BRINDA RUNGHSAWMEE

Quelque part habite un petit monstre invisible. Il s’appelle Corona. Il porte en lui un liquide assez épais et plutôt noir. Pour survivre, il doit à tout prix se débarrasser de ce liquide-là en le versant dans les poumons d’un humain.

L’humain, qui a une grippe, a les symptômes idéals pour que Corona puisse survivre et y verser son liquide mortel. Beaucoup d’humains ont survécu, mais malheureusement les humains âgés sont plus vulnérables. Ils ont perdu leur vie et ont plongé leurs proches dans le deuil. Les proches continuent à verser des larmes pour avoir subitement perdu ce cher papa ou cette chère maman. Comme si on les a arrachés de leur famille pour toujours. Un deuil subit. C’est soudain. C’est choquant. C’est effrayant. Qui sera la prochaine victime de Corona ? C’est la question silencieuse que chaque humain se pose.

On a pleuré en Chine. On pleure en Italie et voilà maintenant en Espagne et un peu partout dans le monde. Pendant plus d’un siècle, l’humain a inventé des machines extraordinaires pour voyager dans l’espace, pour exploiter les fonds marins. Il a aussi construit des usines fumeuses qui produisent nos extravagances, nos excès, dont on peut bien se passer. Et cette course folle vers la folie ne s’arrête pas même après deux guerres mondiales et une fièvre espagnole qui a tué des millions d’humains. L’humain aime sa société de consommation. Il se sent maître de la nature, de la terre, de la mer et de l’univers. La terre est en deuil. La nature est en deuil. La mer est en deuil. Les forêts disparaissent pour faire place aux gratte-ciel encore plus hauts. Les animaux meurent. Les arbres meurent. Mère Nature et Mère Terre font le deuil de leurs animaux et de leurs plantes et de leurs arbres. En cette fin décembre 2019, elles ont consulté leur Créateur et voilà Corona est né. Corona est sur terre avec nous. Il est invisible et n’épargne personne, ni royauté, ni petit peuple. Mais le mendiant, que tout le monde a abandonné dans le coin de notre ville-fantôme, est épargné.

On ne connaît pas la suite. Pour une fois dans l’histoire de l’humanité, nous sommes tous unis dans la frayeur, dans le deuil, dans la maladie. Nos ‘masques’ ont disparu. Nos murs ont disparu. Il n’y a plus de pays riches, pays pauvres. On ne juge plus par sa couleur de peau ou par sa foi ou sa croyance. On a fermé ses frontières. On ne peut pas tout le temps être global.

Il faut être 100% local d’abord. Comme les animaux dans la nature et dans la mer. Un oiseau ne va pas habiter dans une tanière et un lion dans un nid. Un ours polaire ne changera pas d’habitat avec un chameau dans le désert d’Afrique.

Corona partira en nous dépouillant de notre superficialité et nous rendra notre âme et notre cœur. Quant à nos êtres chers qui ont disparu, ils vivent maintenant dans un lieu où la peur, l’inégalité, l’oppression n’existent pas. On ne les voit pas mais leurs proches sentent leur présence, sont réconfortés et ont ainsi la paix de l’âme.