Le procès intenté par la Commission anti-corruption (ICAC) à Pravind Jugnauth – en sa capacité d’ancien ministre des Finances en 2010 – pour conflit d’intérêts dans l’achat par l’État de la clinique MedPoint, tire à sa fin. Les magistrats Niroshi Ramsoondar et Nizam Neerooa entendront les plaidoiries des hommes de loi des deux parties le 2 avril prochain, soit jeudi, avant de prononcer leur jugement.
Dans cette affaire, l’ICAC reproche à Pravind Jugnauth, l’actuel ministre des Technologies, d’avoir en 2010, alors qu’il occupait le poste de ministre des Finances sous l’ancien régime PTr-MSM-PMSD, émis le chèque de Rs 144,7 millions, représentant le prix d’achat de la clinique, tout en sachant que celle-ci appartient à son beau-frère, le Dr Kishan Malhotra. Sa propre soeur, Shalinee Jugnauth, y détient en outre des actions. Or, sous la Prevention of Corruption Act (POCA), un tel comportement de la part du ministre équivaut à un conflit d’intérêts punissable au criminel. Pravind Jugnauth plaide non coupable.
Dès que l’ICAC a déclenché son enquête, en 2011, Pravind Jugnauth a été brièvement arrêté avant d’être inculpé. Il a toujours soutenu son innocence et proclamé qu’il n’avait fait « qu’exécuter une décision prise par le Conseil des ministres lors d’une réunion à laquelle je n’avais pas participé, justement afin de n’être aucunement associé à des discussions concernant MedPoint. »?Dans ses dépositions aux enquêteurs de l’ICAC, Pravind Jugnauth avait dit que deux collègues ministres, à savoir Nando Bodha et Leela Devi Dookun-Luchoomun, peuvent témoigner que, lors de ladite réunion, tenue le 18 juin 2010, il avait effectivement obtenu l’autorisation du Premier ministre de se retirer. Toutefois, les enquêteurs de la commission n’ont jamais interrogé les deux ministres, pas plus qu’ils n’ont pris le soin de vérifier les dires de Pravind Jugnauth auprès de M. Coonjar, clerc du Cabinet. Selon Pravind Jugnauth, « M. Coonjar avait ouvert la porte pour me laisser sortir et, après les discussions, était revenu l’ouvrir pour que je regagne mon siège ». C’est ainsi que les ministres Bodha et Dookun-Luchoomun et M. Coonjar sont venus confirmer l’alibi de l’accusé devant les magistrats.        
Tout au long du procès, qui a nécessité plusieurs auditions et a vu défiler une dizaine de témoins – dont l’ancien secrétaire au Cabinet Suresh Seebaluck et de hauts fonctionnaires du ministère des Finances –, l’accusé Pravind Jugnauth a axé sa défense principalement sur le fait que le projet du gouvernement d’acquérir la clinique MedPoint pour la transformer en un hôpital gériatrique avait été piloté par l’ancien ministre de la Santé, Rajesh Jeetah, et datait de janvier 2010, soit bien avant qu’il (Pravind Jugnauth) ne rejoigne le gouvernement PTr-MSM-PMSD après les élections générales du 10 mai 2010 et que, malgré plusieurs démarches officielles pour que des documents du Conseil des ministres lui soient communiqués afin qu’il puisse assurer sa défense, l’ICAC a caché l’existence d’un document vital démontrant qu’une décision du gouvernement d’alors avait déjà été prise pour que l’État achète MedPoint. Ce document est un Cabinet mémo portant le numéro de référence 250. Pravind Jugnauth a qualifié “d’outrageant” le fait que l’ICAC soit parvenue à « tromper la justice du pays, de la Cour intermédiaire à la Cour suprême, en cachant ce document qui me disculpe », ajoutant : « On peut maintenant évaluer tout le préjudice qui a été causé à un accusé. »