Depuis cette année une nouvelle étape a été franchie dans le cadre du programme de l’Université de Maurice pour l’obtention d’un diplôme de médecine à l’Université de Bordeaux. La première année de Master en médecine se fait désormais à Maurice, et ses premiers examens ont eu lieu cette semaine. Nous avons rencontré les principaux responsables de ce programme de formation, qui s’inscrit dans le cadre de la coopération entre la France et Maurice.
C’est en 1998 que, dans la cadre de la coopération entre la France et Maurice, est signée une convention entre les universités de Maurice et de Bordeaux. Financé par la France, un programme visant à assurer la formation d’un certain nombre de médecins mauriciens est créé. Il fait partie d’un cursus étalé sur sept ans, qui commence à Réduit pour se terminer à Bordeaux. Les cours dispensés à Maurice par le département de Médecine de l’université sont les mêmes que ceux de Bordeaux. Ils sont assurés par des enseignants de l’université française, auxquels vont s’ajouter, au fil des ans, des collègues mauriciens formés en France. Ils seront soutenus par des médecins mauriciens, du public comme du privé, issus de la formation française.
Dès le départ, l’Université de Bordeaux fixe le nombre de places des étudiants mauriciens à 20, afin de pouvoir les accueillir sur le campus bordelais pour la deuxième partie du cursus. Le programme d’études à Réduit est le même qu’à Bordeaux, mais le diplôme final de l’étudiant mauricien ne lui permet pas d’exercer la médecine en France. Cette différence correspond à l’essence même de ce programme de coopération, explique Yves-Alain Corporeau, Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle auprès de l’ambassade de France à Maurice. « Ce programme a été créé dans le cadre de la coopération française d’aide à l’état mauricien, en tenant compte des besoins de Maurice. Nous formons des Mauriciens pour qu’ils exercent la médecine à Maurice et viennent renforcer le système médical local. Mon travail, c’est de faire en sorte que la qualité du service de santé de Maurice s’améliore. C’est pour cette raison que les étudiants qui finissent le deuxième cycle à Bordeaux n’obtiennent pas un diplôme d’état français leur permettant d’exercer en France. Le but de ce programme est d’aider à améliorer la qualité du service de la santé à Maurice, pas uniquement de former des médecins en France. »
Le Dr Marie France Lan Cheong Wah, Senior Lecturer et Coordinatrice du projet à l’Université de Maurice, renchérit : « Le but de ce programme est d’abord et avant tout de former des médecins mauriciens pour qu’ils viennent exercer à Maurice. Le diplôme de fin d’études est taillé sur mesure pour le système médical mauricien. C’est un diplôme de l’Université de Maurice avec le sceau de celle de Bordeaux. Il permet cependant à ceux qui le souhaitent d’aller se spécialiser, et certains mauriciens ont pu le faire grâce à l’aide de la coopération française. Mais dès le départ, le programme a été conçu pour former des médecins pour Maurice dans le cadre d’un enseignement équivalent à celui dispensé à Bordeaux. »
Un diplôme équivalent ou taillé sur mesure pour les besoins du programme ? La réponse vient du professeur Dominique Midy, de l’Université de Bordeaux, qui se trouve actuellement à Maurice pour les examens de la première année de Master organisés à Maurice. « Nous sommes très exigeants sur la formation des étudiants. Ce sont les mêmes examens qu’en France, un programme du même niveau que Bordeaux. Les examens préparés par les examinateurs de Bordeaux sont les mêmes que ceux en cours là-bas. Nos universités respectives ont une interaction complète au niveau de l’enseignement. Le programme d’études et la notation des examens sont exactement les mêmes. La différence réside dans le fait que l’étudiant participant à ce programme ne passe pas le concours qui lui permet d’obtenir un diplôme d’état l’autorisant à exercer en France. Ce n’est pas le but de la formation. »
