Alors que les premiers étudiants en Bachelor of Pharmacy étaient plongés dans les révisions pour les examens de fin d’études, ils sont informés de « quelques changements au syllabus » et qu’ils devront passer au Registry de l’Université pour en prendre connaissance. Le Pre-registration Training en milieu hospitalier et les pharmacies commerciales n’y figurent plus. Des professionnels de l’enseignement supérieur se demandent comment le sénat, qui approuve les programmes d’études, a pu autoriser des modifications au contenu d’un cours largement entamé. « C’est très grave », disent-ils. Et voilà un nouvel élément qui pourrait intéresser le Senior Adviser au Prime Minister’s Office, à qui le gouvernement a demandé de soumettre un rapport sur ce diplôme de pharmacien controversé.
En 2008, l’University of Mauritius (UoM) propose pour la première fois son cours menant à l’obtention d’un Bachelor of Pharmacy. Le syllabus proposé, et en date de juin 2008, séduit une quinzaine de jeunes. On peut lire au 3e paragraphe du Special Note du syllabus B-Pharm -SC 403 : « In addition to the successful completion of the four-year full-time theory and practical training, students will need to complete a 12-month pre-registration training placement in hospital and private retail pharmacies to be awarded the BPharm. BPharm graduates will need to satisfy any other prevailing requirements of the Mauritius Pharmacy Board to obtain professional registration as a pharmacist in Mauritius. » En clair, ce cours devrait durer cinq ans, incluant une année de pre-registration training, et au bout duquel serait octroyé le diplôme universitaire.
Mais contre toute attente, l’Université annonce en avril dernier aux étudiants arrivés au bout de leur quatrième année d’études, qu’elle biffe l’étape de pre-registration training, raccourcissant par la même occasion la durée du syllabus et modifiant la structure initiale du cours. Le changement apporté est comme suit : « In addition to the successful completion of the four-year full-time theory and practical training, BPharm graduates will need to satisfy any other prevailing requirements of the Mauritius Pharmacy Board to obtain professional registration as a pharmacist in Mauritius. » C’est ainsi que l’Université a remis son diplôme Bachelor of Pharmacy aux premiers détenteurs et la graduation ceremony a eu lieu le 10 octobre.
Ce n’est que maintenant, face aux difficultés pour obtenir leur professional registration, que ces diplômés mesurent la portée de ce changement majeur dans le syllabus et auquel ils ont apposé leur signature. Ne sont-ils pas en partie responsables de cette situation puisqu’ils n’y ont pas objecté ? « On était trop préoccupé par les examens et notre priorité était la révision. On était aussi en train de finaliser nos dissertations. Nou pa finn kas latet avek sa sanzman konsernan pre-registration training », expliquent quelques-uns d’entre eux. Mais certains constatent maintenant que c’est un élément majeur du syllabus qui a été supprimé et avouent avoir eu tort de ne pas y avoir prêté une plus grande attention. « Est-ce parce que les responsables du cours savaient qu’ils n’allaient pas pouvoir organiser le pre-registration training dans les hôpitaux et les pharmacies privées qu’ils ont choisi à la dernière minute de le biffer ? » se demandent ces jeunes diplômés en pharmacie. Ils reprochent à l’Université d’avoir rompu le contrat qu’ils ont signé en 2008. « Si on s’est inscrit à ce cours, c’est parce que l’ensemble du produit qu’on nous a présenté et vendu en 2008 nous convenait », soulignent-ils.
La manière dont l’Université a informé les principaux concernés de ces changements est aussi diversement commentée dans les milieux de l’institution. Il est bon de savoir que ces anciens étudiants n’ont eu aucune communication écrite à ce sujet alors que tous sont connectés à l’Internet. « Début avril, j’ai reçu un appel du département de Registry me demandant de passer pour voir les changements qui ont été apportés au syllabus. Chaque étudiant a lu le document sur place et on nous a demandé ensuite de signer un papier pour certifier que nous en avons pris connaissance. Mais nous n’avons pas reçu de copie de ce document et rien non plus par mail », relate l’un d’entre eux.
La décision prise par l’Université de Maurice de modifier un syllabus en cours de route est-elle acceptable et cadre-t-elle avec les normes internationales ? « Jamais », répondent sans hésitation plusieurs professionnels de l’enseignement supérieur, tant du privé que du public, que nous avons interrogé. « It is unheard in the world of higher education », dit, offusqué, le Dr Raj Lutchmeeah, un ancien directeur de la Tertiary Education Commission (TEC) et ancien membre du sénat de l’Université de Maurice, aujourd’hui Directeur Strategy Development à l’Institut Charles Telfair. « Cela ne se fait dans aucune université qui se respecte », ajoute Surendra Bissoondoyal, ancien président conseil d’administration de l’Université de Maurice. Des cadres à la TEC abondent dans le même sens. « For students already enrolled it cannot be changed. You can’t change in the middle of game. Ce n’est pas sérieux si cela arrive », soutiennent ces interlocuteurs. En revanche, ils précisent qu’il n’y a rien d’anormal à apporter des changements à un syllabus pour les futurs groupes d’étudiants.
Tous les cours offerts durant l’année universitaire doivent impérativement avoir l’aval du sénat, l’autorité académique suprême de l’université, et qui fonctionne indépendamment de l’administration de l’institution. « On ne change pas un programme sans passer par le sénat. Cette instance a-t-elle donné son accord pour modifier le syllabus du B-Pharm en cours de route ? » demande, sur un ton quelque peu perplexe, le Dr Lutchmeah. « En tout cas, si j’étais membre du sénat, je n’aurais jamais accepté une telle chose », ajoute-t-il.
Pour l’heure, ces premiers détenteurs de Bachelor of Pharmacy sont contraints de mettre de côté leur titre de « pharmacien ». Leur carrière dépend des conclusions de Dev Manraj, Senior Adviser et responsable du Project Management and Delivery Unit au Bureau du Premier ministre, qui a eu pour tâche de « passer en revue la situation concernant le diplôme de Bachelor en Pharmacie octroyé par l’Université de Maurice ». Et, selon un communiqué du ministère de la Santé en date du 9 octobre annonçant cette décision, M. Manraj « soumettra son rapport dans les plus brefs délais » …