Les habitants de Cap Malheureux qui militent depuis plusieurs mois contre la construction d’un bâtiment commercial en face du cimetière se disent lassés d’attendre une action concrète des autorités. En dépit des nombreuses sollicitations — ne seraient-ce que pour obtenir certaines informations des départements concernés, disent-ils —, l’indifférence perdure. D’où leur intention de saisir cette semaine la justice pour une demande d’injonction contre cette construction, menaçant les wetlands alentours, ce qui serait néfaste à l’écosystème marin.
Les mois passent, la construction du bâtiment commercial entreprise par Kirav Co. Ltd avance, mais les habitants de Cap Malheureux, eux, demeurent toujours dans le flou concernant les permis octroyés au promoteur pour ériger ce building. Dépités, ils affirment pourtant avoir envoyé des représentations au ministère de l’Environnement, à celui de l’Agro-Industrie ainsi qu’à celui des Terres et Logements en vue d’obtenir des informations concernant ce projet qu’ils jugent dangereux pour l’écosystème.
« Nous n’avons rien contre le promoteur. Mais nous ne pouvons pas rester dans le flou », explique le travailleur social Georges Ah Yan, du Forum Citoyens Libres (FCL), qui s’est joint aux habitants de Cap Malheureux dans leur lutte. Or, les nombreuses lettres envoyées aux différentes instances concernées pour éclairer les habitants de la région sur cette construction sont restées sans réponse depuis février dernier. Seul le District Council a répondu à la sollicitation des habitants de Cap Malheureux, leur indiquant que le conseil a effectivement octroyé à Kirav Co Ltd, détenteur du bail pour ce terrain, un Building & Land Permit en date du 15 avril 2011, avec l’aval du ministère des Terres et Logement. De même, le ministère de l’Environnement leur a fait savoir qu’aucun permis d’Environment Impact Assessment (EIA) n’avait été octroyé pour ce projet.
L’Environnement pas au courant
Or, interpellé par les parlementaires de l’opposition au sujet de cette construction mardi dernier à l’assemblée nationale, le ministre de l’Environnement, Deva Virahsawmy, a laissé entendre que cette construction ne concernait pas son ministère et que « no representation has been made to my ministry ». Les habitants de Cap Malheureux affirment le contraire.
« Nous avons des lettres qui le prouvent. Comment le ministre peut dire qu’il n’est pas au courant ? » déplorent-ils. Ils s’insurgent de « l’attitude désinvolte » du ministre de l’Environnement face à ce cas. Deva Virahsawmy, interrogé par le leader du MSM, Pravind Jugnauth, qui souhaitait savoir si le ministre comptait prendre des actions en cas d’effraction à la loi environnementale dans ce cas, devait en effet laisser entendre : « I can look, but we will never finish if I have to look into cases which might be happening. The hon. Member, himself, said there might be a case. I will act when there is a case. »
Pour les habitants de Cap Malheureux, les autorités font fi de l’intérêt des citoyens, cela au profit d’un projet commercial, au détriment de l’environnement. Frustrés de cette indifférence, ils comptent cette semaine faire parvenir à chacun des parlementaires, par courrier électronique, un document relatif à la lutte qu’ils mènent depuis le mois de février, avec notamment toutes les lettres envoyées aux autorités. Ils comptent de même inclure le rapport de Ravindranath Bhurthun, l’arpenteur privé sollicité pour une localisation de ce terrain de Cap Malheureux et qui souligne que la construction pointée du doigt se situe sur une zone sensible. Cela confirmant leurs craintes que ce terrain d’État loué à bail est en train de menacer les wetlands.
Soutenant même n’avoir jamais eu connaissance d’une Notice of Application en marge de cette construction, les habitants de Cap Malheureux font ressortir qu’ils n’ont jamais pu s’opposer formellement à ce projet. « Nous n’avons jamais rien vu. Aujourd’hui, lorsque nous recherchons des informations, personne ne veut répondre. On nous prive de notre droit à l’accès à l’information », disent-ils. D’où leur intention de saisir également l’Equal Opportunity Commission en vue de dénoncer le fait qu’aucune opportunité ne leur a été accordée pour protester contre ce projet. Ils déplorent par là même que malgré leurs différentes représentations, ils n’ont pas eu l’occasion de s’exprimer devant le District Council.
Suivant la rencontre des habitants de Souillac/Gris-Gris de la Plateforme pou Sauve Nou Falaise avec le ministre des Terres et Logement, Abu Kasenally, concernant le projet de morcellement résidentiel, Le Domaine du Gris-Gris — projet qui a écopé d’un Stop Order en raison du manque de permis —, les habitants de Cap Malheureux ont également sollicité une réunion avec le ministre. Ils espèrent pouvoir faire part au ministre de leurs inquiétudes concernant la construction de ce bâtiment commercial.