L’Université de Maurice (UoM) affirme que le syllabus pour son cours menant à l’obtention d’un Bachelor of Pharmacy avait été présenté aux stakeholders lors d’une réunion en mars 2008 et qu’il n’y avait pas eu de contentieux à ce sujet. Des participants à cette rencontre sont néanmoins catégoriques : ce projet n’avait pas fait l’unanimité ce jour-là et le programme du cours n’avait pas été discuté. Les premiers détenteurs de ce diplôme sont dans le flou total concernant leur avenir professionnel. De son côté, le Pharmacy Board se démène pour trouver une solution afin qu’ils puissent répondre aux critères pour l’obtention du registration qui leur permettra d’exercer leur profession. Cette polémique met par ailleurs en lumière une législation totalement surannée pour le secteur de la pharmacie. Alors que la Pharmacy Act 1983 mérite un dépoussiérage, le Pharmacy Council Bill prêt depuis… 2004 sera enfin bientôt présenté au Parlement.
La clause 12 (1) de la Pharmacy Act stipule : « No person shall practise as a pharmacist, assistant pharmacist or pharmacy technician unless he is registered. » À souligner que l’enregistrement fait partie des attributions du Phamacy Board et selon la clause 12 (4), « no person shall be registered as a pharmacist unless he has obtained (a) a diploma of pharmacist awarded by the Board or (b) a diploma or degree in pharmacy acceptable to the Board ».
Les 19 détenteurs du Bachelor of Pharmacy octroyé par l’UoM devront cependant s’armer de patience avant l’obtention de ce certificat d’enregistrement qui leur permettra de se présenter sur le marché du travail, ce degree n’étant pas pour l’heure « acceptable to the board ». « L’Université nationale a une responsabilité envers ces jeunes qui ont donné quatre ans de leur temps à ces études en pharmacie. Il faut prendre les mesures appropriées pour qu’ils soient “enregistrables” tôt ou tard. L’UoM et le ministère de la Santé doivent trouver un terrain d’entente à ce sujet », explique un professionnel très respecté du secteur de la pharmacie.
Avant d’arriver au certificate of registration, tout détenteur d’un diplôme universitaire dûment reconnu par le Pharmacy Board devra toutefois obtenir un registration provisoire (pre-registration certificate) qui lui permet de faire son stage pratique d’une année (internship) dans les pharmacies avec le statut « apprenti pharmacien ». À ce titre, il peut assister un pharmacien dans toutes ses tâches journalières.
Faute de ce pre-reg certificate puisque leur diplôme n’est pas encore reconnu par le Pharmacy Board, la tâche de ces détenteurs de Bachelor of Pharmacy se limite au “dispensing” des médicaments dans les pharmacies sous la supervision du pharmacien. « Nous ne pouvons pas par exemple les autoriser à manipuler les médicaments dits dangerous drugs ni à avoir accès au registre concernant ce type de médicaments », explique un professionnel.
Du côté de l’UoM, on maintient mordicus que le syllabus menant à l’obtention de son Bachelor of Pharmacy a été présenté à tous les stakeholders lors d’une réunion de l’Advisory committee en mars 2008 et que ce programme d’études a reçu un accord favorable dans ce comité consultatif. « Le syllabus a été présenté à l’Advisory committee le 13 mars 2008 par le Dean of Faculty of Science de l’époque. Selon nos records, il n’y a pas eu de points négatifs sur le contenu du syllabus. À partir de là, le comité a porté le syllabus au Faculty Board. Toutes les procédures ont été suivies », a déclaré cette semaine le Dr Satish Ramchurn, doyen de la Faculté des Sciences, qui réagissait aux questions que nous avons envoyées la semaine dernière à la direction de l’UoM. Selon lui, les personnes ayant participé à cette rencontre représentaient le ministère de la Santé, le Board of Pharmacy, l’Association des Pharmaciens de l’île Maurice, le Board of Investment, l’Academic Staff de l’UoM et la Faculté des Sciences.
