Le contre-interrogatoire de l’accusé Yesudas Veeranah a pris fin hier. Me Johan Moutou-Leckning, Leading Counsel de la poursuite, l’a une fois de plus confronté aux événements qui ont précédé et suivi la mort de son épouse. Après le contre-interrogatoire de l’accusé par la poursuite, l’avocat de la défense Me Ashley Hurrangee a procédé au re-examination de Yesudas Veeranah, accusé d’avoir assassiné son épouse Nisha Veeranah le 5 novembre 2005. Me Hurrangee est revenu sur plusieurs questions qui ont été soulevées par la poursuite, menée par Me Johan Moutou-Leckning. L’accusé a une fois de plus été interrogé sur sa relation avec son épouse ainsi que sur son comportement après la mort de cette dernière.
Me Johan Moutou-Leckning : Est-ce vrai que vous ne vous êtes pas présenté en Cour de Mapou alors que votre défunte épouse avait logé un Protection Order contre vous ?
Yesudas Veeranah : Oui, je n’y suis pas allé.
Me Moutou-Leckning : Est-ce que la police ment en disant qu’elle ne vous avait pas frappé quand vous étiez au bureau de la MCIT ?
Yesudas Veeranah : Oui, elle ment.
Me Moutou-Leckning : Je vous dis que vous frappiez votre défunte épouse et qu’une fois vous l’avez assommée avec une pierre.
Yesudas Veeranah : Non, ce n’est pas vrai, c’est elle-même qui s’est assommée avec une pierre.
Me Moutou-Leckning : Je vous dis que vous avez acheté une Sim Card le 4 novembre 2005.
Yesudas Veeranah : J’ai acheté une Sim Card le 6 novembre 2005.
Me Moutou-Leckning : Le 7 novembre vous avez envoyé un texto à la soeur de votre défunte épouse sur le numéro de cette Sim Card achetée ?
Yesudas Veeranah : Oui, je l’ai fait.
Me Moutou-Leckning : Vous avez demandé à la soeur de votre épouse de vous donner une photographie d’elle pour les journaux afin de faire croire que votre femme avait disparu ?
Yesudas Veeranah : Oui.
Me Moutou-Leckning : Vous avez demandé à votre amie Sookhool après la mort de votre femme que vous vouliez consolider votre relation avec elle ?
Yesudas Veeranah : Non, c’était une amie.
Me Moutou-Leckning : Le 11 novembre, suite à une déposition, aviez-vous déclaré que votre femme avait quitté votre maison pour aller dans un véhicule ?
Yesudas Veeranah : Oui, ça s’est vraiment passé.
Me Moutou-Leckning : Pourquoi aviez-vous donné plusieurs versions à la police ?
Yesudas Veeranah : La police me frappait et me disait ce que je devais dire dans mes dépositions.
Me Moutou-Leckning : Et votre avocat, il était présent, vous me dites qu’il n’a pas fait son travail ?
Yesudas Veeranah : Mon avocat m’avait dit de garder le silence.
Me Moutou-Leckning : Vous êtes d’accord que vous avez donné cinq versions concernant la mort de votre femme et là vous me dites que la police, votre avocat et aussi les médecins n’ont pas fait convenablement leur travail ?
Yesudas Veeranah : C’est vrai que les médecins n’ont pas fait convenablement leur travail.
Me Moutou-Leckning : Moi, je vous dit que vous avez menti à tout le monde
Yesudas Veeranah : Je vous dis que tous les témoins de la poursuite qui ont témoigné contre moi ne m’ont jamais traité de menteur.
Aussitôt le contre-interrogatoire de l’accusé terminé, la défense lors du re-examination a repris certaines questions soulevées par Me Johan Moutou-Leckning. Me Ashley Hurrangee a réinterrogé l’accusé sur ses allégations de brutalité policière.
Me Ashley Hurrangee : Après avoir donné vos deux dépositions, est-ce que les officiers du MCIT vous frappaient toujours ?
Yesudas Veeranah : Non, après avoir donné ces deux dépositions, les policiers avaient arrêté de me frapper. Je quittais le centre de détention pour revenir au bureau de la MCIT uniquement pour des formalités et après je regagnais ma cellule.
Me Ashley Hurrangee : Le 22 novembre 2005, il y a une entrée dans le Diary Book de la MCIT selon laquelle l’on vous avait transporté à l’hôpital pour des soins ?
Yesudas Veeranah : Ce jour-là, les officiers m’avaient retiré du centre de détention pour aller à l’hôpital mais j’y suis pas allé. On m’a retourné dans ma cellule par la suite.
Me Ashley Hurrangee : Aviez-vous eu la conjonctivite pendant que vous étiez en détention ?
Yesudas Veeranah : Non
Me Ashley Hurrangee lui a alors demandé si dans l’affidavit juré par son épouse Nisha Veeranah, cette dernière avait fait quelconque mention que son époux était un menteur.
