Avec les départs successifs du Managing Director Archimède Lecordier et de son adjoint Jacques Faustin, le board de la CHC Ltd envisage de confier la responsabilité de ce corps para-étatique à un administrateur externe. Une éventualité qui suscite déjà des remous au sein des syndicats du port : la Port Louis Maritime Employees Association (PLMEA) se prépare à mener une lutte sans merci contre toute velléité de privatisation, alors que pour la Port Louis Harbour and Docks Workers Union (PLHDWU), une telle démarche laisserait « la porte ouverte à des ingérences politiques ».
En attendant la réalisation du projet de partenariat stratégique élaboré conjointement avec la Banque mondiale, des changements sont à prévoir au niveau de la direction et de la gestion de la Cargo Handling Corporation (CHC) Limited en ce début d’année. Les recoupements effectués par Le Mauricien indiquent que la question a été évoquée lors de la réunion du Board hier. Le projet vise à procéder à la nomination d’un « external administrator » pour assurer les affaires courantes de la CHC pour une période minimale de six mois, soit la période minimale pour compléter les procédures en vue d’une éventuelle privatisation avec le choix d’un éventuel partenaire stratégique. Un exercice d’appel d’offres pourrait être lancé incessamment en vue d’identifier le bureau d’études susceptible d’assurer la suppléance à la direction des activités portuaires.
Cette décision d’avoir recours à un administrateur externe s’inscrit dans une tentative de remise en ordre de la gestion portuaire marquée par une série de scandales les uns plus accablants que les autres. Un récent rapport d’audit avait mis en cause la gestion des ressources humaines dans le port et émis des critiques des plus sévères à son encontre.
Par la suite, le Board de la CHC Limited avait pris la décision de suspendre le responsable du département des ressources humaines dans le port, un proche parent d’un dirigeant de l’opposition. Un comité disciplinaire a été institué en vue de se prononcer sur les charges retenues contre ce responsable, qui a retenu les services de Me Ivan Collendavelloo, Senior Counsel.
« Situation malsaine »
Force est de constater que la décision du Board de la CHC de ne pas procéder à de nomination au sein de la corporation pour succéder à Jacques Faustin, qui vient de faire valoir ses droits à la retraite, est diversement commentée par les syndicats portuaires. La PLMEA trouve que l’exercice d’épuration dans le port s’explique en majeure partie par la campagne menée par ce syndicat contre « la situation malsaine qui rongeait le port depuis plusieurs années déjà ».
« Néanmoins, au sein de la PLMEA, nous restons sur nos gardes quant aux véritables intentions des autorités avec la nomination d’un external administrator. Nous sommes prêts à mener contre combat contre la privatisation du port si cette initiative est en prélude à ce partenariat stratégique sous pression de la Banque mondiale. Nous continuerons à suivre de près l’évolution de la situation et nous aviserons en temps et lieu », a fait comprendre au Mauricien Ashok Subron, un des animateurs de la PLMEA.
De leur côté, Rama Valaydon, secrétaire général, et José François, leader et conseiller technique de la PHDWU, s’opposent catégoriquement à la nomination d’un administrateur pour la gestion du port. Dans un communiqué émis à cet effet, ils avancent que « cette proposition de la State Investment Corporation pour nommer un administrateur au départ de Jacques Faustin est carrément indécente. De plus, l’on se demande si elle n’est pas intentionnelle dans le but de favoriser la privatisation du port. À la PLHDWU, nous estimons qu’une telle démarche va accentuer l’ingérence politique dans les affaires de la Cargo Handling Corporation Ltd ».
Les dirigeants de la PLHDWU en appellent au Premier ministre Navin Ramgoolam en vue de renverser la vapeur. « Nous déplorons que certains caciques du Prime Ministers Office aient continuellement exercé des pressions pour obtenir le départ du Managing Director Archimède Lecordier et par la suite de son adjoint Jacques Faustin. N’en déplaise à certains, la SIC n’est pas le modèle de gestion saine dont on pourrait s’inspirer pour opérer un secteur névralgique comme le port. Plus que jamais, nous insistons pour que le Premier ministre se saisisse de ce dossier afin de ne pas permettre le fantasme de certains odieux personnages qui veulent mettre notre port en péril », font-ils comprendre en soulignant que dans un avenir pas très lointain, « la PLHDWU passera à l’offensive avec une intensification des actions syndicales pour faire échec à cette démarche d’external administrator ».