Face au Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, hier, les éleveurs et les pêcheurs ont, à travers le Mouvement Autosuffisance Alimentaire (MAA) et la Fédération des Éleveurs Porcins de St-Martin, évoqué les difficultés qu’ils rencontrent dans le cadre de leurs opérations.
À l’occasion des consultations prébudgétaires, Éric Mangar, manager du MAA, et Lindsay Veerapen, président de la Fédération des Éleveurs Porcins de St-Martin, ont défendu hier respectivement les intérêts des éleveurs et des pêcheurs devant le Premier ministre. Éric Mangar a d’emblée mis l’accent sur la problématique de la santé animale qui, selon lui, est « un élément incontournable » en vue du progrès de l’élevage à Maurice. « Cet élément tourne autour des services vétérinaires, un département qui est réticent au changement, et où ses officiers sont en train de put at stake the contribution of livestock to food security », a-t-il déclaré avant de parler de « la volonté politique » de faire bouger les choses. « Nous l’avons déjà dit dans le passé : le gouvernement doit revoir et moderniser la structure de même que le mandat des services vétérinaires », a-t-il souligné.
Éric Mangar soutient avoir évoqué face à Pravind Jugnauth les facteurs qui découragent l’élevage à Maurice, dont la fermeture de la Richelieu Feed Factory et celle de la station agricole de Palmar. Des difficultés ont alors émergé s’agissant de l’acquisition d’animaux destinés à l’élevage. « Le gouvernement avait signifié son intention de rouvrir la Richelieu Feed Factory, mais on attend toujours. À Palmar, on élevait des génisses pour les vendre aux éleveurs et on avait même parlé de la création de multiplier farms. Mais on ne voit rien venir. Kot ti elver pou gagn zanimo ? L’importation coûte trop cher », a-t-il fait ressortir.
Éric Mangar a ensuite évoqué la fermeture du Milk Marketing Scheme lancé par l’Agricultural Marketing Board (AMB). Le résultat est que « les éleveurs doivent aujourd’hui vendre leurs produits à travers le porte-à-porte pou kapav gagn zot lavi », dit-il.
Par rapport à la pêche, le manager du MAA dit avoir pensé à trois nouveaux projets de bateaux semi-industriels dans le prochain budget. « Après Serenity, nous voulons d’autres projets de ce genre pour les pêcheurs. J’ai fait comprendre au Premier ministre que la population doit consommer du poisson à un prix raisonnable. Cela est lié à la sécurité alimentaire en termes de protéine pour la population », déclare-t-il. Éric Mangar souhaite également l’installation d’une chambre froide dans le port, où les pêcheurs pourraient transformer leurs poissons, et aussi la mise à disposition de camions réfrigérés pour le transport des produits frigorifiés en vue de les rendre plus accessibles à la population.
Pêche : de 6, 6 kg en 2004 à 3 kg en 2017
Éric Mangar a évoqué par ailleurs la création d’une école de pêche pour les pêcheurs des bateaux semi-industriels. « Il est primordial de former les jeunes à la pêche industrielle car les pêcheurs vieillissent et ils ont beaucoup de connaissances à partager aux jeunes. Pa kapav les sa perdi », fait-il ressortir, avant de parler de l’intérêt que portent les pêcheurs pour les Fish Aggregating Devices (FAD), supports installés dans le lagon et qui contribuent à augmenter les prises. « Il faut savoir que les prises dans nos lagons ont diminué, passant de 6,6 kg par pêcheur par jour en 2004 à 3 kg aujourd’hui. Il ne faut pas laisser les bateaux étrangers exploiter notre zone économique exclusive », plaide-t-il.
De son côté, Lindsay Veerapen a exposé le problème des emprunts que les éleveurs sont en train de rembourser. « Dans le budget de l’année dernière, le gouvernement avait write-off la moitié du montant de ce prêt. Je pense qu’il faut le rayer en entier, parski bann elever pork pa ti dimann loan », estime-t-il. Ce problème, relate le président de la Fédération des Éleveurs Porcins de St-Martin, remonte à l’époque de la fièvre porcine en 2009. « Le gouvernement avait fait abattre les porcs malades et avait dit que les éleveurs seront remboursés d’une somme de Rs 2 500 par tête de porc ». Mais, poursuit-il, lorsque les éleveurs sont allés récupérer leur argent, ils ont découvert qu’il leur fallait contracter un emprunt de la DBM pour pouvoir obtenir ladite garantie. « Ti obliz zot pran sa loan-la pou gagn sa grant-la », constate-t-il.
Selon Lindsay Veerapen, les éleveurs n’ont pu rembourser leurs prêts en raison de diverses difficultés. « Le gouvernement avait alors effacé 50 % du montant de ce prêt l’année dernière et nous avait accordé un délai d’une année pour rembourser le reste avant juin 2017. Nous avions commencé à rembourser, mais la fièvre aphteuse en 2016 est venue bouleverser nos plans », déclare-t-il. « Je demande que le gouvernement raye encore 50 % du montant du loan qui reste en raison de ces difficultés ». Lindsay Veerapen a également évoqué le problème de drains à Bassin-Clarisse/St-Martin.