Cinq caméras de surveillance dans un rayon d’une cinquantaine de mètres autour du point de coups de feu contre l’ambassade de France et l’hôtel Le Saint Georges à la rue Saint-Georges à Port-Louis font l’objet d’une attention particulière depuis une semaine. Les images des mouvements dans les rues Saint-Georges et Monsieur (Auguste Rouget), enregistrées par ces caméras entre 2h39 et 2h45, lundi matin, s’avèrent être d’une importance capitale pour faire progresser l’enquête de la police dans cette sinistre affaire d’intimidation et de vandalisme avec des slogans pro-État Islamique et des menaces peintes sur le mur d’enceinte de l’ambassade de France et deux immeubles dégradés à coups de feu. À ce jour, les enquêteurs du CID de Metropolitan South poursuivent l’interrogatoire de Nadim Edoo, 35 ans, habitant Plaine-Verte, et de Reaz Tegaully, de Goodlands, leurs armes à feu subissant des analyses balistiques poussées par des experts de la police. À ce jour, aucune charge n’a été retenue contre qui que ce soit dans cette fusillade n’ayant pas fait de blessés, la police soutenant encore être au stade des « vérifications et contre-vérifications ».
Des recoupements d’informations effectués par Week-End de sources concordantes indiquent que des limiers de la police travaillent en collaboration avec des spécialistes en caméras de surveillance et de l’informatique pour produire des enhanced pictures à partir des six minutes d’enregistrements. Ces images traitées, qui devraient être disponibles au plus tôt dans les prochaines 24 heures, devront fournir des indications menant sur la piste de trois prime suspects dans ces incidents ayant eu des répercussions sur le plan international et diplomatique vu que c’est la mission française qui est présentée comme le target des tireurs.
 Cinq caméras de surveillance, dont deux à la rue Monsieur à l’entrée du consulat de France, qui a eu le portail et le mur peints de menaces, comme « Vous n’etre plus en sécurité ici » (sic), sont concernés. Les images sur une des deux sont considérées comme étant relativement plus explicites, montrant un homme de forte corpulence, portant un capuchon de couleur blanche et faisant usage d’une bombe aérosol pour inscrire des slogans en référence à l’État Islamique. Il est alors 2h39 ce lundi matin.
Puis devront intervenir trois autres caméras installées à la rue Saint-Georges, plus particulièrement deux sur le pylône électrique à l’angle des rues Mère Barthélemy et Saint-Georges. L’une est dirigée en direction de la rue Mère Barthélemy pour enregistrer des mouvements venant de la rue Volcy Pougnet (Madame) en direction de la rue Saint-Georges et l’autre pointant littéralement en direction de la porte d’entrée principale de l’ambassade de France, et la dernière sur le portail de la mission diplomatique.
 En dépit de ces équipements d’enregistrements visuels, la difficulté des enquêteurs de la police est que les images enregistrées sont d’une très mauvaise qualité. La raison principale est que ces caméras, comme les 464 à travers le pays — 273 uniquement dans la capitale, 84 à Flic-en-Flac, 68 à Grand-Baie et 39 à Quatre-Bornes — ne sont pas équipées de système infrarouge pour enregistrer des images de qualité à première vue la nuit.
Aucune hypothèse n’est écartée
Techniquement, les deux caméras sur le pylône électrique à côté de l’église Immaculée Conception constituent la priorité des experts de la police.  La première caméra devrait pouvoir avoir enregistré les suspects amorçant le tournant à la rue Saint Georges pour se diriger vers l’ambassade de France. À ce stade, les silhouettes de trois suspects sont aperçues lors du visionnage, dont un homme de forte corpulence, qui marche au-devant des deux autres de plus petit gabarit. Mais les trois portent des capuchons pour réduire les chances d’identification. Puis, une fois à la hauteur de la mission diplomatique, c’est un flash de lumière qui est enregistré par la caméra avant qu’ils ne disparaissent du champ de vision.
 Sur la base de ces indications, la séquence la plus plausible des incidents serait que dans un premier temps, le groupe aurait peint des slogans hostiles à la France sur le mur d’une propriété privée à la rue Saint-Georges, non loin de l’ambassade. Puis les suspects se seraient engagés dans la rue Desroches pour se rendre au consulat à la rue Monsieur. Une fois cette partie de la mission complétée, ils se sont dirigés vers les rues Mère Barthélemy et Saint-Georges. Dans ce scénario, la question se pose sur la pertinence des coups de feu contre l’une des baies vitrées de l’hôtel Le Saint George.
 L’une des explications plausibles est qu’une fois à la hauteur de la devanture de l’ambassade de France, l’un des suspects aurait fait feu avec son arme. Le préposé à la sécurité affecté à l’ambassade affirme que vers 2h45, il aurait entendu des détonations. Il aurait poursuivi sa ronde dans l’enceinte de la mission diplomatique et n’aurait rien vu d’anormal. Ce ne fut que vers 6 heures du matin, ce lundi, qu’il fut informé par la police que des traces de balle étaient visibles sur la devanture de l’immeuble et qu’un panneau de vitre avait également volé en éclats.
 Vraisemblablement, alerté par ces détonations, le préposé à la sécurité à l’hôtel Le Saint Georges aurait pointé son nez dehors pour se rendre compte de la situation. Vu que l’endroit d’où se tenait le tireur sur l’ambassade est vis-à-vis de la porte de l’hôtel, il aurait été aperçu par la bande des trois. C’est ce qui explique les coups sur la façade vitrée de l’hôtel pour l’intimider davantage, l’une des balles traversant le lobby de l’hôtel pour aller se figer dans une porte en bois au fond.
 À partir de là, les tireurs ont poursuivi leur route en direction de la rue Labourdonnais, ne laissant aucune trace derrière eux. Tous les contrôles de caméras dans les parages n’ont pas permis de confirmer de mouvements suspects de voitures ou de motocyclettes pour l’évacuation des suspects pour les mettre à l’abri. À ce chapitre, la police n’écarte aucune hypothèse au sujet du réseau de protection mis en place.
 En attendant de disposer d’indices fiables menant à l’arrestation des premiers suspects, les enquêteurs ont privilégié la piste des armes, soit des fusils de calibres .12 et .16 avec un contrôle des détenteurs de port d’arme. Ainsi, Nadim Edoo, interpellé chez lui à Plaine Verte lors d’une opération menée mercredi soir après la saisie de deux fusils de chasse de calibre .12 et .16, et Reaz Tegaully, impliqué par le premier nommé au sujet de deux balles, ont été entendus en fin de semaine au QG du CID de Port-Louis Sud et ont dû se soumettre à des tests d’ADN pour contre-vérifier toute présence sur les lieux incriminés.
 Le domicile de Nadim Edoo, dont la présence à des manifestations politiques impliquant des proches du pouvoir ne peut être niée, a fait l’objet d’une attention particulière vendredi. Des prélèvements d’empreintes ont été effectués sur sa porte. Celles-ci auraient été provoquées par la peinture provenant d’une bombe aérosol.
 Nadim Edoo et Reaz Tegaully, qui sont rentrés chez eux sans être inquiétés, doivent se tenir à la disposition de la police, qui s’apprête à prendre connaissance des premières conclusions des analyses scientifiques, que ce soit par rapport aux enregistrements des caméras ou des armes à feu saisies.
L’enquête se poursuit….