En cette fin de semaine, deux institutions de financement public, la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) et la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, sont sous les feux de l’actualité. Cela pour les mêmes raisons : des cost-cutting operations pour assurer un début de remise en ordre sur le plan de la viabilité financière. Le rapport confié à Rajun Jugurnath, ancien Directeur de l’Audit sous le gouvernement de Navin Ramgoolam et aujourd’hui Monsieur Bonne Gouvernance sous l’Alliance Lepep, évalue les dettes de la MBC à un peu moins de Rs 1 milliard, soit exactement Rs 987,6 millions.
De con côté, sur la base d’un rapport du ministère de la Bonne Gouvernance, ratifié par le conseil des ministres, le Board d’Air Mauritius, qui se réunit aujourd’hui, n’aura d’autre choix que de mettre un terme à l’ère des privilèges de billets d’avion gratuits à vie, en particulier en Business Class pour les anciens directeurs et autres membres du Top Management ainsi que des membres de leurs familles. Un autre dossier à l’agenda du conseil d’administration de la compagnie aérienne nationale : l’obligation de prendre des mesures dans le sillage du scandale dénoncé à la Cargo Division d’Air Mauritius, générant un manque à gagner par millions de roupies.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien indiquent que le rapport préliminaire de l’ancien Directeur de l’Audit, une des premières missions confiées au lendemain des élections générales du 10 décembre dernier, a établi de manière formelle l’envergure de l’endettement de la MBC comme un des principaux obstacles à surmonter sur la voie d’une éventuelle remise sur les rails. Les dettes contractées par la direction générale de la MBC se montent à Rs 987,6 millions, soit presque la barre du milliard, que l’hôtel du gouvernement attribuent à « l’héritage légué par Dan Callikan et le gouvernement de Navin Ramgoolam ».
Une autre zone d’ombre dans la gestion de la station de radiotélévision nationale demeure la masse salariale mensuelle avec un personnel jugé pléthorique de 898 employés. Le rapport Jugurnath consacre tout un chapitre au volet des ressources humaines, dénonçant des pratiques peu communes, comme l’octroi de 14 Increments en une année à un membre du personnel pour des raisons occultes ou encore l’inclusion sur le Permanent and Pensionable Establishment (PPE) de tout un groupe d’employés contractuels et de freelancers à la veille des dernières élections générales.
Au chapitre du personnel, intervenant lors d’une réunion en début de semaine dans le sillage du limogeage du directeur général de la MBC, Preetam Parmessur, le ministre de tutelle, Roshi Bhadain, a tenu à se montrer rassurant en soutenant que le licenciement n’est pas à l’ordre du jour. Toutefois, même si à ce stade, le volet de la couverture ministérielle dans les bulletins d’informations semble avoir pris le dessus dans les problèmes affectant la MBC, la question du financement de la dette de Rs 1 milliard préoccupe davantage.
La seconde partie du mandat de Rajun Jugurnath est axée sur les mesures à prendre pour renflouer les caisses de la MBC, dont le recouvrement des réclamations auprès de la Multi-Carrier Mauritius Ltd, laissées en suspens depuis des années déjà. Dans l’immédiat, un rajustement à la hausse du Licence fee imposé par la MBC aux abonnés du Central Electricity Board (CEB) n’est pas contemplé. C’est du moins ce que laissent entendre des milieux officiels.
La tâche prioritaire du nouveau directeur général, qui sera selon toute probabilité recruté suite à un exercice d’appel de candidatures international, sera la remise en ordre sur le plan financier de la MBC alors que le directeur général adjoint, dont les procédures de nomination devront être enclenchées incessamment, aura pour mandat de revoir tout le protocole de newsworthiness de la teneur des bulletins d’informations et des émissions de la station de radiotélévision nationale.
Fin d’une époque à MK
Du côté d’Air Mauritius, la réunion du board du jour marquera la fin d’une époque car le privilège accordé à des anciens directeurs de la compagnie et des membres de leurs familles sous forme de billets d’avion en Business Class gratuits sera aboli dans le cadre de la première étape d’une cost-cutting operation. Cette décision a été prise par le conseil des ministres vendredi dernier comme annoncé dans l’édition du Mauricien de samedi dernier.
Les membres du conseil d’administration de la compagnie aérienne, dont les pertes sont de l’ordre de Rs 1 milliard, devront également se pencher sur les conclusions de l’enquête sur ce qui est considéré comme la « gestion scandaleuse de la Cargo Division » avec un manque à gagner non négligeable. La position d’un ancien membre du conseil d’administration est pointée du doigt dans ce rapport, qui a été présenté au conseil des ministres vendredi dernier.
Sur la base des conclusions de ce rapport d’audit sur le fret aérien, le board d’Air Mauritius devra décider s’il compte soumettre le dossier au Central CID ou à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) pour approfondir les findings et déterminer la responsabilité de tout un chacun dans cet état de choses, considéré comme préjudiciable à la gestion financière d’Air Mauritius.
Par contre, le suspense est toujours de mise pour les membres du personnel d’Air Mauritius. Aucune confirmation officielle en début de semaine sur l’éventualité que les recommandations du HR Audit soient inscrites à l’agenda du jour. Commandité dans le cadre d’une restructuration du personnel, cet audit est sur le point d’être complété. Les employés de même que les syndicats d’Air Mauritius craignent une compression des postes en vue de réaliser des économies. Toute indication en ce sens pourrait susciter une levée de boucliers au sein de cette société, qui traverse une zone de turbulences depuis des années déjà…