé entre 3,4 % et 3 6 %, à une inflation en progression annuelle (year-on-year inflation) d’environ 3 % et à un léger repli du chômage à 7,8 %.
Rencontrant la presse au siège de la BoM Tower pour passer en revue les facteurs qui ont poussé, la veille, le comité de politique monétaire de la BoM à maintenir le taux directeur à 4,65 %, Rundheersing Bheenick, gouverneur de la banque centrale, a parlé de l’évolution, mi-figue mi-raisin, des principaux indicateurs économiques du pays. Entouré de ses deux gouverneurs adjoints, Yandraduth Googoolye et Issa Soormally, il a relevé que selon les prévisions de Statistics Mauritius, les taux d’épargne et d’investissement tomberaient à 11,8 % et à 20,4 % respectivement cette année. « Ce sont des facteurs d’inquiétude. Si on veut accélérer la croissance économique du pays, il faudra impérativement faire des efforts au niveau de ces deux indicateurs », a-t-il soutenu.
Tout en faisant état de l’excellence des relations entre la banque centrale et le Trésor public, le gouverneur de la BoM a indiqué qu’il y a concertation entre les deux parties pour tenter d’offrir des produits en vue d’encourager l’épargne dans le pays. Il a évoqué l’émission d’obligations à maturité de cinq ans (deux formules sont proposées : une obligation à taux fixe et une autre à taux variable) et de trois ans qui ont permis de mobiliser en quelques mois environ Rs 1,1 milliard. « Nous croyons qu’il y a possibilité de faire mieux », a-t-il fait ressortir, ajoutant que les autorités pourraient être appelées à revoir le plafond de Rs 500 000 imposé sur l’émission d’obligation de cinq ans. La BoM envisage pour bientôt l’introduction d’une obligation à maturité d’une année pour les ménages. « Si l’État ne fait pas les efforts nécessaires, la BoM prendra à son compte les intérêts à payer », affirme Rundheersing Bheenick.
Les autorités bancaires se réjouissent de la tendance satisfaisante de l’un des principaux indicateurs économiques qu’est l’inflation. Au vu du niveau estimé, soit 3 %, du taux d’inflation en progression annuelle, la BoM pense qu’il n’y a aucune inquiétude à se faire « pour l’instant » concernant le taux d’intérêt directeur. S’agissant du chômage également, la BoM anticipe un léger recul à 7,8 % cette année, cela malgré l’arrivée de quelque 2 000 travailleurs étrangers sur le marché local. « Le chômage ne pose pas trop de soucis pour le moment mais la répartition des sans-emploi par tranche d’âge demeure une source d’inquiétude », dit le gouverneur.
Réforme structurelle
Se référant ensuite au taux de croissance de l’économie nationale pour 2014, Rundheersing Bheenick a indiqué que l’estimation (3,5 %) de Statistics Mauritius rejoint celle faite en début d’année par la BoM qui avait misé sur un taux se situant dans la fourchette de 3,4 % à 3,6 %. Le gouverneur a argué que les indications concernant la croissance, l’inflation et le chômage « laissent entrevoir une certaine stabilité dans l’économie du pays », d’où la décision du comité de politique monétaire de recommander le statu quo concernant le taux d’intérêt directeur. Il va plus loin en affirmant que le chômage ne devrait pas repartir si le taux de croissance économique est supérieur à 3,5 % en 2015 comme on l’anticipe dans les milieux officiels.
Mais Rundheersing Bheenick a appelé à la réforme structurelle de notre économique. « Il n’y aura pas de croissance supérieure à 3,5 % si on ne procède pas à des réformes en profondeur ». Tout en se félicitant que le pays soit parvenu à faire baisser le taux de chômage, il réclame un consensus BoM/ministère des Finances sur le ciblage de l’inflation. « Il faut qu’on se mette d’accord pour qu’ensuite le MPC puisse se concentrer sur le ciblage de l’inflation », dit-il, en précisant que les discussions entre les parties concernées à ce sujet ont déjà démarré et que la BoM, de son côté, se donne les moyens pour que le ciblage de l’inflation soit bien maîtrisé.
Par ailleurs, le gouverneur a parlé d’un autre sujet d’inquiétude : l’excédent de liquidités dans le marché monétaire. Cet excédent tourne autour de Rs 30 milliards si l’on tient compte du montant (environ Rs 20 milliards) que la BoM a été forcée de stériliser. Le N° 1 de la BoM se réjouit de la coordination entre la banque centrale et le Trésor Public pour régler ce problème tout en signalant que chaque partie doit se cantonner à son domaine de prédilection : la politique monétaire pour la BoM et la politique budgétaire pour les Finances.
En réponse à une question sur l’évolution des crédits bancaires au secteur privé, le gouverneur a déclaré qu’il est trop tôt pour se prononcer sur l’impact des mesures macroprudentielles introduites par la BoM pour contrôler les crédits à des secteurs fortement endettés. Il a cependant laissé entendre qu’il y a des procédures (stress tests) qui sont menées pour évaluer le niveau de créances des sociétés lourdement endettées auprès des banques. La BoM, dit-il, compte proposer dans quelque temps un « capital buffer » (provision pour des capitaux additionnels) aux « Domestic Systemically Important Banks », soit les institutions ayant un poids important dans des secteurs d’activités locaux.