En dépit d’une demande d’injonction qui sera débattue devant l’Environment & Land Use Appeal Tribunal, le 18 novembre, le groupe Currimjee est confiant de démarrer les travaux en marge de la construction du Chaland Resort Hotel d’ici 15 jours. C’est ce qu’a indiqué Dinesh Burrenchobay, Managing Director (MD) de Currimjee Hospitality Management (CHM), lors d’une conférence de presse, vendredi, visant à éclaircir certains aspects de ce dossier qui suscite, depuis juillet dernier, un bras de fer. Les promoteurs montent à leur tour au créneau et brandissent “tous les permis nécessaires obtenus en conformité stricte avec les lois et autres règlements en vigueur” pour prouver leur bonne foi. Les opposants ne lâchent pas prise et maintiennent, rapport à l’appui, que les promoteurs sont en train d’induire la population en erreur et que ce projet provoquera bel et bien des conséquences désastreuses pour l’écologie.
Citant un par un les permis obtenus pour que le groupe Currimjee puisse aller de l’avant avec son projet de construction d’hôtel, Dinesh Burrenchobay rappelle que toutes les instances nécessaires ont été consultées et les règlements suivis à la lettre avant que le projet ne soit enclenché. La Letter of Intent devrait être émise prochainement au contracteur choisi et les travaux devraient démarrer à la fin de ce mois. Ce, en dépit de la demande d’injonction déposée par la plateforme Aret Kokin Nu Lapaz (AKNL) devant l’Environment & Land Use Appeal Tribunal en vue de stopper les travaux sur le site. Le Managing director de CHM fait ressortir qu’une première demande d’injonction logée par le Forum Citoyens Libres (FCL) a été rejetée. Il dit “faire confiance à la justice” et reste confiant que le groupe Currimjee pourra aller de l’avant avec son projet au plus vite.
Cette confiance émane surtout du fait qu’outre les “divergences” dans les allégations des opposants qui, selon lui, “changent argument sur argument”, le groupe Currimjee a établi dans son EIA et autres documents déposés devant les autorités, les mesures qui seront prises pour protéger l’environnement.
Le Pr Geoffrey Summers, qui a élaboré un 2e rapport de Cultural Heritage Impact Assessment (CHIA) à la demande du groupe Currimjee – le premier, effectué par l’Heritage Research Indian Ocean (HRIO) contenant, selon les promoteurs du Chaland Resort Hotel, “des inexactitudes flagrantes” –, est revenu sur son travail et les recommandations qu’il avait effectuées. Expliquant qu’un CHIA est une évaluation faite par des professionnels de la préservation du patrimoine sur les impacts qu’un projet de développement peut avoir sur le patrimoine tangible (les vestiges) et le patrimoine culturel intangible, il soutient que cet exercice ne visait pas à déterminer si l’on doit aller de l’avant ou pas avec le projet, mais à minimiser les impacts. Selon lui,  les recommandations faites pour que ce projet hôtelier soit approuvé par les autorités découlent du fait que les vestiges culturels, dont les fondations de toilettes datant des années 1940, qui seraient perdus durant les phases de construction n’ont pas de valeur. Il soutient également avoir conseillé que les promoteurs veillent à ce que certaines plates-formes situées sur les dunes soient réparées et d’autres rénovées pour faire revivre leur apparence d’origine.
“Attitude scandaleuse” déplore AKNL
Réfutant les arguments des écologistes, Jimmy Lan, Managing Director de CHM, fait lui ressortir qu’en ce qui concerne la construction de la nouvelle route menant vers La Cambuse, qui a obtenu tous les permis nécessaires de la Road Development Authority (RDA) et de la Traffic Management and Road Safety Unit (TMRSU), les spécifications recommandées relatives à la zone tampon de 30 mètres ont été respectées. Et le Chaland Resort Hotel a bénéficié d’un Planning Scheme et se situe dans la Tourism Development Zone et l’Outline Planning Scheme de Grand Port, affirme-t-il.
Les membres de la plate-forme AKNL dénoncent, pour leur part, “l’attitude scandaleuse des promoteurs qui annoncent le début des travaux dans quinze jours alors qu’une demande d’injonction est actuellement en attente d’être débattue.” Ils s’interrogent sur l’empressement des promoteurs à démarrer leur projet. Ils maintiennent, par ailleurs, que le Building and Land Use Permit a été obtenu en violation des dispositions légales, les opposants n’ayant pas eu un fair and free hearing. Et rappellent également que “ce sont des dommages irrémédiables qui seront causés à la dune de sable du Chaland.” Citant à titre d’exemple le rapport relatif à la biodiversité marine réalisé en 2012 par les experts du United Nations Development Programme concernant le parc marin de Blue Bay, les écologistes avancent qu’”il est inexact de dire que notre opposition à ce projet d’hôtel ne repose pas sur des arguments solides scientifiquement.” Selon eux, il est impératif que les autorités agissent pour une bonne gestion du patrimoine du pays et veillent à la protection de l’environnement. Ils appellent les Mauriciens à réagir et expliquent qu’ils croient également en la justice mauricienne. Demain soir, les membres de la plate-forme AKNL se réuniront en urgence pour décider des actions à entreprendre suite à l’annonce du début des travaux par les promoteurs dans 15 jours.