• « Nous avons dû préparer nos propres masques parce que l’hôpital n’en disposait pas »

Ils sont presque une quarantaine de Mauriciens et d’étrangers à avoir été placés en quarantaine à l’hôpital de Souillac depuis qu’ils sont arrivés à Maurice lundi matin à bord du vol d’Air Mauritius en provenance de Hong Kong. Sans avoir été informés au préalable qu’ils seront placés en quarantaine une fois leur descente d’avion, ils déplorent le manque de communication ainsi que la manière dont ils sont traités dans cet établissement hospitalier.

« Nous sommes arrivés à Maurice sans aucun problème. Mais dans l’avion, personne ne nous a informés qu’une fois démarqués, nous serons placés en quarantaine », explique au Mauricien un professionnel de la Santé, qui se trouve à l’hôpital de Souillac avec sa famille. Selon lui, étant en transit à Hong Kong, il avait demandé s’il serait placé en quarantaine et on lui avait dit « non ». Il poursuit : « Nous étions tous choqués et certains étrangers, qui étaient avec nous, ont préféré prendre un autre billet d’avion pour aller vers d’autres cieux. »

À Maurice, tous les passagers, qui sont arrivés le matin, ont dû attendre plusieurs heures avant que les autorités n’envoient un transport pour le transfert à Souillac. Selon lui, aucun masque n’a été distribué aux passagers et ils étaient tous confinés dans le véhicule dont toutes les fenêtres étaient fermées jusqu’à leur arrivée à l’hôpital. « Nous avons dû préparer nos propres masques parce que l’hôpital n’en disposait pas », dit-il, avançant que personne ne leur avait dit qu’il fallait porter un masque. À leur arrivée à l’hôpital, il fait ressortir qu’il n’y avait personne qui pouvait leur dire où aller.

Selon ce professionnel, la température de tous les passagers était vérifiée à deux reprises et on leur demandait s’ils présentaient des symptômes du Coronavirus. Il déplore que, de leur arrivée lundi matin jusqu’à 16h, aucune nourriture ne leur a été offerte. « Ce n’est que vers 18h que nous avons eu à manger », dit-il. Autre fait regrettable, selon lui, c’est que personne n’a en sa possession de vêtements propres ni des savates.

À l’heure où il parlait, des climatiseurs étaient installés dans cet hôpital étant donné que toutes les fenêtres sont fermées pour assurer la sécurité. Pendant deux jours, les locataires ont dû braver la chaleur étant donné que des consignes strictes étaient données de ne pas mettre en marche les ventilateurs.

Par ailleurs, les propos du patient concordent avec une autre Sinomauricienne. Contactée au téléphone ce matin, elle avance que les conditions sont « très mauvaises ». Elle ajoute : « Les toilettes sont insalubres alors que nous parlons d’hygiène. On peut même glisser et se casser la figure. » Les cuillères offertes, ajoute-t-elle, doivent être lavées aux toilettes, car aucun autre évier n’est disponible. Le papier toilette, selon cette dernière, est disponible parcimonieusement.

« Je peux dire que l’hôpital n’était pas prêt à nous accueillir. Ce n’est que mercredi soir que les climatiseurs ont été installés. On ne respecte pas les règles imposées », dit-elle. Cette Sinomauricienne ajoute ne pas savoir comment endurer cette situation jusqu’à la fin de leur séjour. Elle note également que certains infirmiers ont peur d’approcher les patients. « Ils croient que nous sommes malades et ne nous approchent pas », déplore-t-elle.

Un autre habitant de Port-Louis confirme les dires de cette Sinomauricienne. « Nous sommes traités comme des criminels alors que nous n’avons rien fait. Nous n’avons jamais demandé de venir ici. On donne une bouteille d’eau pour six personnes. Quand je demande du papier toilette, on nous parle sur un ton agressif », soutient ce monsieur. Il se dit « stressé » et ne peut dormir la nuit. Pour 25 personnes, une seule toilette est disponible. En ce moment, il y a une quarantaine de personnes dans cet hôpital. Les hommes sont séparés des femmes et les enfants, dit-il, sont un peu perdus.

« Les conditions de vie sont déplorables depuis notre arrivée. Nous avons attendu sept heures à l’aéroport et une heure et demie dans un van. Nous n’avons rien eu à manger ni à boire. Qu’avons-nous fait pour mériter ça ? », demande une autre dame, qui a voulu garder l’anonymat. Une fois leur arrivée à l’hôpital, elle dit qu’il n’y avait personne pour les guider. Cette dernière dit n’avoir pas de vêtements propres pour se vêtir et doit attendre jusqu’à ce samedi pour que ses filles viennent la voir. Une autre dame est dans cet hôpital avec son père de 96 ans, qui est diabétique. Elle ne sait plus quoi faire. « Il n’a plus de médicament et je dois déranger mes proches qui habitent à Port-Louis pour qu’ils viennent ici. Il souffre en ce moment à cause d’un manque d’eau. Lorsque nous demandons de l’eau ou du papier toilette, on nous dit d’aller en acheter. Cette situation est triste », souligne-t-elle. De plus, elle précise que ce n’est que ce jeudi matin que des masques ont été offerts aux patients.

Par ailleurs, des Taïwanais sont aussi placés en quarantaine. Ils ont voulu garder l’anonymat : « Passer 14 jours dans cet hôpital sera très difficile, car les conditions ne sont pas appropriées. » Alors qu’ils croyaient être placés en isolement, ils se voient avec tous les autres dans une seule pièce. Contacté au téléphone de Taïwan mercredi soir, un homme d’affaires taïwanais, qui vit à Maurice et qui aurait dû rentrer au pays à bord du même vol, a repoussé sa date. « Étant donné que je souffre de problèmes cardiaques, je préfère rester à Taïwan et retourner après même si cela représente un manque à gagner important pour moi », dit-il.