Malcolm de Chazal, on le sait, vivait dans un rapport fusionnel à la nature. Son esprit visionnaire l’a amené à formuler des propositions pour « une nouvelle humanité fondée sur la fusion culturelle ». Ses écrits témoignent des idées qu’il prônait en faveur d’une nouvelle société à construire. En cherchant des voies pour une « révolution artistique intégrale », il a évoqué le concept de féérie mauricienne, un style mauricien unique. Ce qui l’a conduit à la notion de « culture-fée ».
Cette vision se prolonge dans Les Contes de Morne Plage (Vizavi Editions, 2012, Illustrations de Henry Koombes ), un recueil destiné aux petits et aux grands. Malcolm écrit en avant-propos : « À l’autre bout du monde, il existe, une île enchantée, toute verte avec des montagnes mauves, au sein d’une mer bleue, tapissée de lagunes d’émeraude… Il semble que tous les contes de fées de la terre se soient ici réfugiés. Tout ce qui se passe ailleurs, ici ne se passe pas. Les couleurs n’y sont plus les mêmes ni les sons, tout est féérique. Il a été raconté depuis des siècles et des siècles qu’il existait anciennement un jardin d’Eden ; ce jardin d’Eden est l’Île Maurice… »
On pourrait disserter longuement sur la quête des origines chez Malcolm, la création d’un mythe fondateur. Mais revenons sur ces contes qui n’ont pas d’auteur. Comme le dit Malcolm lui-même : « On ne sait pas d’où ils viennent. On les raconte et c’est tout. » Malcolm, en quête des vérités premières d’une enfance à retrouver, avait rédigé ces contes lors d’un séjour à Morne Plage : « J’ai écrit Les Contes de Morne Plage, un recueil de contes dans le style poétique absolu, au-delà du verbe de Petrusmok… » (Le Mauricien, 7 septembre 1957). Il a fallu attendre plus d’un demi-siècle pour retrouver cette culture unique dessinée par l’artiste mauricien dans les contes.
Dans ses notes introductives, Robert Furlong, Président de la Fondation Malcolm de Chazal, parle d’une publication qui est à proprement parler un événement ! De fait, on doit ces contes à Martine Hatswell, dont la mère a partagé la vie de Malcolm entre 1957 et 1964. C’est elle qui a retrouvé les tapuscrits des contes dans les papiers de sa mère aujourd’hui décédée. Ces tapuscrits ont été donnés à la Fondation Malcolm de Chazal. Mais pour avoir une idée de cette féérie proprement mauricienne en laquelle Malcolm croyait, il faut lire les contes. Voici le premier conte intitulé L’Arbre qui vole.
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Extrait
Il était un arbre qui avait poussé avec d’autres arbres, en un coin bien ensoleillé et en même temps plein d’ombre, dans un coin près de la mer bleue, bien caché entre quelques touffes d’arbres.