DIPLAL MAROAM

Sous le système économique actuel, le combat contre la corruption, tout comme celui pour l’assainissement de l’environnement – à propos, le rapport de 400 pages du GIEC publié le 8 octobre dernier dresse un bilan singulièrement alarmant sur le probable réchauffement climatique à +1,5⁰C entre 2030 et 2052 – n’est rien d’autre qu’un coup d’épée dans l’eau, une course perdue d’avance. En effet, telle une hydre, la corruption resurgit après chaque tentative de lui enlever un tentacule. C’est, manifestement, pour se donner bonne conscience que des dirigeants politiques évoquent la lutte contre la corruption, ce alors que le noyau du système du capital qu’ils prônent, représente le vecteur même de cet horrible fléau. Ainsi, « money being the root of all evil », comme le dit si bien l’adage, ce combat serait voué à l’échec s’il n’était pas mené à la racine. Or, quel dirigeant politique oserait même prendre le risque de prendre le taureau par les cornes alors que la lutte pour le pouvoir devient de plus en plus acharnée et impitoyable, engloutissant de plus en plus de ressources financières dont la provenance demeure très souvent opaque et douteuse ?

Par ailleurs, alors que ce système économique prévoit même la dissimulation des fonds obscurs siphonnés des comptes publics, l’on s’interroge à propos de l’existence et l’épanouissement des paradis fiscaux, ce bien au-delà de la volonté exprimée depuis des décennies par de nombreux États, et non des moindres, de les démanteler une fois pour toutes. Même la perception de Maurice, comme étant un paradis fiscal, demeure tenace dans certains milieux alors que nous disposons de tout un arsenal légal et institutionnel pour lutter contre les crimes financiers et les manœuvres sordides des malfaiteurs de la finance mondiale. D’où provient, à propos, l’argent des milliardaires russes qui voyagent et investissent à travers le monde, y compris à Maurice, et qui sont, paraît-il, le cadet des soucis du président Poutine ? Il ne faut pas se voiler la face : la déréglementation des institutions et juridictions financières et la politique de flexibilité adoptée par des États en quête des investissements directs, ont rendu moins contraignant le processus de blanchiment d’argent et encouragé le développement des activités illicites et spéculatives au détriment de la production. On ne veut pas savoir mais c’est pourtant le cas que de nombreux pays aujourd’hui sont peu regardants sur l’origine des fonds qui viennent remplir leurs caisses.

Les crises financières récurrentes associées au système économique actuel auraient dû susciter une sérieuse prise de conscience de la part des décideurs politiques globaux à propos de la pertinence de ce système ; or, son sauvetage à coups de milliards de dollars, excluant des sanctions à l’égard de ceux responsables de ces catastrophes financières, est indicateur d’un système économique ni fiable ni durable. La corruption, phénomène qui tire constamment vers le bas la qualité de vie de la grande majorité d’une population et sape la confiance dans les institutions, sévit à tous les échelons de la hiérarchie sociale et influence même les plus grands défenseurs des opprimés et défavorisés, comme le démontre la condamnation récente de l’ancien président brésilien du Parti des Travailleurs, Lula Da Silva, lui-même issu d’une famille de paysans pauvres, à 12 ans de prison pour corruption passive et blanchiment de fonds lorsqu’il était président de son pays de 2002 à 2010. Comme quoi, devant le pouvoir de l’argent, le sens de l’éthique et de la morale ne fait que déposer les armes.

À Maurice, les nombreuses affaires qui éclaboussent notre secteur financier, ne sont certainement pas le fruit du hasard. D’ailleurs, le dernier Mutual Evaluation Report d’ESAAMLG que nos dirigeants avaient en vain tenté de renverser aux Seychelles, en dit long sur la fiabilité de notre secteur financier. La convoitise de l’argent à tout prix fait virevolter les esprits. Ceux-là mêmes qui nous avaient promis de mettre un terme au « nasion zougader », par exemple, n’ont pas cessé de la consolider ces dernières années car rapportant gros aux caisses de l’État. D’autre part, l’existence du « temple de la mafia » qu’est devenu, au fil des ans, le Champ-de-Mars, n’émeut, paraît-il, personne ; il continue à fonctionner sans contrainte aucune, malgré les belles photos publiées dans les médias exposant au grand jour la proximité entre entraîneurs, jockeys et des personnes montrées du doigt par la commission Lam Shang Leen et qui sont actuellement en prison.

  C’est en réalité à une mise à plat du système politique et économique mondial, marqué par de profondes inégalités, qu’il conviendrait de se livrer pour tenter de lutter contre ce fléau aux ramifications planétaires qu’est la corruption.