« Il faut être intelligent après le drame ». Rejetant le blame game, le secrétaire général de la Commission de l’océan Indien, Jean-Claude de l’Estrac, propose certaines mesures qui font « la valeur ajoutée de la COI ». Hier, à Ebene, il a proposé la mise en place d’un mécanisme d’assurance pour la région.
« Il ne faut pas oublier le drame quand le beau temps revient ». Jean-Claude de l’Estrac est revenu hier sur les attitudes et mesures pour la gestion des risques naturels, « afin de limiter les pertes. Il faut savoir que leur fréquence et leur intensité iront en s’aggravant au cours des prochaines années ».
Le projet ISLANDS, financé par l’Union européenne, travaille sur les mécanismes d’indemnisation afin de donner une estimation aussi précise que possible des risques naturels et des dommages humains, matériels et économiques encourus, sur une période d’environ 20 ans. Il s’agit de collecter le maximum d’informations dans chaque pays et de les croiser avec les prévisions de changement climatique. « C’est un pas très important. Ce travail va démarrer dès mi-avril. Une réunion est prévue à cet effet aux Seychelles le 15 avril », affirme le secrétaire général.
Et de là, « il faudrait permettre la création d’un mécanisme régional d’assurance. Car, après les catastrophes naturelles, les gouvernements se retrouvent toujours à dévier les fonds prévus pour d’autres besoins. » Selon lui, « on sait que ces événements reviennent régulièrement et qu’il va y avoir des dégâts. Mais ces fonds n’existent pas ». Ce qu’il préconise : qu’un profil de risques et de contingences soit établi pour la région « qui compte parmi les régions du monde les plus établies ». « L’expertise existe […] C’est ce qui fait la valeur ajoutée de la COI. Nous avons obtenu l’accord de la Banque mondiale (NDLR : à travers le Fonds mondial pour l’indemnisation des catastrophes naturelles) pour que ses services puissent exploiter les profils de risques et proposer à partir de là un mécanisme régional d’assurance, comme il en existe dans les Caraïbes par exemple. »
Il existe également à la COI depuis 2011 une Unité Technique Risques (UTR) dirigée par un expert en gestion de risques naturels, Eric Leroi, ingénieur géologue. La stratégie de la COI repose sur une prise de conscience que « l’impact des phénomènes naturels est très souvent amplifié par l’action de l’homme ». Prenant exemple des événements récents, Jean-Claude de l’Estrac poursuit : « On est d’accord que ces pluies ont été exceptionnelles mais l’ampleur des dommages est surtout attribuable à des actions humaines. »
Le projet Risques naturels, financé par l’Agence Française de Développement (2011/13) à hauteur de deux millions d’euros, travaille donc sur une double approche, « aménagement du territoire et gestion de risques naturels ». L’objectif étant que « la prévention de risques soit inclue au départ des projets urbains et ruraux ». Trois études ont débuté :
• Renforcement des politiques publiques et coordination des sécurités civiles : étude de huit mois réalisée par le cabinet ASCONIT. Les experts sont actuellement en mission à Madagascar et aux Comores dans la phase de lancement de l’étude et les résultats sont attendus en octobre 2013.
• Élaboration de procédures exceptionnelles d’urgence : étude de six mois réalisée par le consortium Urgence Réhabilitation Développement (URD)/E. Venture, dont le rapport de démarrage vient d’être validé. Les résultats attendus en septembre 2013.
• Reconstruction post-crise : étude de huit mois. Le recrutement du bureau d’étude sera réalisé dans les prochaines semaines et les résultats sont attendus pour décembre 2013.
Il s’agira, en substance, d’établir un diagnostic régional, de relever les bonnes pratiques, d’identifier les besoins et de conseiller les pouvoirs publics. Les conclusions de ces rapports sont attendues à la fin de l’année.
La zone indianocéanique est jugée « particulièrement à risque » par les experts internationaux. Sur les trente dernières années, dans les cinq États membres de la COI, les dégâts causés par des catastrophes naturelles représentent plus de 2,8 milliards de dollars (421 millions pour Maurice). Rien qu’à Madagascar, entre 1990 et 2004, la population a été confrontée à 50 cyclones de catégorie 4 à 5. De 1975 à 1989, sur une période de même longueur donc, Madagascar n’avait été confrontée qu’à 18 cyclones, soit trois fois moins que de nos jours.