Le 29 juin dernier, lors de son passage devant la Commission Lam Shang Leen, Jacharie Bottesoie, ancien détenu, avait déclaré que « Me Payendee était venu me voir et a proposé d’acheter mon silence, en faveur de Rajen Velvindron ». Confronté à cette déclaration, Me Coomara Payendee a hier répliqué qu’il avait « été rendre visite à Bottesoie à la demande d’un de mes clients, également détenu, qui souhaitait que je le rencontre et discute de ses conditions de détention, puisqu’il se trouvait en cellule d’isolement ». Les explications de l’avocat malvoyant n’ont pas tout à fait convaincu Paul Lam Shang Leen, d’autant que Coomara Payendee a également concédé « avoir été rendre visite à Rajen Velvindron », bien que celui-ci ne fût pas son client…
Coomara Payendee est le second avocat convoqué hier devant la Commission Lam Shang Leen. L’avocat devait, à diverses reprises durant son audition, souhaiter une séance à huis clos. Ce à quoi le président Lam Shang Leen a objecté, relevant que les informations qui allaient être communiquées n’étaient pas d’ordre confidentiel. L’ancien juge a commencé l’audition en soulignant que « vous ne vous rendez pas souvent en prison… » L’avocat devait indiquer qu’il souffrait d’une baisse de l’audition depuis l’année dernière.
Paul Lam Shang Leen : Vous connaissez un détenu du nom de Rajen Velvindron ?
Coomara Payendee : Oui.
PLSL : C’est votre client ?
CP : Non. Son frère m’avait contacté et sollicité mes visites. C’était en 2003. Il voulait que j’aille lui rendre visite…
PLSL : Mais vous n’êtes pas son avocat, vous deviez réaliser que ce n’était pas à vous d’aller le représenter.
CP : Quand j’ai reçu la lettre, je suis allé le voir. Puis j’ai compris qu’il avait sollicité les services de Me Hamid Moolan QC.
PLSL : Vous connaissez un autre détenu, du nom de Bottesoie ?
CP : En effet.
PLSL : Comment ?
CP : J’ai dû faire sa connaissance vers octobre ou novembre 2002… Je me rendais régulièrement en prison à cette époque-là. J’avais un client qui m’avait expliqué que Bottesoie était en isolement. Il me demandait d’aller lui rendre visite. J’en ai parlé au Welfare Officer, s’agissant de ses conditions de détention…
PLSL : Vous devez être surpris d’apprendre que Bottesoie ne s’est jamais plaint de ses conditions de détention ! Vous n’étiez pas son avocat. La perception, c’est que vous avez tenté de pervertir le cours de la justice ! Vous êtes allé le voir pour lui dire de changer sa version des faits et épargner Velvindron. Vous lui avez dit que s’il changeait sa version, il serait payé…
CP : Je tiens à faire remarquer à la Commission que j’étais allé rencontrer Bottesoie bien avant de connaître Velvindron. Mon erreur est que je n’ai pas été suffisamment vigilant. Vers octobre ou novembre 2002, l’un de mes clients d’alors, un certain Gutty, m’avait parlé de ce Bottesoie qui se trouvait en cellule d’isolement, et il voulait que j’aille lui rendre visite. En cour, durant le procès de Velvindron, Bottesoie avait été contre-interrogé par Dev Hurnam et il avait déclaré, sous serment, que je n’avais jamais discuté du cas Velvindron avec lui. C’est cela la vérité !
PLSL : Vous confirmez ainsi que vous avez effectué des “unsolicited visits” puisque Bottesoie n’a jamais été votre client. Vous êtes allé le voir pour le convaincre d’accepter le « cadeau » de Velvindron, à savoir de l’argent s’il changeait sa version et n’impliquait pas Velvindron… Le problème avec les visites non sollicitées par les détenus, c’est que cela va à l’encontre de l’éthique du judiciaire. Quand des avocats vont rendre visite à des détenus qui ne sont pas leurs clients et que ces détenus sont impliqués dans des affaires graves, vous devez savoir que vous n’avez pas le droit de faire ces visites ! C’est pervertir le cours de la justice !
CP : À ma décharge, encore une fois, je dirais que je n’ai pas été suffisamment vigilant. J’étais un jeune avocat, je venais de commencer à pratiquer et le fait que Bottesoie soit en isolation était un élément intéressant pour moi. Je souhaiterais donner plus de détails à la Commission si je peux déposer à huis clos…
PLSL : Pour quelle raison ?
