Dominique d’Unienville, Private Banker à la MCB, et Thierry Lagesse, PDG en congé du Groupe Mon Loisir, se sont croisés hier en début d’après-midi. Les deux amis se sont retrouvés à la salle d’audience N°4, où ils étaient appelés à comparaître devant le magistrat Prithiviraj Balluck siégeant au tribunal de Port-Louis sud, et s’en sont sortis avec des fortunes diverses.
En effet, les deux ont été interpellés par la police ; M. d’Unienville vendredi dernier et M. Lagesse hier matin à sa descente de l’avion qui l’avait ramené de France, dans le cadre de deux enquêtes différentes. Le premier est concerné par le transfert de Rs 3 millions des comptes de Michèle Tsang Ping alors que le second se trouve être mêlé dans une affaire de sous-facturation d’une Mercedes Benz SLS 63 AMG, appelée également « Mercedes papillon » en raison de la manière dont s’ouvrent ses portes.
Le banquier était accompagné de son avocat, Me Patrice Doger de Spéville qui l’a assisté lors de l’enquête menée par le Central CID, investigation qui a débuté vendredi dernier. En fin de journée, il a pu rentrer chez lui, ayant bénéficié d’une remise en liberté sur parole. Hier matin, il devait revenir dans les locaux du CCID pour compléter sa version des faits. Il a été conduit en Cour, qui lui a imposé une caution de Rs 20 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 100 000. Une accusation provisoire de complot a été logée contre lui, la police lui reprochant d’avoir « criminally and knowingly agreed with other persons to do act which is wrongful ».
Thierry Lagesse, pour sa part, a été conduit directement de l’aéroport aux Casernes centrales, où il a été rejoint par ses deux avocats, Mes Sanjay Bhuckory, Senior Counsel, et Jason Harel. C’est aux alentours de 14 heures qu’il a été conduit au tribunal, où son frère, Amaury Lagesse, est venu le soutenir.
Comparaissant devant le magistrat, Thierry Lagesse ne pouvait s’empêcher de faire une grimace lorsque le Police Prosecutor annonça que la police objectait à sa remise en liberté sous caution. Le magistrat a retenu cette démarche. Réagissant promptement, Me Bhuckory a présenté une motion réclamant que son client soit relâché.
Nouvelle intervention du Police Prosecutor, qui cette fois a demandé que la motion de l’avocat de la défense soit rejetée. Il a donné trois raisons pour justifier sa position. Celles-ci sont : 1) qu’il y a des risques que le suspect interfère auprès d’éventuels témoins ; 2) qu’il tente de modifier des témoignages ; et 3) il est accusé provisoirement de complot, qui est un délit punissable par une peine de prison. Finalement, le magistrat Balluck a fixé les débats sur la motion à demain, mercredi, devant la Bail and Remand Court.
Alors qu’il quittait la salle d’audience entouré de policiers, Thierry Lagesse a tout simplement déclaré à son frère : « La police est toute puissante, et, pendant au moins deux nuits, elle fera de moi ce qu’elle veut. »
Me Bhuckory s’est adressé aux journalistes présents pour dire, entre autres, qu’il s’agit d’un cas d’abus de pouvoir. Me Bhuckory a fait ressortir que « mon client avait déjà dit sa volonté de collaborer avec les enquêteurs ». Il souligne qu’en octobre 2012, à la suite d’un courrier que lui avait envoyé la MRA concernant l’utilisation de la voiture litigieuse, Thierry Lagesse avait réclamé à l’organisme des particulars. « Mais au lieu de les lui faire parvenir, la MRA a préféré remettre à la police le dossier », a ajouté l’avocat du suspect.