Non, nous ne sommes pas encore contaminés et il n’y a pas lieu de céder à la panique. Au-delà du virus qui fait des ravages sur l’ensemble de la planète et qui est appelé à avoir de très graves répercussions sur notre économie, s’il n’est pas maîtrisé à temps, il y a peut-être là une occasion opportune d’engager une réflexion sur nos modes de production — alimentaire notamment—, sur les moeurs publiques et sur l’urgence de repenser la mondialisation. Celle qui est devenue dangereuse pour certaines populations et mortifère pour l’avenir de la Terre. 

Mais il ne faut pas, non plus, s’abriter derrière le coronavirus pour faire ce qui devrait avoir été fait depuis très longtemps, à savoir être extrêmement prudent avec l’argent des contribuables. Et revenir aux fondamentaux de l’économie et à la réalité des faits comme il devait l’être de tout temps, d’autant que les clignotants étaient déjà à l’orange avant que la pandémie ne soit déclarée.

L’annonce du Premier ministre selon laquelle il y a aura des coups de rabot dans les dépenses publiques est la moindre des choses. Cela n’a pas empêché que l’on se remémore la politique de grande générosité pratiquée depuis 2017 pour s’acheter une légitimité et gagner l’adhésion populaire. Et on ne parle pas ici seulement de gros postes budgétaires engloutis dans des opérations de conquête catégorielles et clientélistes.

Qui se souvient encore que le gouvernement dépensait à tout vent pour promouvoir ses projets de prestige ? La cérémonie de lancement des travaux du complexe sportif de Cote d’Or, parti sur un budget de Rs 3,1 milliards pour finir à près de Rs 5 milliards, a coûté Rs 3 millions ; celle de la mise en chantier du tramway s’est chiffrée à Rs 7, 5 millions et, enfin, celle de sa mise sur rails, Rs 20 millions. Or, il ne faut pas attendre que le ciel nous tombe sur la tête pour adopter une approche prudente en matière de dépenses publiques.

Les Mauriciens sont inquiets. Ils ont déjà peur d’attraper le fichu virus et ils l’ont démontré dans les lieux aménagés comme des centres de quarantaine, à Souillac, Pointe-Jérôme et en recourant même à la violence à Quatre-Soeurs, l’ancienne circonscription de Pravind Jugnauth et celle, aujourd’hui, du trio Mahen Seeruttun, Teena Jutton et Naveena Ramyead. 

Cette dernière s’est bien prévalue, vendredi, du temps de l’ajournement pour évoquer un problème dans sa circonscription, mais elle a préféré se préoccuper des autobus irréguliers de Saint-Hubert, plutôt que des appréhensions des habitants de Quatre-Soeurs qui apparemment sont prêts à tout casser, tellement ils sont angoissés. 

Les Mauriciens qui sont entrés dans la logique et les travers de la société de consommation nourrissent aussi d’autres peurs, comme celle de ne pas avoir à manger demain. Si ce n’est pas encore un phénomène de thésaurisation, il y a, néanmoins, çà et là, ceux qui constituent leur petit stock de riz, de farine, de pâtes, de sel, de sucre et d’huile. 

Cela nous amène à la politique alimentaire nationale. Nous  sommes autosuffisants dans pratiquement rien. Les initiatives en matière d’agriculture raisonnée et de non-utilisation de pesticides sont largement une affaire d’individus et de sociétés soucieux de quitter une planète moins polluée à leurs enfants et petits-enfants.

C’est dans cette perspective que la population attendait des interventions fortes des élus sur le Discours-Programme, des pistes sérieuses pour l’avenir au-delà des généralités et des slogans d’une feuille de route fourre-tout. Que les purs produits du Sun Trust se complaisent dans ce qu’ils savent faire de mieux, c’est-à-dire passer de longues minutes à encenser leur leader, ce n’est pas une nouveauté, c’est même une question de culture.

Mais que ceux qui se disent militants fassent encore mieux pour se faire bien voir parce qu’ils ont fini par obtenir ou retrouver ce maroquin dont ils rêvaient à quelque chose de quand même écœurant. Dans leur désir de montrer qu’ils sont totalement acquis à Pravind Jugnauth et qu’une critique de Navin Ramgooam ou de Paul Bérenger peut toujours faire plaisir au chef, il y en a qui se sont carrément emmêlés les pinceaux.

Pris dans son élan et contaminé par le virus MSM, le ministre Kavi Ramano, qui n’a fait que répéter quelques mesures de bons sens pour protéger l’environnement, a parlé de « Navin Kumar Ramgoolam ». Ils ont tellement appris par coeur le refrain « Pravind Kumar Jugnauth » qu’ils ne savent plus où s’arrête l’éloge du leader du MSM et où commence la critique du chef des travaillistes. 

Comment ne pas comprendre ceux qui se disent nullement étonnés de la posture des purs et durs qui se sont fait remarquer en réclamant le huis clos devant le fantôme coûteux et sans fin qu’est la Commission Britam, et dont la déclaration de patrimoine aurait, en d’autres temps, provoqué des heures de débats animés à une assemblée de délégués. 

Steven Obeegadoo n’a pas fait mieux. Après son petit couplet sur la « force tranquille » que serait le tenant du Sun Trust, celui qui s’est présenté en donneur de leçons d’histoire politique s’est complètement trompé en décrétant que le MMM n’a jamais contesté d’élections. 

Ce n’est pas parce qu’il s’est fondu dans le moule du MSM qu’il doit oublier que son ancien parti avait logé une pétition électorale, très habilement rédigée d’ailleurs par le tandem Sheffick Sookia-Ivan Collendavelloo, pour contester l’élection de Xavier Duval au No 20 en septembre 1999. Le Parlement fut dissous le 11 août 2000 avant qu’elle ne soit considérée. 

Bien sûr que l’on ne s’attendait pas à ce que les membres de la majorité, les militants revendiqués, mais pouvoiristes déguisés, parlent de la corruption, de nominations, de l’éducation, de la MBC et d’Air Mauritius, mais on aurait pu penser qu’ils auraient fait preuve d’un peu de vision, d’originalité et d’audace.