Me Ashley Hurrangee : Vous a-t-elle traité de menteur dans cet affidavit ?
Yesudas Veeranah : Elle n’a à aucun moment fait mention que j’étais un menteur. Dans cet affidavit, elle avait écrit qu’on se disputait et que je l’insultais.
Me Ashley Hurrangee : Votre épouse vous connaissait très bien ?
Yesudas Veeranah : Oui.
L’avocat de la défense interroge à ce stade l’accusé sur son comportement durant son parcours académique au collège médical de Belle-Rive ainsi qu’avec ses amis.
Me Ashley Hurrangee : Vous êtes quelqu’un qui a eu un parcours académique très brillant depuis le primaire, aviez-vous déjà eu quelque reproche pour avoir menti ?
Yesudas Veeranah : Non jamais. J’étais toujours bien entouré. Mes parents m’ont toujours donné un bon encadrement et je m’entendais très bien avec mes amis. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai une très bonne relation avec eux. D’ailleurs, le collège médical SSR est une institution très sévère et dans le passé, il y a eu des cas de tricherie, mais moi, je n’ai jamais eu un quelconque ennui.
Me Ashley Hurrangee : Vos parents étaient des enseignants. Avaient-ils eu des problèmes pour financer vos études ?
Yesudas Veeranah : Non. Ils avaient vendu un terrain pour payer ma première année d’études mais par la suite, ils ont fait des efforts pour financer mes études jusqu’au bout.
Me Ashley Hurrangee : Est-ce que vous dépendiez de l’argent de votre épouse pour financer vos études ?
Yesudas Veeranah : Non c’était impossible car mes études coûtaient beaucoup.
Me Ashley Hurrangee : La poursuite a avancé que vous avez tué votre épouse.
Yesudas Veeranah : Non, c’était un accident. J’aimais ma femme et je n’aurai jamais cru qu’une telle chose allait arriver.
L’avocat de la défense questionne à ce moment l’accusé sur un CD qu’il avait demandé à une amie après la mort de son épouse. Lors du contre-interrogatoire, la poursuite avait confronté l’accusé au fait que juste après la mort de sa femme, il avait intentionnellement essayé de prendre contact avec cette amie pour nouer des relations au lieu de faire le deuil de sa femme.
Me Ashley Hurrangee : Après la mort de votre épouse, vous aviez demandé un CD à cette amie pour l’écouter.
Yesudas Veeranah : Ce CD en question est une chanson du film indien Jism. Les paroles relatent mon état d’âme et les sentiments que j’éprouvais après avoir perdu mon épouse. Cette chanson parle du désespoir d’un homme qui a perdu celle qu’il aimait dans un accident. J’étais triste et je voulais écouter cette chanson qui me rappelait par quoi je passais. Je ne pouvais plus manger ni dormir. C’est pour cette raison que j’avais demandé ce CD à cette amie car je savais qu’elle collectionnait les chansons des films indiens.
Me Ashley Hurrangee : Auriez-vous tenté de prendre contact avec cette amie pour nouer des relations ?
Yesudas Veeranah : Elle était qu’une amie et à cette époque, je n’avais pas d’ami. Je voulais simplement me confier à elle.
La défense soulève à ce stade le rapport de l’autopsie qui avait attribué la cause du décès à une compression of the neck.
Me Ashley Hurrangee : Vous aviez dit lors du contre-interrogatoire que le médecin légiste avait failli dans ses devoirs. Quels sont les signes quand il y a compression on the neck.
Yesudas Veeranah : Pour compression of the neck, il devait y avoir des signes même si le corps était dans un état de décomposition avancée. Le médecin a lui-même déclaré en cour qu’il manquait des documents au rapport. Il n’a pas fait son travail comme il le fallait.
À ce stade, la poursuite objecte à ce que l’accusé donne des détails médicaux sur ce qui peut causer une compression of the neck. Me Moutou-Leckning indique que l’accusé ne peut commenter un rapport dont il n’est pas l’auteur et qu’il n’est pas un expert dans ce domaine.
À une question des membres du jury sur ce qui aurait pu causer la mort de sa femme, Yesudas Veeranah devait répondre que ce jour-là, il avait cru que sa femme avait succombé à ses blessures quand elle avait tenté de sauter de la voiture. Par la suite, a-t-il dit, lorsqu’il a été voir un autre médecin légiste, ce dernier lui aurait dit qu’une compression of the neck était impossible et vu que le rapport de l’autopsie avait révélé des “pinkish teeth” de la victime, elle aurait pu avoir consommé du poison. Les membres du jury se sont également intéressés aux raisons qui l’a motivé à contacter son ami Vijay Bahal le jour du drame au lieu de ses autres amis du collège ou ceux de son épouse. « Vijay Bahal était un ami très proche de ma femme et moi, c’est pour cela qu’à ce moment, j’ai pensé à lui. »