C’est le 13 décembre 2015 que Week-End annonçait en primeur la nouvelle à l’effet que Rakesh Gooljaury et sa compagnie Fashion Style avaient obtenu de nouveaux emprunts d’institutions financières de l’État. “BANQUES D’ÉTAT : Rakesh Gooljaury a toujours la cote”. Tel était le titre de l’information publiée dans nos colonnes. Cette banque n’est autre que la Mauritius Post and Cooperative Bank et la somme accordée est de Rs 32 millions. Elle vient s’ajouter à l’ardoise déjà considérable, une somme de Rs 495 millions, due par l’homme d’affaires auprès de la même banque. C’est peut-être cela la “good gouvernance” promise…
C’est le 9 novembre 2015 que les documents légaux portant sur le nouvel emprunt ont été signés. La MPCB s’est associée à la National Commercial Bank, ex-Bramer Bank, deux canards boîteux pour créer la nouvelle entité qu’est la Maubank, dont l’existence n’a été assurée que par l’injection de fonds publics à hauteur de Rs 4 milliards. C’est maintenant que le ministre de Finances va essayer de récupérer l’argent du contribuable en recourant à des investisseurs de Dubaï dont l’identité n’a jusqu’ici pas été révélée.
 C’est ce même Vishnu Lutchmeenaraidoo qui, sur un ton des plus fermes, avait le vendredi 8 mai 2015 annoncé en grande pompe une remise en ordre complète des institutions qui sont sous le contrôle du gouvernement et de la MPCB en particulier dont les prêts toxiques, avait-il révélé, se chiffraient à Rs 1,7 milliard.
Et pour bien montrer sa détermination à “nettoyer”, selon le terme galvaudé employé par des membres du gouvernement, le ministre des Finances, répondant à une question de la presse qui était déjà au courant de la liste des gros créanciers de la MPCB, avait assuré, catégorique, “qu’à partir de lundi, nos hommes de loi vont s’asseoir avec Rakesh Gooljaury”. C’était un vendredi.
“S’asseoir” ? D’une drôle de façon en tout cas, puisque Rakesh Gooljaury s’est vu accorder Rs 32 millions six mois après. “Good money running after bad money”, c’est ce que pensent les insiders qui ne manquent pas de rappeler que ce n’est pas l’ancien board ni l’ex-directeur Rajiv Beeharry-Panray mais bien celui constitué par le gouvernement Lepep.
À la présidence de la MPCB, Goolabchand Goburdhun, le candidat battu du MSM au N°8 aux élections de 2005 et dont les membres sont entre autres Vijaya Sumputh, la directrice controversée de Cardiac Centre, et Giandev Moteea, qui est de la maison depuis 2003. Il faut savoir que les deux derniers nommés sont également membres du Board Credit Sanctioning Forum, au même titre que le directeur de la Maubank, Sridar Nagarajan, et le Dr Poligadu, du ministère des Finances. C’est ce comité qui décidait de l’octroi de prêts à la MPCB.
Rappelons qu’avant la MPCB, la State Bank of Mauritius, dont les profits pour l’exercice portant sur le premier semestre de 2015 a été divisé par deux par rapport au chiffre réalisé pour la période correspondante en 2014, avait, elle, consenti un prêt de R 12 millions au même Rakesh Gooljaury au milieu d’avril 2015.
Quant à l’utilisation de ses généreux crédits auprès des banques d’État, les spéculations vont bon train sur leur destination.
Certains pensent qu’ils devraient servir à éponger les dette accumulées auprès de banques privées comme celle, opérateur récent dans le domaine, qui, le 30 mars 2015 a, par les soins de son avoué Abbasakoor, fait servir du papier au directeur de Fashion Style l’informant de la décision d’un “avis de cristallisation” sous le Code Napoléon amendé de 1983 sur ses créances de Rs 7,5 millions.
Une autre explication est que le patron de Fashion Style s’est vu servir, le 14 décembre dernier, deux “Forms of Memorandum of Inscription” par la Mauritius Revenue Authority, l’un portant sur un montant de Rs 15,7 millions et l’autre se chiffrant à Rs 2,7 millions, et qu’il veut effacer cette ardoise le plus vite possible.
Les privilèges dont bénéficie Rakesh Gooljaury ne s’arrêtent pas là. Si son terrain à Palmar géré conjointement avec Nandanee Soornack sous le nom de Pride Bridge Ltd a été repris par Showkutally Soodhun, Rakesh Gooljaury a, comme en contrepartie, obtenu le feu vert du ministère des Terres et du Logement pour un développement sur le terrain de l’État dont il dispose à Belle Mare, là où il a installé une de ses premières boutiques de vente de produits Ralph Lauren dont l’authenticité à l’époque suscitait quelques doutes.
En sus de l’autorisation d’aller de l’avant avec son projet, ils sont nombreux à se poser la question de savoir si l’homme à la déposition mensongère sur le vol du 3 juillet 2011 à Roches Noires a aussi donné ces terres de l’État en garantie pour couvrir ses emprunts. Pour ce faire, il doit obtenir l’autorisation personnelle du ministre. Au ministère du Logement, personne n’était en mesure de confirmer ou d’infirmer cette décision, un familier du dossier indiquant à Week-End que c’est peu probable que le ministre ait donné son feu vert.
Ce qui est sûr, c’est que celui qui est devenu un spécialiste de la VEFA (vente en état futur d’achèvement) après la vente de son chantier de construction à la SICOM en janvier 2013 pour Rs 600 millions et qui est connu aujourd’hui comme la SICOM Tower, là où tous les ministres se battent pour s’installer et où ont déjà leur bureau, Roshi Bhadain et Vishnu Lutchmeenaraidoo, va profiter du Prime State Land de Belle Mare pour se faire de l’argent rapidement, la région étant touristique.
Comme dit l’autre, sarcastique, il aurait pu aussi se rendre acquéreur du village touristique de la région qui cherche repreneur et, pourquoi pas, prendre aussi le Waterpark fermé depuis deux ans.