Depuis avril dernier, la National Housing Development Company (NHDC) a entamé des travaux de construction de 122 maisons sociales dans la région de Bassin, non loin du Morcellement qui porte le même nom et aussi connu comme Morcellement Medine. Dans le quartier, ce projet de logement social dérange. Pour cause, les habitants de la région de Bassin expliquent que depuis des années, ils n’ont eu de cesse de réclamer l’aménagement d’un parcours de santé ou d’un terrain de foot. Ils s’en sont remis à la justice.
Les habitants de la région Bassin ne sont pas prêts à mettre une croix sur leur rêve: voir l’aménagement d’un parcours de santé ou d’un terrain de football à l’endroit même où la NHDC a démarré, en avril dernier, des travaux de construction de maisons sociales. Le chantier de la discorde se trouve à l’entrée de Morcellement Bassin, appelé également Morcellement Medine où environ 75 maisons donnent vie à ce lotissement chic. Dans le quartier, c’est l’indignation. Les résidents disent ne pas comprendre pourquoi leur requête pour l’aménagement d’un terrain de foot ou d’un parcours de santé n’a pas été validée par la mairie de Quatre-Bornes.
Cette demande ne vient pas uniquement des résidents du lotissement, mais aussi de ceux de la région Bassin, précise le petit comité qui s’est constitué pour représenter les habitants de manière générale. “Cela fait sept ans que nous nous battons pour que la mairie nous accorde un terrain de foot ou un parcours de santé comme celui de Sodnac. Mais sans nous avertir, sans nous consulter, du jour au lendemain, nous avons constaté que des travaux avaient déjà commencé!”, s’insurge Seewa Jankoo, une des voix actives du nouveau Regroupement de Bassin. Décidés à ne pas abandonner leur souhait, le comité, au nom des quelque 35,000 habitants de Bassin, a eu recours à une injonction en Cour en vue de stopper les travaux en cours. Suite à cette première démarche légale, la première audience en Cour devrait se tenir en juillet prochain.
Depuis les travaux, la valeur des terrains aurait chuté
D’une superficie totale de 14 arpents, le site choisi pour la construction des maisons sociales est niché dans un écrin de verdure digne d’une carte postale. À l’écart de la bruyante route Phoenix/Beau-Songes, cet ancien terrain agricole qui appartenait à la propriété de Médine est aussi situé loin de toutes les facilités du quotidien, dont commerces et écoles Aucun service de transport public ne dessert le coin. D’ailleurs, les résidents de morcellement Médine disposent de leurs véhicules pour se déplacer. Et c’est aussi pour cet éloignement de la vie urbaine que ces derniers ont choisi de s’installer là, il y a quelques années. Il y a trois ans de cela, nous dit-on, la valeur d’un lot de 100 toises à Morcellement Médine était de Rs 2 millions. “On vous assure que depuis que la NHDC a commencé les travaux de construction, la valeur des terrains a chuté par 40%. Certains acquéreurs qui n’ont pas encore commencé la construction de leur maison pensent à vendre leur terrain, tandis que d’autres ont déjà mis des panneaux de vente”, avance un des membres du Regroupement de Bassin. Et c’est d’emblée que Siam Sookun, Viren Vythelingum, Michael Joson et Seewa Jankoo, les membres du comité, font ressortir qu’ils ne sont pas “contre le projet de la NHDC parce que celui-ci implique l’arrivée de nouveaux habitants bénéficiaires d’un logement social, mais parce que le site avait été ciblé pour accueillir un autre projet pour la communauté!” Et de se demander: “La moitié des 14 arpents a été utilisée pour la construction des maisons. Qu’adviendra-t-il des 7 arpents restants?” Selon le Regroupement de Bassin, une première correspondance avait été envoyée à la mairie de Quatre-Bornes en mai dernier. Dans la lettre, il est demandé à la mairie si la NHDC dispose de tous les documents  dont l’environnemental impact assessment et le business permit. “Nous avions posé une série de questions pour mieux comprendre ce qu’il en est de ce projet. Mais si la municipalité nous a répondu rapidement, en revanche, dans sa lettre qui date du 16 mai dernier, elle ne nous a pas donné les réponses attendues. Elle nous a, cependant, dit que la demande de la NHDC pour la construction de 104 maisons auprès d’elle était under process! Ce qui est absurde puisque les travaux avaient déjà débuté en avril”, indique Seewa Jankoo.
Pas de troisième cité
Dans un autre temps, une table ronde réunissait des représentants du Regroupement de Bassin, dont Siam Sookun, également conseiller municipal, des conseillers de la mairie de Quatre-Bornes, des représentants de la NHDC Cet exercice n’aurait rien donné de concret. La région tombant dans la circonscription no.14, l’intervention des députés Ezra Jhuboo, Alan Ganoo et Joe Lesjongard a été sollicitée. Et c’est ainsi que la construction des maisons de la NHDC a fait l’objet d’une question parlementaire. Toutefois, le ministre des Terres et du Logement, Showkutally Soodhun étant absent ce jour-là, il est revenu à son collègue Nando Bodha de répondre à sa place pour confirmer la tenue des travaux préliminaires sur le site. Mercredi dernier, dans le but de poursuivre leur action, les habitants de Bassin ont rencontré le député et président du Mouvement Patriotique, Alan Ganoo, qui leur a promis son soutien.
En attendant le hearing de juillet prochain, une manifestation est prévue dans les rues de Quatre-Bornes.
Pour le Regroupement de Bassin, “une troisième cité, après celle de Kennedy et de Bassin n’est pas nécessaire.” Et mettant en avant l’éloignement de l’unique école primaire gouvernementale de la région, ainsi que l’unique dispensaire, la route constamment congestionnée vers Bassin et d’autres arguments mentionnés plus haut, les représentants des habitants expliquent que ce sont autant d’éléments qui ne faciliteront pas l’intégration sociale des futurs bénéficiaires des maisons de la NHDC. “Ce n’est pas comme cela qu’on planifie l’intégration sociale des familles les plus nécessiteuses. Les regrouper tout en les isolant ne donnera pas les résultats escomptés. Le gouvernement aurait dû revoir sa politique d’intégration sociale en matière de logement, construire quelques maisons à l’intention des familles vulnérables dans des quartiers qui sont bien intégrés dans le développement économique. Et prévoir un accompagnement pour les bénéficiaires bien avant de les intégrer dans la vie sociale!”, explique un des membres du comité. À Bassin, l’on réclame la délocalisation du projet de relogement au plus vite.