Contrôlé « sans ménagement » avant-hier par des éléments de l’ASDU à Ebène, Rose-Hill, après l’avoir été maintes fois précédemment, dit-il, Yannick Durhône a décidé d’alerter l’opinion publique et envisage de porter plainte devant diverses instances pour ce qu’il considère être un « délit de faciès », un abus qui consiste à contrôler de manière répétitive une personne uniquement à cause de son apparence. Ce chef de département à Le Bocage International School, qui est également propriétaire avec son frère Yan du resto-pub culturel Le Sapin de Camp-Levieux, arbore en effet des dreadlocks. Il est connu dans son quartier pour effectuer, en collaboration avec la police, du « community policing ».
« Moi, je n’en peux plus, car ce n’est pas la première fois que ça m’arrive », lance Yannick Durhône dans une déclaration au Mauricien. « Je rentrais chez moi vers 15h 15 après ma journée de travail et je roulais en direction de Rose-Hill sur la Old Moka Road », raconte .
Arrivé dans la région d’Ebène, Yannick Durhône double une 4×4 de couleur blanche. « Tranquillement et sans excès de vitesse », soutient-il.
« Arrivé à hauteur de la MSPCA, j’entends une voiture accélérer derrière moi, me doubler et une fois à ma hauteur, je vois quatre personnes me hurler “La fouille”, “La fouille” et me faire signe de me garer », raconte encore Yannick Durhône. Le 4×4, allègue-t-il, fonce sur un autobus qui venait en sens inverse et vient se mettre devant sa voiture pour lui barrer la route.
Selon notre interlocuteur, rien ne permettait d’identifier ces quatre personnes comme étant des policiers. « Ils étaient en civil et j’en ai vu un qui avait des piercings. À aucun moment ne m’ont-ils montré une quelconque carte d’identité. Ce qui fait que j’aurais bien pu ne pas leur obéir. Mais comme ce n’était pas la première fois que je me faisais ainsi contrôler, je n’ai rien fait pour ne pas envenimer les choses », soutient-il.
« L’ADSU sa, la fouille, desann, sorti ! » lui lancent ces policiers en civil sur un ton « pas gentil du tout », allègue encore Yannick Durhône.
« J’espère que vous savez ce que vous faites, moi, je sais ce que je fais », leur lance Yannick Durhône. Ce qui, selon notre interlocuteur, semble les étonner.
Yannick Durhône descend de sa voiture et à un moment un des quatre policiers tourne autour de celle-ci. Il remarque que la vignette d’assurance n’y est pas. « Effectivement, mais elle est dans la voiture ! » explique Yannick Durhône qui plonge dans ses affaires pour sortir le document.
« Vous m’arrêtez à cause de l’assurance. Mais à quel moment avez-vous remarqué que je n’avais pas affiché ma vignette ? Depuis quand l’ADSU fait-elle des contrôle de routine ? », lance Yannick Durhône devant le tutoiement des policiers.
Ce qui ne manque pas de les énerver, soutient notre interlocuteur, qui allègue qu’un policier lui aurait alors lancé « nou fer seki nou anvi… Si nou anvi ferm twa, nou ferm twa… ». Un autre, soutient-il encore, aurait lancé « Amene sa station ! »
L’un de policier prend place à côté de Yannick Durhône et ils se dirigent vers le poste de Rose-Hill, situé à proximité. « Vous m’arrêtez, pourquoi ? », demande Yannick.
Au poste, on lui demande sa carte d’identité, mais comme le document n’est pas sur lui, il leur propose son permis de conduire. « Li pa lizib », lui fait-on remarquer. « Je l’ai refait il y a un an à peine, mais ce n’est pas moi qui imprime ces permis », leur fait-il remarquer.
Après 45 minutes au poste, où il dit avoir dû subir des remarques désobligeantes, Yannick Durhône peut partir.
« Pourquoi l’ADSU m’a-t-elle intercepté en plein Rose-Hill en public comme un vulgaire criminel ? » s’interroge-t-il. « Ou trop négatif… », lui aurait lancé un policier au poste de Rose-Hill quand il leur a posé cette question.
« J’ai subi ce traitement humiliant juste parce que certains jugeaient que ma tête ne leur plaisait pas ! » soutient Yannick Durhône au Mauricien. Il est d’autant plus révolté contre ce traitement que lui et son frère Yan organisent à Camp-Levieux des sessions de travail avec la CID et la police régulière pour faire de la médiation entre la police et les citoyens pour un travail de proximité.
Ce n’est pas la première fois qui est ainsi traité par l’ADSU, affirme notre interlocuteur. « Il y a un an j’ai été victime de ce délit de faciès et c’en est trop ! Ils m’avaient arrêté en pleine rue à Camp-Levieux et avaient pris toutes mes affaires pour les éparpiller sur l’asphalte. Cette fois-ci je ne me laisserai pas faire ! » dit-il.
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Police Press Office
« Nous conseillons vivement à M. Durhône de porter plainte au Complaints Investigation Bureau de Rose-Hill qui enquête sur les cas concernant les policiers. À la lumière d’une enquête qui aura cours, la police décidera de la marche à suivre », nous a affirmé le Police Press Office à la mi-journée.
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BILLET: Prévenir des dérapages
Le « délit de faciès » est une raison apparente utilisée en général par un policier pour effectuer un contrôle particulier, pour un employeur pour ne pas engager quelqu’un ou encore pour un propriétaire de lieu privé de refuser l’accès à son établissement sur la base de couleur de peau ou d’apparence générale. Le délit de faciès est souvent l’expression d’un racisme ordinaire qui constitue un déni du respect des droits humains. Dénoncer le délit de faciès c’est défendre les droits des citoyens à un traitement raisonnable, juste et équitable. Jusqu’ici le délit de faciès n’est pas un délit inscrit dans nos lois.
Mais la brutalité policière l’est et des policiers, trouvés coupables, ont été sanctionnés. De même que dénoncer la brutalité policière n’est pas une attaque sur la police, s’élever contre des contrôles policiers abusifs ne l’est pas non plus. Grâce à des dénonciations systématiques dans les journaux et ailleurs de la brutalité policière, on a vu une diminution drastique de ces cas où il y a abus du pouvoir que confère l’uniforme.
C’est pour prévenir de tels dérapages, entre autres, que l’Attorney General, Yatin Varma, compte prochainement faire adopter par l’Assemblée Nationale, un « Police and Criminal Evidence Bill » qui est en préparation.
De même l’actuelle direction de la police prône une « Police Service », au contraire d’une « Police Force » et qu’elle mise sur une « community policing » pour impliquer davantage les citoyens dans le respect de la loi, la tolérance de tout cas délit de faciès constitue un revers de cette politique de proximité.
Il faut de toute urgence mettre en place des mécanismes pour établir des garde-fous afin d’éviter des dérapages.
P.Y.