Paralysée par une série de crises sur fond de mal-administration grave et caractérisée, dénoncée en partie dans un récent rapport d’audit interne, la Cargo Handling Corporation Limited (CHCL) se voit accorder une période de sursis de six mois pour se remettre sur les rails. En effet, lundi dernier, le conseil d’administration de la Cargo Handling Corporation Limited a entériné la décision en faveur de la nomination d’un External Administrator pour assurer la gestion portuaire au cours de la période susmentionnée. Mais cette démarche de nettoyage du port à grande eau suscite des vagues de protestations syndicales. Les deux principaux syndicats du port croisent le fer avec la Port Louis Harbour and Docks Workers Union (PLHDWU) contestant cette décision et la Port Louis Maritime Employees Association affirmant soutenir toute initiative susceptible de réorganiser et d’éliminer des pratiques de mal-administration dans le secteur portuaire. D’autre part, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui devrait se rendre dans le port jeudi pour le 35e anniversaire de la Mauritius Ports Authority (ex-MMA), pourrait donner des indications quant aux orientations portuaires futures.
La décision du conseil d’administration d’avoir recours à un exercice d’appel de candidatures pour le recrutement d’un administrateur externe en vue de gérer les opérations de la CHCL a pris plus d’un par surprise. L’occasion était le fait que le Managing Director par intérim, Jacques Faustin, qui avait succédé à Archimède Lecordier, parti à la retraite à la fin de l’année dernière, avait formulé une demande de retraite prématurée à partir du 19 juillet prochain. Le concerné avait également sollicité la possibilité d’être en congé préretraite à partir du 2 février.
Au lieu de procéder à la nomination d’un successeur au poste de Managing Director, le board a cru nécessaire de procéder au recrutement d’un External Administrator, qui sera épaulé dans son mandat par un High Powered Committee comprenant des représentants des actionnaires de la corporation. Le gestionnaire externe devra être nommé avant le 2 février prochain en vue d’assurer un proper handing over dans un secteur aussi stratégique que névralgique qu’est le port.
Les attributions de cet Interim Manager/Administrator, qui sera en place dans le port pour au moins six mois sont extrêmement vastes et touchent en priorité les faiblesses de gestion dénoncées précédemment. Elles vont de la nécessité de « report to the chairman/high powered management committee » sur le fonctionnement et les raisons des délais dans la mise à exécution des décisions du board à un meilleur contrôle de la gestion financière et de veiller que « all expenditure and staffing levels are controlled and within the budgets and establishments authorised » en passant par une gestion des ressources humaines optimales.
Au cours de ces derniers mois, la Cargo Handling Corporation Limited s’est retrouvée au centre de graves controverses portées à l’attention du conseil d’administration par le truchement d’un rapport d’audit interne de nature explosive. Le responsable du département des ressources humaines, dénoncé dans le rapport d’audit, a été interdit de ses fonctions et sommé de comparaître devant un comité disciplinaire, qui attend de démarrer ses travaux.
Dès la confirmation de l’entrée d’un administrateur externe dans les affaires portuaires, la PLHDWU est montée au créneau pour dénoncer ce qu’elle appelle des « ingérences politiques » venant de l’entourage du Premier ministre. À coup de communiqués et de points de presse, les dirigeants de la PLHDWU confirment leur opposition au projet. « Nous disons carrément non à la nomination d’un administrateur externe pour diriger la CHCL. Nous accusons certains Senior Ministers et Advisers au Prime Minister’s Office d’avoir tout manoeuvré pour faire partir Archimède Lecordier et Jacques Faustin, deux professionnels de calibre avec plusieurs dizaines d’années d’expérience dans le port », soutient la PLHDWU avec pour porte-parole Rama Valaydon.
Toutefois, la PLHDWU prend le soin de faire ressortir que le Premier ministre n’est nullement concerné par ces magouilles contre l’ancienne direction de la CHCL. « Nou koné ki Premyé minis pa pou dakor avek sa kalité dominer ki fin fer avek Lecordier ek Faustin. Li pa trop tar parski zot pas ankor pran zot pansyon », rajoute Rama Valaydon, qui souhaite voir le chef du gouvernement intervenir.
La PLMEA prend à contrepied la PLHDWU en appuyant la démarche visant à doter la PLHDWU d’un administrateur externe. Dans un communiqué signé conjointement par Alain Édouard, président, Fernand Fanor, secrétaire, Aneden Madre, trésorier, Ashok Subron, négociateur, la PLMEA fait état d’une management crisis à la CHCL. Ils ajoutent que, dans une correspondance en date du 12 janvier, ils avaient demandé au Premier ministre d’assumer ses responsabilités en procédant à une réorganisation.
