Curieuse idée, direz-vous, que de vouloir marquer le 160e anniversaire de la naissance de Léoville L’Homme, né le 7 avril 1857, par l’évocation de sa mort ! Mais toute chose peut s’expliquer et c’est bien la mort physique du poète qui permet de mesurer l’intensité de son oeuvre, sa pertinence et sa profondeur. On aurait aimé pouvoir écrire aussi « sa permanence », mais notre pays semble avoir choisi de nous habituer au gommage de ceux ayant contribué à sa construction identitaire. Robert-Edward Hart en a pâti l’an dernier. Une fois, cela peut être un oubli ; deux fois, cela devient suspect ; trois fois, c’est signe d’acharnement ! A qui le tour ? Voici quelques pistes pour 2018 : 140e anniversaire de la naissance de Selmour Ahnee, 90e de celui d’Emmanuel Juste, 90e anniversaire du décès de Léoville L’Homme. Attendons voir !
Le personnage de Léoville L’Homme devrait être familier à celui qui fréquente le Jardin de la Compagnie. C’est ce monsieur dont le buste est placé sur une stèle au bout de l’allée principale et à qui une muse (mais vous me direz que ce jardin grouille de muses vivantes !) tend au poète une couronne de lauriers Au bas, un livre ouvert, en bronze, offre la Lettre à un ami, poème de jeunesse publié dans un journal en 1881 et intégré dans le recueil Poésies et poèmes en 1926. Ce poème, très francophile, ne rend peut-être pas vraiment service au poète Léoville L’Homme car ne reflétant pas la mauricianité profonde de son oeuvre. Outre cet hommage, la bibliothèque de la municipalité de Port-Louis — qui porte son nom car il en fut le bibliothécaire dès 1902 — a également un buste du poète. Plusieurs rues de villes mauriciennes portent son nom : à Port-Louis, une première traverse le quartier d’affaires du vieux Port-Louis et une deuxième se trouve dans celui de Grande Rivière Nord-Ouest ; à Rose-Hill, la rue portant son nom est parallèle à celle du poète Jean-Claude d’Avoine ; à Quatre-Bornes, une avenue lui est dédiée. Une plaque, aujourd’hui disparue, avait été apposée en 1929 sur la maison qu’il habitait. Parmi ses contemporains, plusieurs ont témoigné de sa prestance et de son charisme. A titre d’exemple, on retiendra le témoignage de deux d’entre eux : Selmour Ahnee qui parle, dans une conférence en 1931, de la chaleur et la sympathie qui se dégageaient du poète ; Arthur Martial qui évoque en 1946 « la physionomie » de Léoville L’Homme, précisant : « Il y avait dans sa stature, dans le port de sa tête, quelque chose qui me remplit de respect. »