Maurice s’engage dans le commerce équitable pour le sucre mais aussi pour les fruits et légumes au bénéfice des sociétés coopératives. Ce qui aide les producteurs à obtenir un meilleur revenu, tout en offrant aux consommateurs européens des produits de qualité aux normes de l’environnement. Environ 4 500 petits producteurs sont déjà passés au commerce équitable.
Narrain Phagoo, un habitant de Montagne Longue dans le nord de l’île, est l’un des 4 500 petits producteurs de sucre et membre d’une société coopérative qui a choisi de passer au commerce équitable. Sous ce concept, il développe une nouvelle manière de cultiver la terre qui est bénéfique à tous. « Le commerce équitable est bon ; il nous aide à fabriquer un bon produit respectueux de notre environnement. Il nous montre, par exemple, les types de fertilisants et d’insecticides qu’on peut utiliser. C’est tout un travail écologique qu’on doit faire. Il nous dit aussi de bien traiter nos travailleurs », souligne-t-il.
Le concept de commerce équitable, dont les produits sont très prisés en Europe et aux États-Unis, a valu à Phagoo et à ses amis de bénéficier d’une prime de 60 dollars par tonne de sucre produit. Au total, ils ont obtenu Rs 13 millions en 2010 et Rs 20 millions en 2011, en sus du prix normal du sucre. Ce qui n’est pas négligeable. Pour être certifié « commerce équitable », les producteurs s’inscrivent à la Fairtrade Labelling Organisation (FLO), une organisation internationale, avant d’observer un certain nombre de critères englobant la démocratie, la transparence, la bonne gouvernance et la protection de l’environnement.
Les produits OGM (Organismes génétiquement modifiés) et les produits chimiques ne sont pas autorisés. La FLO vérifie le travail des producteurs. Rajen Hemoo, secrétaire de la coopérative Victoria : « Je ne dis pas que les critères sont rigides mais ce travail demande plus de discipline, une nouvelle façon de voir les choses qu’on n’avait pas pensé auparavant mais qui ont leur raison d’être. Nous sommes tous gagnants mais je le redis, il faut consentir à des sacrifices et il faut de la discipline. »
Sous le commerce équitable, la prime de 60 dollars ne va pas directement dans la poche des producteurs mais elle est utilisée à bon escient au profit de tous les membres de la société coopérative. « Le commerce équitable impose certaines conditions concernant l’utilisation de la prime. C’est une assemblée des producteurs qui prend les décisions et les différentes étapes sont suivies de près. Parmi nos projets, nous voulons réduire les coûts de production en subventionnant les coûts des intrants, dont les fertilisants et le transport. Nous proposons également des prêts à faible taux d’intérêt à nos membres. Nous avons aussi des projets sociaux où nous aidons les handicapés en les formant à l’agriculture », fait ressortir Rajen Hemoo.
Le commerce équitable est bien implanté dans la production du sucre à Maurice. Le gouvernement veut maintenant élargir le nombre de produits sous ce concept afin d’en faire bénéficier aux autres producteurs de l’île. Le ministre des Coopératives Jim Seetaram explique cette démarche : « Cette prime est un avantage. C’est la raison pour laquelle nous avons identifié d’autres produits que nous voulons introduire sous le commerce équitable – l’ananas, le miel, le letchi et d’autres fruits et légumes. Nous sommes en train de vulgariser ce concept. Nous voulons que les producteurs soient bien informés et qu’ils aient le choix entre la façon traditionnelle d’opérer et le commerce équitable. »
Pour la FLO, les producteurs sont au coeur du commerce équitable. Jean-Philippe Zanavelo, représentant de cette organisation internationale, souligne que les producteurs doivent faire la différence en améliorant la qualité de leurs produits. « Les consommateurs sont disposés à payer plus cher de bons produits, surtout que cet argent qu’il paie va aux producteurs. C’est en respectant les normes sous le commerce équitable qu’ils pourront bénéficier des opportunités de marchés et réussir le développement durable », renchérit-il.
On ne peut tricher sous le commerce équitable. Les producteurs en ont été informés. Narrain Phagoo aussi : « Nous devons produire de la qualité. Nous n’avons pas de laboratoire à Maurice. Si nous utilisons les intrants interdits, les acheteurs vont le savoir. En Europe, ils ont des laboratoires et ils vont rejeter nos produits. Lorsque nos produits sont acceptés, nous obtenons de meilleurs prix, deux à trois fois plus que sur le plan local. Nous faisons ainsi entrer des devises dans le pays. »
Pour obtenir la certification du commerce équitable, les sociétés coopératives doivent s’acquitter des frais d’audit annuels entre 1 000 et 3 500 dollars à la FLO. Certaines sociétés le trouvent élevés mais Chabillall Dabydyall, président de la Mauritius Fairtrade Cooperative Federation, qualifie ces frais de raisonnables. Quelques milliers de dollars contre des revenus de 175 000 dollars pour sa société coopérative, n’est-ce pas raisonnable ? se demande-t-il.