Comment sont recrutés les étudiants de ce programme de formation ? C’est le Dr Meena Manraj, Senior Lecturer et responsable du département de la Santé à l’Université de Maurice qui répond. « Cette formation est ouverte aux étudiants détenant trois ‘A+’ aux examens du HSC. Les élèves mauriciens étaient autrefois recrutés sur dossier et après un entretien, qui permettait d’éliminer les étudiants peu motivés par la médecine, mais qui s’inscrivaient sous la pression de leur entourage. Cet entretien permettait d’éviter de prendre des étudiants qui abandonnent au bout de la première année. Nous ne faisons plus d’entretien depuis trois ans, suite à des protestations de la part des parents et des étudiants. Nous faisons désormais la sélection par ordinateur, en nous basant uniquement sur les résultats de la HSC. »
Mais si une sélection par ordinateur est sans doute plus démocratique, permet-elle de choisir les étudiants qui ont une vocation pour la médecine, ou simplement les détenteurs de ‘A+’ ? Intervention du professeur Midy : « Le système pratiqué par l’Université de Maurice pour cette formation est excellent. En général, les meilleurs candidats sur dossier sont ceux que l’on retrouve, à 95%, à la fin des études. Les universités françaises ont demandé au ministère de l’Éducation de mettre fin au concours de la première année pour un recrutement sur dossier du bac. Après, est-ce que ces premiers seront de bons médecins ? Auront-ils le bon feeling pour l’être, et l’intérêt pour persévérer ? Ça, on ne peut pas le savoir, même avec un bon entretien. Tant de paramètres peuvent changer dans la vie de l’étudiant entre son inscription et la fin de ses études. »
À Maurice, pour quinze places à l’admission, il y a plus de 200 candidats et, en général, le taux de réussite est de deux tiers, ce qui est également le taux à Bordeaux. Le niveau des étudiants mauriciens est appréciable, affirment les responsables des universités de Bordeaux et de Maurice. Le professeur Midy suit le parcours des étudiants qui viennent à Bordeaux en fin de cycle. « Il y a des variables : des années excellentes, et d’autres un peu plus moyennes, comme dans toutes les universités. Mais en général, les étudiants mauriciens sont bons, une fois passée la période d’adaptation, car il ne faut pas oublier qu’ils viennent d’une île et arrivent dans une grande ville avec un autre mode de vie. On les protège un peu dans les premiers jours et, après, ils doivent se débrouiller. »
Le Dr Marie France Lan Cheong Wah souligne que les étudiants mauriciens ont « à fournir un effort personnel pour s’adapter au mode de vie, et surtout pour bien travailler, avec la même rigueur que les étudiants de Bordeaux. Ils ne doivent pas oublier qu’ils ont la chance de faire une formation qui n’est pas accessible à tout le monde. »
Au niveau des finances, les trois premières années de la formation sont gratuites, en dehors des frais d’inscription universitaires. Les trois années du deuxième cycle coûtent Rs 150 000 par an, tandis que la Coopération Française prend en charge les frais des semestres passés à Bordeaux. Elle prend également en charge les frais de déplacement des enseignants de Bordeaux, qui effectuent régulièrement des missions à Maurice. C’est, en quelque sorte, une bourse d’études qui est offerte a ceux qui suivent ce programme.
Avec le temps, le programme de formation évolue bien, selon nos interlocuteurs, avec la mise en place de la première année de Master à Maurice. « Au départ, nous avons commencé des cours à Maurice pour envoyer les étudiants à Bordeaux. Et puis, au fur et à mesure, nous avons fait en sorte que le maximum des cours aient lieu à Maurice, en espérant que d’ici quelques années, l’ensemble du cursus, à l’exception de la dernière année, sera effectué à Maurice. Le M1 (ndlr : la première année de Master) est maintenant fait à Maurice : c’est une grande étape pour l’université », souligne le Dr Marie France Lan Cheong Wah.
Nos interlocuteurs tiennent également à souligner que la réussite de ce programme repose également sur la collaboration de médecins du public et du privé, qui viennent soutenir la dizaine d’enseignants pour les quatre grands modules répartis sur deux semestres. Ce programme existe aussi grâce au ministère de la Santé, qui permet aux étudiants d’effectuer leurs stages dans deux de ses hôpitaux. Pour ce début de 2012, les étudiants en première année de Master viennent de passer leurs premiers examens, dont les épreuves de rattrapage et la correction seront effectuées à Maurice et à Bordeaux, et les résultats rendus public en juin. De quoi satisfaire tous les partenaires impliqués dans ce projet de coopération qui fonctionne bien.