Les plus à risque face au Covid-19 sont les personnes âgées, vulnérables à de graves complications. Pour ceux qui n’ont pas la chance d’être entourés des leurs, à l’angoisse grandissante d’être infectés s’ajoutent l’anxiété du confinement et la solitude. C’est une population de seniors plus que jamais fragilisée qui nous fait part de ses craintes. Un quotidien tourmenté par le je-m’en-foutisme de certains à leur égard et la hausse alarmante de cas positifs au virus.

“J’ai 72 ans. On entend bien à la radio, à la télé, que ce sont les personnes de cet âge qui sont les plus exposées au virus avec des formes graves”. Gladys Crétin est angoissée et cela s’entend rien qu’à sa voix. “J’ai le diabète et je souffre de tension, et se dire que ce virus peut me terrasser en quelques jours fait évidemment peur”. Michael, le fils de Marie, préfère pour sa part ne pas nous laisser nous entretenir avec sa mère, âgée de 86 ans. “Elle a un début d’Alzheimer et souffre de plusieurs autres complications de santé. Elle a toujours été de nature anxieuse, mais depuis ces dernières semaines, avec tout ce qu’elle entend autour d’elle, elle fait de grosses crises d’angoisse”. Du côté de Pailles, Vinod Maton, la soixantaine, qui se décrit comme un homme “fit for duty”, a souvent l’impression qu’il “commence à être malade”. Scotché aux infos dès son réveil, le retraité nous raconte comment “le nombre de morts dans des pays comme la Chine et l’Italie fend le cœur. Par manque de places, des personnes décédées gisent dans les couloirs”.

Isolées

Dans notre dernière édition, une aidesoignante mauricienne employée dans une maison de retraite dans la région d’Angers, en France, témoignait du désarroi des pensionnaires et du personnel soignant depuis le début de la crise du coronavirus. “Nous travaillons avec des seniors traumatisés, perturbés et souvent en larmes alors qu’ils sont confi nés dans leurs chambres pour éviter tout risque de contamination. Ça crie dans tous les sens parce que leur famille n’est plus autorisée à venir leur rendre visite. Pire, nous ne pouvons avoir aucun geste tendre envers eux pour les réconforter, si ce n’est un regard compatissant”. Cette pandémie éloigne et sème la détresse chez certains. Si Frances Mondré est aff ecté par ce virus qui bouscule son quotidien, elle est également consciente que ce confi nement est un mal nécessaire pour espérer vivre des jours meilleurs. Agée de 69 ans, cette grandmère travaillait encore comme nounou quelques semaines de cela et s’occupait de ses petits-enfants les après-midi. “C’est dur de ne plus les voir, ils me manquent terriblement”. Cette dernière vit seule avec son époux dans un appartement à Palma.

Dormir le ventre vide

De sa terrasse à Camp Le Vieux, où elle passe une bonne partie de ses journées, Danie, 78 ans, entend constamment des sirènes de police et d’ambulance. “A chaque fois que je vois une voiture de police, j’ai le cœur qui bat à mille à l’heure et le stress monte d’un cran. Quand je vois une ambulance, j’ai peur que dans mon voisinage il y ait des cas de coronavirus parce que mes enfants et petits-enfants se sont souvent rendu dans le supermarché de la région”, confie-t-elle. Résidant à quelques centaines de mètres de Danie, Gladys Crétin a vécu un calvaire ces derniers jours. Elle a été prise de court par la décision des autorités de fermer tous les supermarchés, boutiques et boulangeries, le 25 mars. Pendant ces quelques jours, “mon époux et moi avons eu toutes les difficultés du monde pour nous nourrir. Un soir, nous nous sommes même couchés le ventre vide et tout gonflés parce que nous n’avions rien eu à nous mettre sous la dent. Heureusement que ma sœur, qui habite à Quatre-Bornes, nous a envoyé quelques vivres, mais nous avons dû payer pour trois jours le taxi à Rs 300”.

Routine malsaine

Gladys, Frances, Marie et Vinod menaient tous des vies paisibles et bien remplies avant ce confinement. “Du jour au lendemain, de n’être plus en mesure de s’adonner à toutes ces petites choses qui égayent nos vies et rester confinés entre quatre murs, c’est un coup dur”. Vinod Maton est ahuri devant cette situation inédite. “Nous ne sommes jamais passés par des moments comme celui-là”. Michael raconte que, comme recommandé par son médecin, sa mère se dégourdissait les jambes. Désormais, Marie se cantonne à un deux-pièces partagé avec son fils, sa belle-fille et leurs trois enfants.

“Elle participait à des activités dans un centre accueillant des troisièmes âges. Ses troubles commençaient à diminuer. Aujourd’hui, elle se noie petit à petit dans une routine malsaine, entre ses siestes, ses médicaments et la télé”. Bien qu’elle ne puisse plus se rendre chez la coiffeuse les samedis, faire son shopping et aller à la foire les dimanches, Francess Mondré s’estime heureuse de jouir d’une belle vue sur la montagne du Corps de Garde. Ce qui lui permet de s’aérer et changer d’air quand elle se sent envahie pas les nouvelles angoissantes qu’elle entend à la radio. Elle est surtout révoltée par “le je-m’enfoutisme de certains et leur manque de respect envers le confinement. Les autorités policières doivent être plus sévères envers ces jeunes, qui passent leur journée sur la rue, à boire et jouer du tambour”. Pourtant, quand elle voit de telles scènes, elle n’ose rien dire, “car les gens sont méchants et peuvent se venger par la suite, surtout sur des personnes aussi fragiles que nous”.

Vinod Maton tient aussi à rajouter qu’il en va de la responsabilité de tout un chacun de respecter les mesures prises, car “à chaque fois que vous sortez, vous risquez votre vie et celles de vos proches”.