Est-ce normal, bien dans les règles du jeu, qu’une firme qui a une entité légale séparée utilise le bilan financier d’une compagnie soeur pour se donner de la crédibilité afin de décrocher un contrat de marché public ? C’est la question qui se pose dans le milieu des affaires après que, selon toutes les apparences, la firme mécanique vacoassienne UMCL, dirigée par M. Ujodha, a bénéficié en janvier dernier d’un contrat de Rs 24,3 millions mis en compétition ouverte par la Mauritius Cane Industry Authority (ex-Sugar Planters Mechanical Pool Corporation) pour la fourniture de deux crawler tractors.
L’affaire fait du bruit depuis un certain temps et, selon nos informations, il y a grande chance que la MCIA et l’Independent Review Panel (IRP), instance censée veiller à l’application des bonnes règles édictées sous la loi du public procurement quand l’argent public est investi, soient mises en demeure. Il y a pour point de départ le lancement, le 17 juillet 2015, d’un appel d’offres d’achat par la MCIA pour deux crawler tractors munis d’accessoires devant être utilisés dans la préparation des champs des petits planteurs. Trois soumissionnaires sont en lice, nommément la firme Scomat, qui propose des équipements Caterpillar pour Rs 44,1 millions, UMCL, représentant la marque polonaise Dressta pour Rs 36,5 millions et, enfin, MECOM, dépositaire de la marque japonaise Komatsu, qui fait une cotation de Rs 32,9 millions.
Outre des spécifications techniques, l’appel d’offres précise aux éventuels soumissionnaires des conditions qui doivent être respectées. Ils doivent impérativement fournir une liste de clients locaux auxquels ils ont précédemment vendu un équipement semblable ainsi que la preuve qu’ils disposent de pièces détachées en quantité suffisante afin de pouvoir, quand besoin est, apporter des réparations. À l’ouverture des offres cachetées, le 28 janvier 2016, soit cinq mois après, UMCL se retrouve bénéficiaire du contrat pour la somme de Rs 24,3 millions. Ses deux concurrents protestent et tous deux soutiennent que (i) les produits d’UMCL ne sont pas conformes aux exigences et (ii) contrairement à leurs marques qui sont renommées dans le monde entier, Dressta ne l’est pas, et même pas une seule unité de cette marque n’a jamais été vendue à Maurice.
C’est MECOM, entreprise basée à Grande-Rivière-Nord-Ouest, qui se rend en premier devant l’IRP. Sa contestation est rejetée parce que, soutient l’IRP, « MECOM n’a pu déposer un quelconque document pour établir qu’UMCL n’a jamais vendu pareil équipement dans le pays et s’est seulement fondée sur l’ouïe-dire (hearsay evidence). » Or, ce sera le même IRP qui, traitant en deuxième lieu une autre contestation de la part de Scomat reposant sur les mêmes arguments que MECOM a, cette fois, une autre lecture des faits.