Le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin: « La cause du décès ni naturelle ni accidentelle »

Le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, déposant en tant que témoin dans le procès au criminel intenté aux policiers Vikash Persand, Jean François Numa et Joshan Ragoo dans l’affaire Iqbal Toofany, a été catégorique : le décès n’est pas de cause naturelle ou accidentelle, mais il y a bien eu usage de la force pour avoir causé les nombreuses blessures décelées sur le corps de la victime, qui se trouvait sous responsabilité policière après avoir été interpellé dans la nuit du 1er au 2 mars 2015. Iqbal Toofany devait rendre l’âme à l’hôpital Victoria des suites d’un oedème pulmonaire.

Les trois policiers, désormais poursuivis en Cour intermédiaire après le décès de deux autres, sont accusés d’avoir agressé mortellement Iqbal Toofany dans la nuit du 1er au 2 mars 2015. Il avait été arrêté lors d’un contrôle de routine par des membres de l’Emergency Response Service (ERS) au volant de sa nouvelle voiture. Il avait été remis à des limiers de la CID de Rivière-Noire pour enquête et est décédé alors qu’il se trouvait avec les policiers aux urgences du Princess Margaret Orthopaedic Centre, avec des ecchymoses sur le corps.

Lors de l’audition d’hier, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, qui avait pratiqué l’autopsie sur la victime le 2 mars 2015, a été appelé à la barre des témoins. Son rapport avait été rendu le 18 mars 2015. Il a attribué la cause du décès à un oedème pulmonaire, soit du fait que la victime avait perdu beaucoup de sang en raison de ses blessures et que le coeur n’avait pas assez de volume de sang pour en pomper suffisamment dans le corps. Selon le médecin légiste, interrogé par Me Azam Neerooa, assistant DPP et avocat de la poursuite, la victime portait de nombreuses blessures externes et internes sur le corps lorsqu’elle a été examinée.

Blessures fraîches

Le médecin légiste a expliqué que c’était des blessures fraîches et récentes, soit infligées moins de 48 heures avant l’autopsie. Le Dr Gungadin a affirmé que le décès « n’a pas été causé en raison d’une infection ou toute autre condition médicale », mais qu’il y a bien eu utilisation d’une force systématique sur différentes parties du corps de la victime. Concernant les blessures à la plante du pied gauche, la poursuite les a assimilées au mode de torture « falanga », où il y a utilisation de la force sur la plante des pieds, en raison de multiples lésions décelées sur cette partie du corps.

Le médecin légiste a ainsi confirmé les dires de la poursuite, selon lesquels « the bruises are not self-inflicted, not accidental, not natural… a considerable amount of force has been applied ». Concernant le type d’instrument qui aurait pu avoir été utilisé sur la victime, le médecin légiste a expliqué qu’il pourrait s’agir d’un objet de forme rectangulaire mesurant plus de 15 centimètres. Et de renchérir que ce n’est pas une maladie ou un empoisonnement qui ont causé le décès.

Par ailleurs, questionné par Me Gavin Glover, Senior Counsel, avocat des trois policiers, le Dr Gungadin a soutenu que les résultats pour la pression artérielle de la victime, lorsqu’il avait été examiné par le staff de l’hôpital avant son décès, ne semblaient pas concorder avec ses conclusions, vu qu’elle avait été jugée normale.

L’inspecteur Balgobin, qui était responsable de l’IT Unit aux Casernes Centrales à l’époque du drame, a également été appelé à la barre des témoins. Il a donné des explications sur le Crime Occurence Tracking System (COTS), opérationnel depuis 2011, qui permet d’automatiser les registres de police. Questionné par Me Roshan Santokhee, de la poursuite, il devait avancer n’avoir reçu aucun appel émanant du poste de police de Rivière-Noire ou de la CID de Rivière-Noire dans la nuit du 1er au 2 mars 2015.

Contre-interrogé par Me Gavin Glover, l’inspecteur a réitéré le fait qu’il n’est au courant d’aucune plainte alors que Me Glover a confirmé trois appels en provenance du poste de police de Rivière-Noire à l’IT Unit des Casernes Centrales entre 00h55 et 1h42 dans la nuit du drame. Le témoin a aussi été interrogé sur la mise sur pied du COTS et son application dans les « standing orders » de la police. La poursuite a clôturé son dossier après l’audition des témoins. Le 20 janvier, ce sera au tour de la défense de présenter son dossier.