Un ouf de soulagement poussé par les 636 passagers du Costa Allegra aussi bien que les 413 membres d’équipage quand le paquebot sans électricité et privé de combustion de moteur depuis trois jours a accosté le port de Mahé vers les 11 heures ce matin, soit avec un retard d’au moins six heures. Les autorités seychelloises, par le truchement du ministre de l’Intérieur Joël Morgan, sont montées au créneau pour dénoncer en des termes frisant l’incident diplomatico-financier le délai d’au moins vingt heures avec le refus catégorique de permettre aux deux puissants remorqueurs de la Seychelles Ports Authority de participer à l’opération sur une distance de 320 kilomètres. Toutefois, l’accostage au port de Mahé ne constituait nullement la fin du cauchemar pour les passagers de la croisière.
D’abord, même si les formalités d’immigration avaient déjà été complétées à bord depuis hier, les passagers ont dû patienter sur les ponts du Costa Allegra avant de regagner la terre ferme. Les organisateurs ont prévu que les passagers dans des conditions médicales des plus difficiles allaient descendre en priorité aussi bien que les personnes les plus âgées. Par la suite, les passagers ont dû attendre le débarquement de leurs valises et la fin d’un exercice d’identification des pièces débarquées.
Mais les problèmes n’avaient pas pour autant été réglés. Durant ces trois derniers jours, ces passagers ont été exposés à des températures de 35° sur le pont avec quasiment aucun confort. De l’eau minérale en rationnement était disponible pour un minimum d’hygiène. C’est le porte-parole de Costa Cruises qui l’a confirmé lors des briefings de presse.
De ce fait, au débarquement, le souhait de tout un chacun, ayant vécu un véritable calvaire sur un paquebot de luxe en panne d’électricité, était « enfin une bonne douche ». Ce voeu sera contrarié car le quai de Mahé ne dispose que deux facilités de douche pour ce millier de personnes, en particulier pour les 251 passagers européens, qui voulaient être rapatriés dans les meilleurs délais vu que deux avions charter étaient en attente sur le tarmac de l’aéroport Pointe-Larue pour le départ. Une situation des plus difficiles à gérer car il est confirmé que « the bathrooms of the liner have not been working since the fire. The sanitary facilities were not working, so there was no toilets, no showers »
Alain St-Ange, Chief Executive Officer du Seychelles Tourism Board, tente de rassurer quant aux conditions exténuantes de ces dernières 72 heures pour les passagers. « The minute the boat docks the passengers will disembark because all formalities have already been taken care of, immigration was airlifted onto the boat this morning. They’ll arrive early and probably want a cooked breakfast. They’ve had two or three days of bubbling away on an ocean on a boat with no steam. It’s not been easy but I know they are already relieved to be heading into port », fait ressortir le CEO seychellois en présentant à la presse les dispositions arrêtées par les Seychelles.
Les arrangements proposés par Costa Cruises aux passagers étaient soit un prolongement de deux semaines de vacances aux Seychelles soit un départ par charter dès cet après-midi. Caroline Chen d’Atom Travel, qui a établi des contacts avec certains Mauriciens effectuant la croisière, a déclaré au Mauricien à la mi-journée que « trois d’entre eux ont opté pour un prolongement de leurs vacances de deux semaines aux Seychelles. Nous attendons d’entrer en contact avec les autres passagers, qui avaient fait leur réservation chez nous, pour savoir ce qu’ils comptent faire. Nous n’avons pas de renseignements complémentaires sur les conditions qui ont prévalu après le sinistre de lundi sur le Costa Allegra », a ajouté Caroline Chen.
Toutefois, il n’est pas à écarter que des Mauriciens, faisant partie de la quinzaine déclarée, déclinent l’offre de Costa Cruises en raison des conditions accablantes de ces dernières 72 heures. Ils devront être de retour à Maurice durant le week-end.
À la mi-journée, les journalistes se trouvant aux Seychelles n’ont pu entrer en contact avec les passagers à la suite de l’interdiction formelle de la police pour toute interview.
Le déroulement des opérations de remorquage a frôlé l’incident diplomatique avec le gouvernement seychellois faisant la démonstration de son agacement de la main-mise des Français. Le ministre seychellois de l’Intérieur Joël Morgan a attribué le retard d’au moins 20 heures concernant l’accostage du Costa Allegra à Mahé à la vitesse extrêmement lente du thonier français Trevignon. Les tentatives des Seychellois de participer activement aux opérations de remorquage ont été repoussées par le capitaine du thonier français avec le soutien du Centre Régional des Opérations de Secours et de Sauvetage (CROSS) de La Réunion.
« The Seychelles authorities are not happy about this situation and we would have wished to get the ship into port as soon as possible in order to ensure safety and well-being of the passengers », affirme le ministre Morgan dans un commentaire tout en accusant le thonier français de privilégier l’aspect financier de l’opération.
Le directeur du CROSS Nicolas Le Bianic est venu à la rescousse du capitaine du thonier en affirmant que « nous étions dans une opération de sauvetage et le thonier est arrivé sur les lieux en premier. Il y a eu des négociations. Toute assistance aux personnes est gratuite alors que celle pour le bateau est payante. C’est le principe établi par les lois maritimes. Après tout, la décision revient à la compagnie Costa Cruises ».
Depuis la fin de la matinée, les autorités seychelloises ont été mises à rude épreuve pour accueillir ce millier de passagers éprouvés par une traversée des plus difficiles. Mais elles semblent satisfaites d’avoir pu répondre aux attentes. La situation devrait retourner à la normale d’ici le début de la soirée.
La liste des passagers du Costa Allegra comprend 127 Français, 126 Italiens, 100 Autrichiens ; 90 Suisses figurent aussi parmi les passagers, selon la compagnie. Au nombre des 25 nationalités représentées chez les passagers, on dénombre 38 Allemands, 31 Britanniques, 13 Canadiens, huit Américains et quinze Mauriciens déclarés, même si ce nombre pourrait être différent compte tenu des franco-mauriciens.