Les Mauriciens ont ils confiance dans leurs institutions ? Oui si l’on se fie aux résultats d’un sondage réalisé en 2014 par AfroBarometer. Plus de 50 % de ceux interrogés font confiance aux institutions d’après une étude menée par StraConsult en juin/juillet 2014 sur un échantillon de 1 200 personnes interrogées à Maurice et à Rodrigues.
Si la majeure partie des sondés font confiance aux institutions, la perception de la corruption en celles-ci est toutefois bien réelle. L’étude a permis de constater que la majorité des Mauriciens ne préfèrent pas dénoncer un cas de corruption par peur des conséquences et que les Mauriciens font moins confiance aux institutions politiques…
AfroBarometer, à travers une équipe menée par StraConsult, enquête pour la deuxième fois pour Maurice sur la confiance dans les institutions et la perception de la corruption. L’opposition en juin/juillet 2014 et le parti au pouvoir figuraient parmi les mauvais élèves (39 % et 49 % respectivement) tandis que les résultats sur la confiance dans le judiciaire et la Commission électorale sont bien meilleurs (72 et 67 % respectivement). 69 % des sondés estiment par ailleurs que le niveau de corruption a augmenté en 2014 à tous les niveaux. 70 % des sondés sont d’avis que les représentants du gouvernement et les conseillers des collectivités locales sont corrompus. Si la majorité des participants ont affirmé avoir confiance en la police (59 %), sept sur dix estiment que les officiers de police sont corrompus.
Les meilleurs élèves de ce sondage sont les cours de justice et la Commission électorale avec 72 % et 67 % respectivement. La police et la Special Mobile Force (SMF) jouissent toutefois de davantage de confiance de la population que le Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam.
L’étude dresse une comparaison entre la situation en 2012 et 2014 où le niveau de confiance dans les institutions était plus élevé, de même qu’en l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam qui, en 2014, a connu une baisse de 13 % de son niveau de confiance. La confiance a chuté également en 2014 pour l’Assemblée nationale.
Selon les résultats de cette étude, la majeure partie des personnes interrogées ne vont pas de l’avant pour dénoncer des cas de corruption. La plupart des personnes interrogées ont soutenu qu’elles avaient peur des conséquences (45 %) et 17 % ont répondu qu’aucune action ne serait prise et que le fait de rapporter ces cas ne ferait aucune différence.
Amédée Darga de StraConsult souhaite que les résultats de cette étude agissent comme un « wake-up call ». Il souligne qu’il revient à tous les citoyens, à la société civile dans son ensemble, aux décideurs et opinion leaders d’être engagés dans le combat contre la corruption.
Pour Rajen Bablee, de Transparency Mauritius, le gouvernement devrait changer la loi pour mettre fin au pouvoir de discrétion que possèdent les ministres pour les nominations à la tête des corps para-étatiques. Cela, dit-il, afin que la méritocratie devienne une norme à Maurice. Par ailleurs, selon Rajen Bablee, la culture de « clientélisme » ou de « roder-boute » est bien réelle à Maurice, où les personnes ne suivent pas les partis politiques pour leurs visions et idées mais davantage pour leurs intérêts personnels. Il y a tout un travail d’éducation à faire, insiste-t-il.