CP : Toute ma vie cette affaire m’a hantée.
PLSL : Dev Hurnam vous a même pointé du doigt.
CP : Justement, c’est à cet effet que je voudrais divulguer des informations à huis clos
PLSL : Les informations que vous souhaitez dire sont-elles confidentielles ? Sinon, je ne vois pas pourquoi vous devriez déposer à huis clos… Votre visite à Bottesoie a duré combien de temps ?
CP : Pas longtemps. Je me souviens qu’il y avait plusieurs autres détenus présents ce jour-là… Cela ressemblait un peu à un “bazar”…
PLSL : Je ne comprends pas. Bottesoie était en cellule d’isolement, mais il y avait d’autres détenus autour de lui ? Ou est-ce que vous vous êtes mal exprimé ?
CP : Il y avait des gens qui étaient venus rendre visite aux détenus…
PLSL : Vous avez donné votre version, mais n’oubliez pas que le juge, lors du procès de Velvindron, avait qualifié Bottesoie de “witness of truth” : c’est très important ! Vous connaissez un certain Wesley Augustin ? C’est un client ?
CP : Non.
PLSL : Et pourtant, vous avez été lui rendre visite ! La dernière fois remonte à septembre 2015. Avant cela, vous vous y êtes rendu en juin 2012. Donc, pendant trois ans, vous n’avez pas mis les pieds en prison. Et avant cela, c’était en mai 2006 que vous y êtes allé, plus de six ans donc que vous ne vous étiez pas rendu en prison. Parmi les noms que je vois dans le Barristers’ record de la prison, il y a un nom connu : Devkurrun. Vous l’avez représenté ?
CP : Ça remonte à très longtemps…
PLSL : Devkurrun avait d’autres avocats, nommément Jagoo. Votre version diffère totalement de celle de Bottesoie. Qu’est-ce que vous êtes allé lui dire lors de vos visites ? C’était des visites de courtoisie ?
CP : Je dois me rafraîchir la mémoire…
PLSL : Vous êtes allé le voir dans le but de le convaincre d’accepter de l’argent en échange de sa version dans l’enquête sur Velvindron !
Sam Lauthan : Vous connaissez un certain Altaf Jeeva ?
CP : Je ne connais pas cet avocat. Je n’ai jamais travaillé avec lui.
PLSL : Vous avez mal compris mon collègue : Altaf Jeeva est le frère de Parwiza Jeeva, c’est un détenu. Vous l’avez connu ?
CP : Honnêtement, non. Ce nom ne me dit rien du tout.
PLSL : Et pourtant, selon le Records Book de la prison, vous êtes allé le voir ! Il faut savoir que dans le cas de ce détenu, sa première version des faits était une totale confession, et lors de la seconde, il niait tout ce qu’il avait dit auparavant. Vous savez qui était son avocat ?
CP : Je ne sais rien du tout sur cela !
PLSL : Encore une fois, cela prouve que vous avez effectué des visites non sollicitées !
CP : With due respect, chairperson, this is questionable !
PLSL : What is questionable, is that you visited him ! Il y avait cinq autres détenus à qui vous avez rendu le même jour que vous avez vu Altaf Jeeva. Parmi, il y a Wesley Augustin… Quand nous avons vu le nom de Altaf Jeeva dans la liste de ceux à qui vous avez rendu visite, cela nous a frappés. La soeur de ce détenu nous avait expliqué des circonstances dans lesquelles on lui avait demandé de “devir lanket”…
CP : Il faut que je vous dise que pendant que je donnais ma déposition à la MCIT, il s’est passé des choses assez bizarres… Des personnes que je n’ai jamais connues, leurs noms ont apparu… Je vous dis la vérité.
PLSL : Alors pourquoi avez-vous été les voir en prison ? Ils n’étaient pas votre client…
CP : Certains l’étaient. Bottesoie non.
PLSL : Je ne comprends pas une chose. Votre client, ce dénommé Dongo, vous demande d’aller rendre visite à Bottesoie, et vous y allez. Vous prenez des directives de vos clients ?
CP : Je n’ai jamais dit ça ! Le contexte était différent. Cela s’est passé il y a plus de 15 ans. Est-ce qu’à un certain moment Bottesoie n’a pas parlé de coopération avec la police ?
PLSL : Non, il n’a jamais été question de coopération avec la police ! Bottesoie a clairement déclaré que vous lui avez demandé de ne pas impliquer Velvindron dans sa déposition ! Un point c’est tout.