Mais l’institution de Réduit a-t-elle informé officiellement le Pharmacy Board de sa décision d’offrir ce cours en lui soumettant les détails, tels la date exacte du début du cours, une copie du syllabus finalisé et les modalités de l’organisation de ce cours (le choix des chargés de cours, les stages pratiques en pharmacie commercial, ainsi qu’en laboratoire et en milieu hospitalier) ? De l’avis du Dean de la Faculté des Sciences, il n’y avait pas nécessité d’une communication officielle aux autorités concernées compte tenu de la participation de tous les stakeholders dans cette instance officielle. « En principe, les personnes qui participent aux réunions de l’Advisory Committee doivent ensuite transmettre à l’organisme qu’ils sont venus représenter la teneur des discussions. Il y avait des représentants du Pharmacy Board et du ministère de la Santé à cette réunion du 13 mars 2008 », réplique le Dr Ramchurn.
Des participants à la réunion du 13 mars 2008 donnent une autre version des faits. Ils affirment que les discussions ce jour-là ont porté uniquement sur le besoin ou non d’avoir un Degree Course en pharmacie par l’UoM. « Les discussions se sont uniquement déroulées sur cette question et nous n’avons pas eu le temps de nous intéresser au syllabus », se souvient un des participants à cette réunion de l’Advisory Committee. « À l’exception du Dean de la Faculty des Sciences tout le monde ce jour-là était d’accord qu’il n’y avait aucune nécessité d’avoir ce cours. Je me souviens très bien de l’intervention du représentant du BoI qui avait dit qu’il y avait au moins 280 Mauriciens qui étudiaient la pharmacie à l’étranger à l’époque et qu’à son avis, il y aurait suffisamment de pharmaciens sur le marché mauricien », poursuit-il. D’autres participants font remarquer qu’un comité consultatif n’a aucun pouvoir décisionnel et que son rôle est de recueillir les avis des personnes autorisées sur un sujet spécifique.
Dans les milieux du ministère de la Santé et du Pharmacy Board, des officiers ne cachent pas leur agacement envers l’UoM. « Depuis 2008, il n’y a jamais eu de séance plénière du Pharmacy Board consacrée à l’examen de ce syllabus que nous n’avons jamais reçu. Ce n’est qu’en juillet qu’on a entendu parler à nouveau de ce cours », disent des employés.
Les responsables du ministère et du Pharmacy Board se démènent pour trouver une solution au problème de ces 19 degree holders et recherchent l’avis des professionnels sur la question. La priorité est d’examiner en profondeur le contenu du syllabus et de récolter les informations sur la manière dont le cours s’est déroulé durant ces quatre dernières années. Selon les observations de certaines personnes, avec une longue expérience dans la profession, ces anciens étudiants devraient bénéficier de cours additionnels pour certains modules qui n’auraient pas été traités en profondeur ou pas abordés du tout. « Ces jeunes diplômés ne doivent pas être pénalisés. Il faut trouver des formules pour leur permettre de connaître au moins le minimum sur les sujets qui n’auraient pas été couverts durant ces quatre années », pense un cadre du ministère. On laisse entendre que le volet concernant les stages pratiques comporterait quelques faiblesses qui ne sont pas du tout insignifiantes. D’ailleurs, ces ex-étudiants (hormis les dispensers du ministère de la Santé qui ont suivi le cours) se disent déçus de n’avoir pas découvert le pharmacy setting des hôpitaux durant ces quatre dernières années. Une lacune qui les a privés d’assister à la préparation de certains médicaments de base prescrits quotidiennement par les médecins tels les “siro touse” (sirop contre la toux), pommades et crèmes pour les rougeurs et irritations de la peau, gouttes pour les yeux et oreilles, potions contre les brûlures d’estomac et contre la diarrhée, “medsin ble” pour pansement dans les cas de blessures bénignes, etc.
Outre ce problème spécifique touchant ces premiers diplômés du B-Pharm mauricien, plusieurs professionnels des milieux pharmaceutiques s’interrogent sur la situation des autres promotions d’étudiants dans cette filière d’études. Ils sont d’avis que les autorités devraient s’intéresser à leur sort pour leur éviter des épisodes qui pourraient être désagréables à la fin de leur formation. « S’il y a des mesures correctives à prendre, il faut se mettre à l’oeuvre tout de suite. L’université ne peut plus faire cavalier seul dans l’organisation de ce cours. Les stakeholders de la pharmacie doivent participer au planning, car ce sont eux qui connaissent les rouages du secteur », pensent ces professionnels.