Après une incursion de la culture nubienne en 2014, les Mauriciens ont eu l’occasion de découvrir et de s’imprégner d’un autre aspect de la riche culture égyptienne : la tanoura, une danse traditionnelle qui tire son nom de la grande jupe colorée que portent les danseurs. La troupe Al-Tannoura s’est produite sur les scènes mauriciennes durant trois soirées consécutives. Mercredi, ceux qui ont fait le déplacement au Mahatma Gandhi Institute (MGI), à Moka, ont ainsi eu l’occasion de se laisser entraîner dans le monde festif de ces tourneurs.
Le spectacle, proposé par la troupe fondée en 1988 et dont le but est de faire revivre les arts traditionnels oubliés d’Égypte, s’est déroulé en deux temps. Dans un premier temps, le spectateur, déjà plongé dans une atmosphère aux airs arabes, a eu l’occasion de prendre connaissance des différents instruments traditionnels, qu’il entendait en entrant dans le théâtre du MGI. Vêtus d’une grande robe blanche pour la plupart et d’un turban, les neuf musiciens, les danseurs et le chanteur sont arrivés sur scène au rythme du darbouka, un instrument à percussion ressemblant beaucoup au djembé, mais qui est traditionnellement conçu en terre cuite, et des tambourins mélangés au son des castagnettes ou « saggats » et aux notes de la flûte arabe, connue comme le « Mézmar ». Au bout d’un quart d’heure, après avoir entendu chaque instrument joué en solo, en duo et en groupe lors de l’Al tahamila, place au tourneur.
Vêtu d’une grande jupe aux couleurs chatoyantes, quatre tambourins en mains, couvrant tantôt son visage, le danseur de la tanoura arrive sur scène, tel un derviche tourneur, tournant dans un rythme soutenu pour garder sa jupe tendue. Sans s’arrêter, il pose les tambourins par terre et poursuit ainsi dans son mouvement giratoire, sur un air de fête, jouant des hanches pour moduler l’angle de la jupe, qui tantôt devient une grande roue à la verticale, tantôt, un parasol à l’horizontale, ou encore faisant la forme d’un huit. En deux tours, il enlève la jupe supérieure. Maintenant une position centrale sur scène, d’autres danseurs évoluent autour de lui. Tirant ses origines du soufisme, la tanoura est emplie de symbolisme. Chaque geste du tourneur a une signification précise. Les mouvements de chaque partenaire sur scène contribuent, avec une grande sensualité, à l’harmonie du spectacle, entraînant le spectateur dans leur monde. Le chanteur fait des louanges à Allah et à son dernier prophète, Mohammed. Tout à coup, la musique s’arrête. Dans ce silence quasi total, le spectateur est emporté dans un tournoiement avec le danseur. La musique reprend, le danseur ralentit le rythme. Pour la première fois, la jupe n’est plus aussi tendue mais il ne tardera pas à reprendre ce rythme effréné avant d’enlever une deuxième jupe et de continuer à danse avec le jupon, tout aussi grand que les deux autres. Au bout d’une demi-heure, le tourneur prend congé, mais pas pour longtemps. Il revient ensuite avec deux autres danseurs dans un accoutrement semblable au sien. L’atmosphère festive mêlée à la dimension mystique de la tanoura s’intensifie. Ils évoluent de plus en plus vite, jouant des corps pour présenter différentes figures jusqu’à relever la jupe supérieure dépliée pour s’en recouvrir totalement. La fin du spectacle est marquée par la présence des danseurs qui circulent dans la salle en faisant tournoyer, à bout de bras, la jupe qu’ils ont enlevée, au-dessus des têtes des spectateurs. Un ravissement !