Sous la présidence du commissaire des Prisons (CP), Vinod Appadoo, la cellule spéciale mise sur pied au sein de la prison, pour se préparer à la pandémie du COVID-19 est déjà active.

« Nous avons mis en place, et ce depuis le début de l’année, une structure de formation et de prise en charge autant des détenus que des officiers de la prison et cela dans tous les centres pénitentiaires de l’île, » déclare Cadress Rungen, responsable de la celulle de Santé à la Prison.

Le responsable fait comprendre qu’à l’heure actuelle « nous avons un personnel qui enchaîne de très longues heures de travail. Parce que enchaîner les shifts, plutôt que de faire des shifts courts et classiques, cela permet d’éviter la contamination : sortir, aller chez soi, retourner à la prison, suivant les shits classiques, c’est prendre davantage le risque de véhiculer le virus, dans ces conditions là. »

Une autre mesure importante préconisée dans les prisons : « à tous les points d’entrée, c’est-à-dire, à la prison de Beau-Bassin, par exemple, à la New Wing, à la Women Prison et au niveau du CYC (Correctional Youth Centre), nous avons mis en place un système de vérification. Nos officiers, formés par le ministère de la Santé, ont des scanners thermiques, avec lesquels ils procèdent à des tests sur chacun des officiers qui pénètrent l’intérieur des prisons. C’est régulier et obligatoire, pour tous. Des jeunes recrues au CP, en passant par les DCP et même moi et mon staff. Dès que quelqu’un passe le Gate d’entrée de chacune de nos prisons, il est immédiatement testé.»

Personne n’y échappe à ce contrôle, que ce soit les nouveaux détenus, qui sont automatiquement placés en isolation et en observation régulière. « Nous avons une équipe formée à cet effet, avec le concours du ministère de la Santé, et nous avons aménagé un espace à cet effet. Parce que nous sommes conscients que la prison est un espace de confinement, déjà, de par sa définition, et que si on prend des risques, on paiera très cher la facture ! On ne peut pas se permettre de jouer avec la santé de nos détenus et de nos officiers. »

Dans le même registre, Cadress Rungen lance un appel aux parents des détenus : « en
cette période de lockdown national, bien évidemment, toutes les visites ont été annulées. Nous sommes conscients que les parents des détenus sont inquiets et préoccupés par la situation. » De fait, le nombre et la fréquence des appels, « tant pour les détenus locaux qu’étrangers, a été augmentée », explique le responsable de la cellule santé des prisons. Et d’ajouter que « ils ont même le droit de passer des appels via skype, comme cela ils voient leurs parents… » De surcroît, « nous assurons les parents que les détenus sont bien en sécurité, dans les prisons. Ils sont bien encadrés, nourris et pris en charge. »

En fait, continue-t-il, « ils sont davantage à l’abri ici dans les prisons, qu’ils ne le seraient à l’extérieur ; certains n’ont pas de toit, et dorment dans les rues. Ici, ils sont Cared for. »

A la prison, chaque jour démarre avec un briefing de tout l’état major de la cellule spéciale COVID-19 à 7 h 30. Le CP se déplace, en personne, de même que des DCP, mais également des représentants de chaque prison, un psy, des médecins employés par les prisons, les infirmiers. « Nous passons en revue les nouvelles informations collectées et les données. Et nous prenons les décisions qui s’imposent avec le ministère de la Santé informé. »

En janvier dernier, « alors que le monde découvrait le virus, via les villes contaminées en Chine, et alors que le réflexe était de penser que nous serions épargnés, nous, à la prison, nous avions pris les devants. Nous avons déjà réalisé des affiches avec les mesures barrières – se rincer fréquemment les mains, tousser dans son coude… Nous avons entamé la formation des détenus et des officiers, pour vulgariser l’information au sujet du virus et les raisons pour lesquelles il fallait s’en protéger. »

Le mois suivant, quand « la catastrophe commençait à frapper l’Italie et la France, on ne disait plus ‘if ‘ le COVID-19 nous touche, mais ‘when. »

Désormais, conclut C. Rungen, « c’est avec assurance et sérénité que nous assumons notre Duty chaque jour. Nous partageons la même angoisse que tous les Mauriciens. Et nous faisons de notre mieux pour que chacun, des officiers aux détenus, ne sente pas peser le poids de la peur. »