Ces derniers temps, pour se faire entendre, syndicalistes, travailleurs et citoyens engagés ont préféré la rue pour se faire entendre de la population et des autorités gouvernementales. Manifestations, grèves et mobilisations demeurent les armes ultimes pour faire avancer les débats et faire entendre des causes lorsque le dialogue ne fonctionne plus.
Si les gens manifestent leur mécontentement, c’est surtout parce qu’ils ont l’impression que nos dirigeants ne sont pas à leur écoute. “Quand il y a une crise, il n’y a pas d’écoute et il n’y a pas de confiance dans celui qui veut maintenir un dialogue. Il y a une exaspération et un manque de confiance”, souligne Jack Bizlall. Quand il n’y a pas d’écoute, se révolter est très souvent le dernier moyen de pression et d’occasion se faire entendre, si l’on en croit syndicalistes et activistes.
Forcer l’écoute.
“Une manifestation, c’est une façon de faire entendre sa voix. Quand nous écrivons des lettres, personne ne nous prend en considération. Les manifestations sont très importantes; c’est le fondement de la démocratie. Si les autorités nous ouvraient leurs portes lorsque nous les sollicitons, nous accepterions volontiers de nous asseoir autour d’une table et d’essayer de trouver une solution, mais ils ne le font pas. Il nous faut descendre dans la rue pour nous faire entendre”, ajoute Georges Ah Yan. “Manifester, c’est un moyen d’exprimer sa colère, de forcer l’écoute, d’obliger ceux qui ne daignent pas écouter à le faire. Si malgré cela, il n’y a pas de rencontre, ils sauront que nous sommes en colère à travers la presse. C’est un moyen démocratique”, poursuit Jack Bizlall.
Pour Jane Ragoo, syndicaliste, c’est le pouvoir et le prestige qui empêchent les dirigeants d’être à l’écoute des problèmes du peuple et qui provoquent la colère de ce dernier, qui n’a alors d’autre choix que de manifester pour se faire entendre. “Pour arriver au pouvoir, un dirigeant doit gagner le vote du peuple. Il fait toutes sortes de promesses, mais une fois élu, il a tendance à les oublier. Quand le peuple vient taper à sa porte, non pas pour demander des privilèges mais pour réclamer ses droits, le dirigeant trouve difficile de sortir de sa confort zone et fait la sourde oreille. Le peuple n’a alors d’autre choix que de manifester.”
Constitution.
Selon Jack Bizlall, une des raisons pour lesquelles le peuple a tendance à se soulever contre le pouvoir réside dans les bases de notre Constitution. “Nous avons une lacune dans notre Constitution; on vit dans une démocratie indirecte. Les gens élisent leurs dirigeants d’associations sportives, de syndicats, leurs conseillers de village et leurs parlementaires. Dans une démocratie indirecte, il n’existe pas de possibilités de consultations populaires. Si la Constitution faisait provision pour un référendum, on aurait pu tenir compte de l’opinion de la population sur les grandes questions. On aurait pu laisser le peuple décider. Dans notre démocratie, on s’impose sur les gens. Il est normal qu’ils se révoltent.”
Toutes les mobilisations ne sont pas forcément porteuses de résultats, mais certaines arrivent à faire bouger les choses. L’ampleur de la manifestation ou alors la force des organisations qui manifestent peuvent être déterminantes. “Cela dépend de l’organisation et de sa crédibilité, mais ça marche”, souligne Jane Ragoo. “Si Jeff Lingaya pa ti fer so lagrev de lafin, nangne pa ti pou fer, pa ti pou ena Audit Commission”, dit Georges Ah Yan. “Dans la société mauricienne, le progrès et l’avancement sont le fruit de la contestation sociale. La naissance des droits des travailleurs, des droits démocratiques, de l’indépendance et le suffrage universel sont le fruit de la contestation. Le nouveau modèle économique est appelé à renaître de la contestation sociale”, analyse le syndicaliste Ashok Subron.