À la 21e Conférence des Parties (COP21) de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), du 30 novembre au 11 décembre prochains à Paris, la République de Maurice s’alignera sur la position de l’Alliance des petits États insulaires en développement, dite AOSIS (pour Alliance of Small Island States). Cette dernière, qui rassemble 39 membres (dont Maurice) et cinq observateurs, s’appuie à son tour sur la position de la plus grande coalition des pays du Groupe Afrique (54 pays). La COP21 a pour ambition de limiter l’augmentation des températures mondiales à 2 °C, voire 1,5 °C, par rapport aux niveaux préindustriels d’ici 2100.
Les processus de négociation sur les changements climatiques à la COP 21 s’articuleront autour de cinq groupes régionaux des Nations Unies : l’Afrique ; l’Asie et la région du Pacifique ; l’Europe de l’Est et l’Europe centrale ; l’Amérique latine et les Caraïbes ; l’Europe de l’Ouest et autres. Il y a également une douzaine d’autres coalitions de négociations partageant des intérêts communs.
Les pays de l’Alliance des petits États insulaires en développement (APEID), dite AOSIS (Alliance of Small Island States, dont la République de Maurice fait partie avec 38 autres membres et cinq observateurs), ont en commun leur grande vulnérabilité face aux changements climatiques, notamment la hausse du niveau de la mer. Ce groupe milite pour une hausse maximale de la température globale à + 1,5 °C.
L’AOSIS fait partie du plus large Groupe Afrique, qui rassemble 54 pays. Ce groupe fonctionne comme une véritable coalition s’exprimant régulièrement sur des sujets d’intérêt commun, comme l’adaptation, le transfert de capacités ou le financement.
Les travaux sur l’atténuation (mitigation), c’est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), ont longtemps constitué le principal sujet des négociations. Cependant, du fait notamment de la multiplication des événements climatiques (inondations, tempêtes, montée des eaux, acidification des océans, etc.) et l’augmentation récurrente des émissions de GES, les questions relatives à l’adaptation aux changements climatiques occupent désormais une place de plus en plus importante. Les différents sujets couverts à l’adaptation vont de la compréhension des impacts aux questions relatives aux pratiques en matière d’adaptation (exemples, construction de digues, de routes surélevées, entre autres), en passant par des technologies nécessaires pour mettre en oeuvre des politiques d’adaptation, du soutien à la planification, voir les mécanismes de mise en oeuvre et de financement.
Dans ce contexte, explique le ministre de l’Environnement, Raj Dayal, la position de Maurice à la COP21 s’articule autour de 6 axes, rejoignant dans leur essence la position de l’AOSIS et du Groupe Afrique.
D’abord, a expliqué le ministre, la République de Maurice est pour « l’objectif global à long terme » de limiter l’augmentation des températures mondiales bien en deçà de 1,5 °C, par rapport aux niveaux préindustriels d’ici 2100. Raj Dayal intervenait en début de semaine à une réunion d’échanges d’information à son ministère entre les membres de la délégation officielle de Maurice qui se rendront à Paris.
Maurice militera également pour le maintien du « Principe de la Responsabilité commune, mais différenciée » dans l’Accord de Paris (résultant de la COP21). Inscrit dans la Déclaration de Rio adoptée en 1997 (Principe N° 7), ce principe reconnaît que tous les États ont une « responsabilité commune » de préserver la planète, car ils sont tous concernés par ce problème. Cependant, les pays développés ont joué un rôle plus important dans la dégradation de « l’environnement mondial ». Et ils disposent aussi de moyens matériels plus importants pour contrer le changement climatique. Ainsi, les responsabilités sont « différenciées », suivant le principe d’équité. Maurice estime par conséquent que, par rapport à l’atténuation, les pays développés doivent augmenter leurs efforts de réduction d’émissions de GES en ligne avec leurs « responsabilités historiques » dans le réchauffement global.
Notre pays soutiendra par ailleurs l’argument, adopté à la COP20 à Lima, selon lequel le financement des mesures d’adaptation (soucis de l’AOSIS, du Groupe Afrique et du groupe des Pays les moins avancés — PMA) doit trouver toute sa place dans le futur Accord de Paris, à parité égale (au moins 50 %) avec les mesures d’atténuation (soucis de pays développés et pollueurs). Dans ce contexte, estime-t-on, l’« adaptation » et les « Pertes et dommages » de ces pays vulnérables (à cause des changements climatiques) doivent être des composantes séparées dans l’Accord de Paris. Les « Pertes et dommages » que subiront ces pays malgré leurs mesures d’adaptation (exemples, inondations ou érosions côtières, ce, malgré la construction d’une digue) doivent être ancrés dans un autre mécanisme permanent de négociation, estiment-ils.
De même, Maurice, comme les autres membres de l’AOSIS et du Groupe Afrique, veut s’assurer que le « financement » soit une composante indispensable de l’Accord de Paris. Cela afin d’assurer que des fonds soient disponibles adéquatement et à long terme pour soutenir les pays en développement, notamment ceux de l’AOSIS, du groupe des PMA et du Groupe Afrique. Selon Maurice, la transparence doit être de mise dans la collecte et dans la distribution d’un seuil d’au moins 100 milliards de dollars américains d’ici 2020 pour ces mesures d’adaptations de pertes et dommages. L’accès à la technologie et à l’augmentation des capacités pour l’adaptation et l’atténuation des pays de l’AOSIS, du groupe des PMA et de celui de l’Afrique doivent également être facilités.
Rappelons que dans le cadre de l’Intended Nationally Determined Contributions (INDC), soumis le 28 septembre dernier au Secrétariat de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Maurice a précisé son ambition de réduire ses GES par 30 % d’ici 2030. Elle a estimé à 5,5 milliards de dollars américains le financement nécessaire pour atteindre ses objectifs.