Tout en confirmant son soutien à cette restructuration de la gestion portuaire, la PLMEA réitère son opposition au projet de privatisation du port annoncé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, dans le budget 2012.
La PLMEA s’attaque également à la PLHDWU, accusée de « vouloir protéger des pourritures dans le port tentant de faire obstacle à une opération de nettoyage à grande eau ».
Par ailleurs, les membres du board de la CHCL sont convoqués à une nouvelle réunion de cette instance le 25, alors que l’éventuelle participation du Premier ministre aux célébrations des 35 ans de l’ex-Mauritius Marine Authority devrait être l’occasion de décoder les orientations futures du port après la période intérimaire de six mois de l’External Administrator.
L’ingérence politique dénoncée
Mené par son président, M. Alex Marie, son secrétaire, M. Rama Valaydon, son conseiller – technique José François et soutenu le président de leur fédération, Toolseeraj Benydin ( de la FSCOU ), la PLHDWU a affirmé vendredi pour d’une conférence de presse qu’elle  » s’oppose catégoriquement à la nomination d’un administrateur externe pour gérer le port ». Selon ce syndicat,  » l’ingérence politique quotidienne et la pression exercée sur MM. Lecordier et Faustin ont été insupportable depuis janvier 2011″. A titre d’exemple, ont fait ressortir les dirigeants syndicaux,  » un Senior minister est intervenu pour essayer de faire nommer un de ses agents comme Foreman à la CHCL alors que ce type n’ait que seulement trois années de service. Or, pour être promu Foreman, il faut avoir travaillé pendant trente ans. Le même Senior minister est également intervenu pour qu’un employé de la section informatique puisse continuer à jouir de ses privilièges et de son gros salaires alors que, dans les faits, depuis quelque temps déjà il ne se présente plus à son travail parcequ’il exerce … comme avocat dans une étude de la Capitale. Lorsque la dircetion de la CHC lui a demandé de choisir, le Senior minister a dit …  » pas tousse sa dimunn là ».
Selon les dirigeants de la PLHDWU  » c’est aussi l’ingérence de la State Investment Corporation ( S.I.C ) dans le Port qui est en train de créer le chaos dans ce secteur ».  » La goutte d’eau ki fine fer vase – là débordé, c kan réprésentan SIC finn téléphonn Archimed Lecordier ek finn dir ki li pé vinn préside enn reynion avek sindika lor zaffair Cargo Handling Ltd. Bé kot nu pé alé. Li pas dan duties enn aktionaire ou enn réprésantan board rentre dan day to day management », a soutenu la PLHDWU.
Parlant de la décision de la SIC de confier la CHCL à un administrateur privé, le syndicat a soutenu que  » ce n’est pas la SIC qui doit nommé qui que ce soit elle-même qui a mené à la faillite les casinos, Lake Point, le Port Louis Water Front, le Belle Mare Tourist Village et le Domaine Les Pailles ».
 » En mode de guerre »
La PLHDWU a mis en garde  le gouvernement et la State  Investment Corporation contre toute tentative d’imposer à la CHCL un partenariât avec un groupe privé. « Ce genre de partenariât signifierait le retour du secteur privé dans le Port et, à l’instar de ce qui se passe chez Mauritius Telecom et, surtout dans le Port de l’île de Malte, nous savons que le partenariât stratégique ça ne marche pas », a déclaré le conseiller-technique José François. « Nous demandons au Premier ministre de rappeller la SIC à l’ordre sur ce dossier parce que nous sommes au courant de la position que le Chef du gouvernement lui-même a adopté  dans le Conseil des ministres quand il a soutenu qu’un partenariât stratégique n’est pas dans l’intérêt de la population », a-t-il ajouté.
Menaçants, les leaders de la PLHDWU ont prévenu que  » le syndicat est en mode de guerre « .  » Nous n’avons pas hésité à prendre action syndicale dans le passé. Ne nous provoquez pas. Nous alertons les fédérations internationales. En même temps, nous sensibilisons la population sur les problèmes dans notre secteur  afin que  lorsque viendra le moment pour nous de passer à l’action, elle comprenne notre combat.  Notre syndicat  s’opposera de manière énergique à l’arrivée d’un administrateur et aupartenariat stratégique. Cela pourrait remetre en question  les bonnes relations industrielles qui durent depuis plusieurs années déjà et qui sont nécessaires pour l’épanouissement d’un secteur névralgique comme le Port ».